Affaires courantes

Normand Thériault Collaboration spéciale
Le débat sur la formation des infirmières, à savoir si le baccalauréat devrait être obligatoire pour pouvoir exercer la profession, soulève les passions des différents syndicats du réseau de la santé au Québec.
Photo: Source Université de Sherbrooke Le débat sur la formation des infirmières, à savoir si le baccalauréat devrait être obligatoire pour pouvoir exercer la profession, soulève les passions des différents syndicats du réseau de la santé au Québec.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé septembre 2013

Urgence ? Et si ce n’était finalement que cela dont il serait question quand on parle de santé ? Car il y a aussi ce qu’on appellerait ailleurs les « affaires courantes », à savoir la gestion d’un réseau. Si la carte de l’assurance-maladie est universelle, il faut aussi garantir à tous et toutes l’accès aux soins. Joyeux casse-tête, d’autant plus qu’ici aussi, comme ailleurs, on parle de réforme…

 

On peut la qualifier de « vieille », cette loi que l’Assemblée nationale a adoptée il y aura bientôt deux ans. Et, dans l’esprit du législateur, elle apparaissait sans problème : ce projet numéroté 41 n’avait-il point été transformé en loi avec l’appui unanime de tous les députés alors présents ? Mais voilà, sa mise en application est retardée : les pharmaciens et les compagnies d’assurances signalent en effet qu’il y aurait un « petit » problème : à qui facturer, et ainsi comment payer, l’acte pharmaceutique ?

 

Et si l’un dit qu’il en coûte tant, l’autre dit qu’il n’y a rien d’inscrit dans le contrat établi avec les éventuels bénéficiaires qui fasse mention de provisions à cet égard. Ainsi, un 3 septembre est passé sans que ce soit réglé cet imbroglio, constat énorme au Québec quand on voit le volume annuel de « pilules » qui sont mises en circulation et qui seraient en grande partie consommées.

 

Pourtant, tous s’entendent pour dire que les mesures adoptées allaient dans le bon sens, celui d’un désengorgement d’un réseau : « Nous n’avons pas la prétention de dire que les nouvelles activités des pharmaciens remplaceront les médecins de famille, loin de là, mais ça permettra aux gens d’avoir une porte d’entrée autre que l’urgence dans le système de santé », se félicite d’ailleurs Diane Lamarre, présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec.

 

Formation infirmière

 

Et d’un. Car, pendant que ministre, ministère, pharmaciens et actuaires discutent, il est, à l’extérieur de ces dites « tables », un autre débat qui fait rage, qui revient dans l’actualité même s’il n’est pas daté d’hier : depuis maintenant 45 ans, on est partagé au Québec sur la question de la formation des infirmiers et infirmières.

 

D’une part : « Le Québec est la seule province canadienne à ne pas exiger une formation universitaire pour les infirmières. Nous avons un déficit de 2500 heures de formation, si on compare le DEC et la formation des infirmières ailleurs au Canada. Comme citoyenne, je suis en droit de me demander pourquoi les infirmières qui me soignent sont moins formées que celles qui soignent nos voisins de l’Ontario. »

 

Telle est le constat de Lucie Tremblay, présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Ce à quoi réagit Régine Laurent, qui est elle aussi présidente, mais de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec : « On ne peut pas fragiliser le réseau de la santé en refusant ces hommes et ces femmes qui voudraient embrasser la profession. » Un récent sondage fait auprès de ces étudiants inscrits dans les programmes techniques des cégeps établit que 42 % d’entre eux auraient choisi une autre profession si, pour l’exercer, le baccalauréat avait été obligatoire.

 

On parle donc de 72 000 infirmières en poste et de 10 000 étudiants actuellement inscrits pour obtenir un DEC en soins infirmiers. Et, comme s’il n’y avait pas assez de matière pour alimenter la discussion, s’ajoute aussi une autre considération, venue cette fois du réseau scolaire : qu’en est-il de l’avenir des cégeps en région en ces jours où les inscriptions s’affichent à la baisse ?

 

Soins à domicile

 

Et de deux. Et si des infirmières et infirmiers besoin il y a, nul n’en doute, et qui en douterait n’a qu’à lire un ouvrage qui n’est pourtant pas un succès de librairie. Québec a imprimé L’autonomie pour tous, dont le contenu met en relation le vieillissement de la population et les soins. Car les chiffres que donnent les prévisions font découvrir que, si d’ici 20 ans un quart de la population québécoise atteindra l’âge butoir de 65 ans, cela a pour conséquence qu’il faut prévoir que 200 000 personnes nécessiteront alors des soins de longue durée en établissement, tandis que de 90 000 à 292 000 autres devront recevoir des soins à domicile. C’est à partir de ces prévisions que l’Institut national de santé publique du Québec planifie sa stratégie à long cours.

 

De là donc quelques actions nécessaires pour répondre à ce qu’un tel état de fait impose : des hôpitaux en nombre suffisant pour répondre à la demande, une politique d’aide familiale, des intervenants sur le terrain, des logements adaptés et autres considérations qui pourraient alors aller jusqu’à inclure une politique alimentaire.

 

Public ou privé?

 

Et de trois. Que tous s’entendent sur la nécessité d’une politique de soins, le débat ne meurt pas pour autant, quand il devient alimenté par l’identification du ou des organismes qui assureront le service. Et là, le milieu syndical monte au créneau.

 

« C’est au Québec où le secteur privé est le mieux développé et le plus présent au Canada. […] Le citoyen est de plus en plus appelé à payer de sa poche certains services, comme les frais accessoires et, bientôt, les frais pour les nouveaux actes accordés aux pharmaciens. »

 

Marco Lutfy, président du Conseil provincial des affaires sociales du Syndicat canadien de la fonction publique, dit clairement son opposition à la percée constante que le secteur privé opère en santé, de la clinique à l’hospitalisation, de l’hébergement à la visite à domicile. Et, sur ce sujet, pas de divergence d’opinion qui viendrait de la CSN, de la FTQ, de la FIQ ou de tout organisme qui regroupe des travailleurs et travailleuses sans statut d’ordre professionnel.

 

Mais on parle de déficit zéro dans un contexte géographique et politique où le secteur privé serait la panacée et où le syndicalisme est vu comme une entrave à toute stratégie qui veut que l’activité humaine soit d’abord une source de profits pour quelques-uns et une occasion de déboursés pour tous.

 

Et de quatre. Mais la liste peut s’allonger. RDI n’a-t-il pas mis en ondes la semaine dernière un documentaire où était proposée une visite de l’Institut Pinel ? Et de parler du triste sort réservé à plus d’un et d’une de nos collectivités où hospitalisation, incarcération et manque de soins se conjuguent douloureusement et font en sorte que le monde psychiatrique semble finalement fort malade.

 

Et si ce n’était que cela, un cynique pourrait dire…