OMS: la pollution de l’air figure dorénavant parmi les agents cancérigènes

Des touristes se prennent en photo sur le belvédère du Mont-Royal un jour de smog. La pollution atmosphérique cause notamment le cancer du poumon.
Photo: La Presse canadienne (photo) Paul Chiasson Des touristes se prennent en photo sur le belvédère du Mont-Royal un jour de smog. La pollution atmosphérique cause notamment le cancer du poumon.

Les experts du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ont classé la pollution atmosphérique dans la catégorie des agents cancérigènes pour les humains, aux côtés de la fumée de cigarette et de l’amiante. Ces experts en sont arrivés à cette conclusion à la lumière d’un millier d’études indiquant que la pollution de l’air était la cause de nombreux cancers du poumon et de la vessie.

 

On savait déjà que la pollution atmosphérique augmentait le risque de souffrir de maladies cardiovasculaires et respiratoires. « L’air que nous respirons est désormais pollué par un ensemble de substances induisant le cancer [dontles gaz d’échappement des moteurs diesel et les particules fines qui ont déjà été reconnues comme cancérigènes pour les humains] », a écrit le Dr Kurt Straif du CIRC dans un communiqué de presse. Les données les plus récentes dont dispose le CIRC indiquent qu’en 2010, 223 000 personnes à travers le monde étaient décédées d’un cancer du poumon imputable à la pollution de l’air. Et plus de la moitié de ces décès étaient survenus en Chine et dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est, des contrées très peuplées ayant connu une rapide industrialisation qui a contribué à accroître la pollution de l’air.

 

Études cohérentes

 

Les experts du CIRC ont passé en revue plus de mille articles relatant les résultats de grandes études épidémiologiques menées sur des millions de personnes vivant en Europe, en Amérique du Nord et du Sud, ainsi qu’en Asie. « Les résultats de ces études allaient tous dans la même direction : les personnes exposées à la pollution atmosphérique couraient un risque significativement plus élevé de développer un cancer du poumon », a résumé Dana Loomis du CIRC dans le même communiqué.

 

L’annonce du CIRC ne surprend pas du tout le Dr Mark Goldberg, épidémiologiste au Centre universitaire de santé McGill. « Déjà il y a cinq ans, nous avions fait une revue de la littérature scientifique sur le sujet et il apparaissait alors très clairement que le cancer du poumon était associé à la pollution de l’air », relate le spécialiste qui a publié il y a trois ans les résultats de deux études effectuées au Canada qui montraient une association entre la pollution atmosphérique et les cancers du sein et de la prostate. Dans l’une de ces études réalisées à Montréal, l’équipe du Dr Goldberg a observé que, contrairement aux personnes saines du même âge, les femmes atteintes d’un cancer du sein habitaient près des autoroutes ou dans de petites rues situées à proximité d’une école, où l’air était pollué par la circulation des autobus scolaires et des voitures des parents déposant leurs enfants à l’école.

 

Pour le Dr Alain Desjardins, pneumologue à l’hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, la pollution atmosphérique n’est pas un facteur de risque du cancer du poumon aussi puissant que le tabagisme, la fumée secondaire, l’amiante, voire la fumée émise par la combustion du bois en milieu urbain. L’annonce faite par le CIRC est « un signal d’alarme que je ne veux surtout pas banaliser », précise-t-il néanmoins avant de souligner qu’il soigne de plus en plus de patients cancéreux qui ne fumaient pas et n’étaient pas exposés à de la fumée secondaire. « L’environnement permettrait peut-être d’expliquer ces cas-là », s’interroge-t-il.

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