Aide médicale à mourir - Débat autour de l’accès pour les personnes inaptes et les enfants

Non seulement l’ordre professionnel des travailleurs sociaux appuie le projet de loi 52 sur les soins de fin de vie, mais il ajoute que l’accès à l’aide médicale à mourir pourrait être élargi aux personnes inaptes et même aux enfants.

 

Dans sa mouture actuelle, le projet de loi 52 limite l’accès à l’aide médicale à mourir aux personnes majeures et aptes. Même les directives médicales anticipées ne pourraient inclure de demande en ce sens.

 

Pour les travailleurs sociaux, il faudra se pencher, à terme, sur les « personnes souffrantes, mais qui demeureront toujours sans voix », les personnes inaptes, qui le sont devenues ou qui l’ont toujours été, ainsi que les « personnes atteintes de maladies dégénératives ». Et, « oui, nous pensons également aux mineurs », a ajouté le président de l’ordre Claude Leblond devant la commission mercredi, en ce deuxième jour d’étude du projet de loi 52.

 

Il est peut-être trop tôt, concède Claude Leblond. Aller aussi loin en « dépassant le consensus social » serait une erreur, dit-il, mais il invite la ministre à saisir la future commission sur les soins de fin de vie de cette question.

 

On sent une certaine ouverture du côté de la ministre responsable de ce dossier, Véronique Hivon. Elle a en main un rapport commandé à un comité interdisciplinaire, chapeauté par le Collège des médecins, qui suggère qu’une personne devrait pouvoir consigner une demande d’aide médicale à mourir en vue d’une future inaptitude.

 

Aux travailleurs sociaux, la ministre a fait part de ses interrogations. « Quand sommes-nous rendus au moment x où on peut mettre fin aux souffrances, lorsqu’une personne atteinte de démence a écrit dans ses directives médicales anticipées [qu’elle souhaitait une aide médicale à mourir] ? La complexité est grande. Comment on évalue ça ? », se demande-t-elle. « Deuxième élément : comment évaluer sa douleur, sa souffrance, très concrètement ? » On peut par exemple imaginer qu’une personne atteinte de démence aurait de la difficulté à faire part de sa réelle souffrance physique et psychique aux équipes de soins. Mais pour accéder à l’aide médicale à mourir, ce critère est central : les souffrances physiques et mentales doivent être « insupportables » et impossibles à apaiser dans des conditions que le malade juge « tolérables ».

 

Accessibles partout au Québec

 

L’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux, l’AQESSS, a elle aussi donné son appui au projet de loi 52. Aucun établissement ne pourra se soustraire à l’obligation d’offrir l’ensemble des soins de fin de vie, dont les soins palliatifs et l’aide médicale à mourir, a confirmé la directrice générale Diane Lavallée.

 

Le député libéral Yves Bolduc, soulevant le cas de régions éloignées où tous les médecins pourraient refuser de participer à l’aide médicale à mourir, a même invoqué la possibilité que cette dernière puisse être supervisée à distance. « Si personne ne peut le faire sur place, et que la personne a ce droit, on a là un os. On va devoir se trouver une mécanique », a-t-il précisé.

 

L’étude du projet de loi se poursuit jeudi, avec, entre autres, le Barreau et l’Assemblée des évêques catholiques.

2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 19 septembre 2013 06 h 52

    Tout un appui

    En cette 2ème journée de Commission, l'appui de l'OTSTCFQ et de l'AQESSS est sans équivoque au Projet de loi 52. Appui majeur, car les t.s. remplissent un rôle majeur dans l'accompagnement des personnes en fin de vie et de leurs proches. Appui majeur aussi, car près de 80% des 60 000 personnes qui décèdent annuellement au Québec le font dans les établissements de l'AQUESSS. Cet organisme à tout une expertise en soins de fin de vie!

    La personne apte en fin de vie sera au cœur du processus décisionnel de fin de vie. Devenue inapte, elle continuera de l'être par ses directives médicales anticipées et en plus par ses mandataires. Point majeur+++

    En ce qui regarde les inaptes de toujours et les mineurs, mourants et souffrants, l'Ordre des ts est plein de compassion et de solidarité. C'est en travail interdisciplinaire intense que les soignants et les proches devront trouver les meilleures décisions possibles.

    Accord avec l'AQESSS : aucune dérogation. Tout établissement à l'obligation d'offrir l'ensemble des soins de fin de vie incluant sédation terminale et aide médicales à mourir. Cela sera grande source de paix institutionnelle et de sérénité pour et les soignés et les soignants.

    Bref, une encourageante journée pour l'avenir des soins de fin de vie et de leur qualité. Et pour les professionnels et les établissements de sante et des services sociaux.

  • Georges LeSueur - Inscrit 19 septembre 2013 10 h 13

    En conscience

    L'aide médicale à mourir est une charité pour ceux et celles dont le corps souffrant ne répond plus à leur volonté d'agir ou de s'exprimer et les place en perte de dignité.
    Les aider à partir, sans souffrances, en paix et sereins, est justifié même dans le cas de personnes inaptes ou d'enfants incurables très souffrants.
    Le cas Latimer nous apprend qu'un père aimant et responsable aurait dû recevoir une aide professionnelle au lieu d'être laissé à agir seul.