De la polémique à l’indifférence

La campagne 2012 de promotion de l’allaitement se voulait« glamour ». 
Photo: Santé publique de Montréal La campagne 2012 de promotion de l’allaitement se voulait« glamour ». 

Elle apparaissait l’an dernier dans une robe de soirée noire, elle porte cette année un sage gilet de laine pastel : Mahée Paiement continue de promouvoir l’allaitement pour le compte de la Santé publique de Montréal, mais sur un tout autre ton.

La campagne « glamour » de l’actrice, en 2012, avait enflammé les réseaux sociaux, mené Mahée Paiement tout droit à Tout le monde en parle et suscité nombre de parodies. On n’avait jamais autant parlé d’allaitement au Québec. Mais plusieurs mamans étaient choquées par cette image, bien loin de leur réalité post-accouchement.

La controverse a révélé un malaise collectif et entraîné une prise de conscience du côté de la Santé publique de Montréal. Elle a lancé cette année une campagne tout en tons de vert et de mauve, où des mères et un père expliquent, dans de courtes capsules, le pourquoi de l’allaitement, ses bonheurs et ses écueils. Un blogue donne même la parole au public.

Le fond reste le même, avec comme prémisse : « Le lait maternel est le seul lait parfaitement adapté aux besoins du bébé. »

« On a entendu la pression ressentie par les femmes. On a analysé les commentaires et on s’est demandé ce qu’on pouvait faire », dit Francine Tricket, responsable du dossier de l’allaitement à la Direction de la santé publique de Montréal.

« J’ai l’impression d’offrir quelque chose d’unique à mes enfants », dit d’emblée la première maman dans les vidéos. Ajoutant que « c’est tellement facile d’allaiter, c’est un bonheur ». On ne tait pas les difficultés pour autant, parlant de « détermination » et du soutien nécessaire pour y arriver, qu’il vienne de la famille ou du CLSC.

Encore des critiques

La campagne semble mieux reçue cette année. « C’est mieux abouti, dit la journaliste Annie Desrochers, coauteure du livre Bien vivre l’allaitement. Mais je me demande si c’est le rôle de la Santé publique de faire de la publicité sur un sujet aussi intime. N’est-ce pas plutôt son rôle de prendre des mesures concrètes qui auraient un impact beaucoup plus grand sur le terrain ? »

Elle ajoute : « C’est toujours le même discours : on nous vend l’allaitement comme des brocolis. Le fait est que beaucoup de femmes se sentent flouées par ces campagnes, car, sur le terrain, elles ne reçoivent pas l’aide dont elles auraient besoin. »

Pour Nicole Pino, du Regroupement Naissance-Renaissance, « quand 90 % des femmes enceintes disent vouloir allaiter, on n’est plus à l’étape de la promotion. Le problème, c’est qu’une semaine après l’accouchement, elles ne sont plus que 75 % à vouloir continuer, et ça chute de jour en jour. Ce que ça nous montre, c’est qu’elles n’ont pas trouvé l’aide pour poursuivre ». Le Regroupement mène actuellement un sondage en ligne pour comprendre comment se fait le soutien à l’allaitement au Québec.

 

Appel au soutien des femmes

Alors que la présente campagne peine à atteindre 1000 vues sur YouTube, contre plus de 33 000 pour celle de l’an dernier, la sociologue Chantal Bayard déplore qu’on doive susciter la polémique pour faire parler d’allaitement. « On aborde des thèmes intéressants. Mais est-ce que ça va toucher les femmes ? Je n’en suis pas convaincue. Et ça ne va pas beaucoup plus loin que l’information de base que nous avons déjà. »

Avec le vibrant appel au soutien des mères, il est troublant d’apprendre de la bouche de Mme Tricket que les formations de trois jours sur l’allaitement, offertes par la Santé publique aux professionnels de la santé, déclinent en popularité en raison du manque de budget.

L’Agence de la santé et des services sociaux développe donc un cours en ligne. Mme Tricket espère que cette formule permettra de former « tous ceux qui sont en contact avec une nouvelle maman ».

L’Agence dresse aussi un portrait de services disponibles - publics, privés ou communautaires - sur l’ensemble du territoire montréalais. « On sait que c’est là que le bât blesse », avoue Mme Tricket.

Annie Desrochers leur lance une idée pour la campagne de l’an prochain : « Pourquoi ne pas aller sur le terrain filmer le travail d’infirmières compétentes qui conseillent des mamans. Montrez-nous ce que vous faites ! »

 

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