Aide médicale à mourir - Les dernières volontés avant l’inaptitude doivent être respectées, dit le Barreau

La délicate question de l’accès à l’aide médicale à mourir pour les personnes inaptes a continué à occuper les discussions de la commission étudiant le projet de loi 52 sur les soins de fin de vie, jeudi. Le Barreau du Québec est d’avis que Québec pourrait ouvrir la porte dans le cas des personnes qui auraient donné des directives en ce sens avant de devenir inaptes.

 

Pour le Barreau, ces volontés ultimes doivent être inscrites dans les directives médicales anticipées, et elles devraient être « pleinement considérées » une fois la personne devenue inapte. « La primauté des volontés de la personne signifie qu’il faut donner effet non seulement aux volontés exprimées en temps réel, mais aussi aux volontés anticipées », dit le Barreau.

 

Pour l’instant, les malades ne peuvent qu’affirmer, dans leurs directives anticipées, qu’ils refusent d’être alimentés et hydratés artificiellement lorsque la mort sera proche. Ce qui fait dire à Me Claude Doyon que « cette fin est une grève de la faim, la personne va souffrir dans son corps, dans son être. C’est pour ça que nous sommes heureux qu’un projet de loi de cette envergure » donne une autre porte de sortie possible.

 

La question du consentement éclairé dans de tels cas préoccupe par ailleurs les médecins. Plus tôt dans la journée, la Dre Annie Léger, de l’Association des Conseils des médecins, dentistes et pharmaciens, est venue expliquer aux parlementaires que « développer les relations humaines requises pour obtenir un consentement éclairé en fin de vie, les universités nous préparent mal à cela ». Pour elle, « 95 % du travail qui va découler du projet de loi, c’est de l’information, pas de pousser sur la seringue ».

 

Dans le cas d’une demande d’aide médicale à mourir où le médecin refusera, justement, de tenir cette seringue létale, elle se fait rassurante : les médecins collaboreront à la recherche de solutions. Car « on ne laisse jamais tomber un patient ».

 

L’Assemblée des évêques catholiques du Québec est le premier groupe à venir exprimer son désaccord profond avec le projet de loi 52. « Les soins de fin de vie doivent exclure clairement la sédation palliative terminale et l’aide médicale à mourir », est venu plaider l’évêque de Valleyfield Noël Simard, qui estime que les soins palliatifs permettent de « vivre la mort avec courage et dignité ».

 

Et Ottawa?

 

La députée libérale Stéphanie Lavallée a évoqué « l’éléphant dans la pièce » : une possible contestation de la loi par le fédéral.

 

La bâtonnière du Québec, Me Johanne Brodeur, ne craint pas ce scénario : « Lorsque les parlementaires croient qu’une loi est constitutionnelle, ils devraient l’adopter en dépit des craintes. Nous croyons que le Québec a toutes les compétences pour adopter cette loi. »

 

Pour son collègue, Me Marc Sauvé, le fait que le projet de loi 52 s’inscrive dans le système de santé assure « qu’on est dans le domaine de compétence de l’Assemblée nationale ».

7 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 20 septembre 2013 06 h 18

    Plus de sérénité en vue

    La position du Barreau est porteuse de davantage de sérénité chez les aptes avec directives médicales anticipées. L'impact positif est et sera majeur. La position du B du Q est logique, cohérente et rassurante. Merci.x

    Plus la garantie du respect des DMA sera élevée, moins les aptes penseront à utiser le suicide pour terminer leur vie. Impact positif et majeur pour le mourant, les familles, les soignants et les établissements.

    Dre Léger à raison. Le plus noble chez les médecins, c'est de permettre et de favoriser et de recevoir des consentements et des refus éclairés et libres.

    Quant à la position de l'AĖCQ, pas de surprise. Triste. Il y a tellement d'humanité et de solidarité à être proche de chaque personne en fin d vie, de ses valeurs, de sa conscience, de sa liberté. Les évêques auraient tellement plus de plaisir et de crédibilité à être plus près du respect de chaque personne vivante en fin de vie que du respect de la vie.

    Il est tellement important que cette Commission relève de la CSSS.

    Bref, trois premières journées pour la Commission porteuses et rassurantes.

    Nous nous en allons vers plus de dignité et davantage de sérénité lors de la fin d la vie.

  • Michel Lebel - Abonné 20 septembre 2013 10 h 07

    Une voix de sagesse

    Nos parlementaires auraient grand avantage à écouter et à réfléchir à la voix des évêques du Québec. Il y a là une grande sagesse et une grande humanité.


    Michel Lebel

  • Jacques de Guise - Abonné 20 septembre 2013 11 h 36

    Revenez sur terre

    M. Lebel, revenez sur terre, s.v.p., même si je ne suis pas pour la Charte des valeurs, quand je vois et j'entends des propos comme les vôtres, je me dis "Vite pour une charte des valeurs", car si on s'en remettait plus aux hommes incarnés en chair et en os vivant sur terre, avec des peines et des joies, des espoirs et des souffrances, des PERSONNES EN FIN DE VIE, comme dirait M. Bureau, plutôt qu'à des mythes métaphysiques et des concepts abstraits, on pourrait avoir l'espoir de voir nos relations et rapports entre nous, hommes et femmes, s'améliorer. Tant qu'on continue de s'en remettre à quelqu'un d'autre, dans un au-delà beaucoup meilleur n'est-ce pas, c'est voué à l'échec et à tout le reste que notre histoire nous montre douloureusement.

    Jacques de Guise

  • Michel Lebel - Abonné 20 septembre 2013 16 h 50

    L'Église est incarnée!

    @ Jaqcques de Guise,

    Au lieu de grimper dans les rideaux parce que je fais référence à la position des évêques, informez-vous bien de la position de l'Église sur le sujet. Elle est loin d'être désincarnée! L'idéologie antireligieuse, anticatholique de certains ne peut tolérer une opinion venant de l'Église. Cette attitude m'attriste, mais que peut-on y faire? Idéologie(je dis bien idéologie et non idée) et bon jugement ne vont pas de paire!


    Michel Lebel

  • Grace Di Lullo - Inscrit 21 septembre 2013 00 h 31

    Dignité avant tout

    L'important c'est la dignité dans ces dernièrs moments.
    J'accompagne présentement mon père dans ces dernièrs moments.
    Tout ce que lje souhaite et prie, c'est que mon père vive ces moments sans trop de souffrances. Je le souhaite en consultant des documents sur les soins de réconfort, je m'inscrit alors dans une démarche que je qualifie de rationnelle. Je cherche alors les bons conseils et des indices pour bien comprendre le processus de la mort. Je prie également, même si je suis pour une laicité de l'état. Je prie pour que mon père ne souffre pas trop, car il ne parle, ne mange, ne boit et ne bouge presque plus.Je ne voudrais vivre un accompagnement d'un être cher en sachant qu'on le laisse souffrir. Il y a des moments dans cet accompagnements qui sont très difficiles et j'imagine très difficile pour la personne en soins de réconforts.

    Le personnel des soins infirmiers et préposés offrent un accompagnement remaquable à la famille, mais surtout beaucoup de respect et de dignité à mon père.

    Il faut s'assurer de la dignité dans la mort.

    Je félicite le travail entrepris lors des travaux de la Commission sur le Mourir en dignité, ainsi que les travaux actuels.

    Nous méritons la dignité de vivre, de mourir et l'entre deux.

    GDiLullo, fille à papa.

    • Yvon Bureau - Abonné 21 septembre 2013 17 h 22

      Avec cette dignité viendra aussi toute la sérénité qu'apportera la nouvelle loi sur les soins de fin de vie appropriés et surtout personnalisés.

      Cette nouvelle loi offrira un système inclusif, permettant le libre-choix tant pour la personne en fin de vie que pour les soignants. Et elle nous centrera intensément sur ses valeurs, sur sa conscience, sur ses choix éclairés et libres.

      Heureux et serein accompagnement. Que ce soit un bon moment de vie.