CSN - Il y a urgence de répondre davantage aux besoins dans les soins à domicile

Réginald Harvey Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé septembre 2013

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) considère que le dossier des soins à domicile figure actuellement en tête de liste au moment de faire le point sur le réseau de la santé. Elle s’inquiète de la présence dans les établissements d’une agence privée qui se mêle impunément de l’administration des soins.

 

Sur le fond de la question des soins à domicile, la CSN entérine la proposition gouvernementale qui consiste à prendre un virage majeur pour maintenir le plus longtemps possible les aînés dans leur milieu de vie naturel. Jean Lacharité, vice-président de cette organisation et responsable du dossier de la santé, se montre clair à ce sujet, en posant tout de même un bémol : « On est favorable [à l’objectif du gouvernement], mais à condition qu’on offre des services, parce que, s’ils ne sont pas au rendez-vous, ça ne fonctionne pas. »

 

Le Québec accuse un sérieux retard en cette matière : « Présentement, on ne répond qu’à 16 ou 17 % des besoins, et l’objectif fixé par l’État est de porter cette proportion à 40 %, ce qui serait un pas significatif dans la bonne direction. On favorise une telle progression et, quand le ministre Hébert laisse savoir que le financement et la gestion de ces soins seront publics, là encore on est d’accord. » La CSN s’oppose tout de même fermement sur un point : « On fait preuve d’un désaccord profond sur le fait que le gouvernement prône que ces soins ne soient pas nécessairement dispensés par le réseau public. »

 

« On ne veut pas simplement, d’un point de vue corporatiste, préserver des emplois, bien qu’on soit une organisation syndicale travaillant au maintien de ces derniers dans le secteur public, ce qui est dans l’ordre des choses », s’empresse-t-il de faire valoir. Au-delà de cette préoccupation, il s’agit pour la CSN d’une question portant sur la qualité des services offerts.

 

Jean Lacharité affiche plus clairement les couleurs syndicales : « On s’entend pour reconnaître qu’il revient aux gestionnaires de cas qui sont dans le réseau public de réaliser le plan de soins pour les personnes aînées. Dans les cas où celles-ci ont besoin de soins personnels ou d’hygiène à la maison, on considère que ceux-ci doivent être dispensés par des salariés du secteur public détenant le titre d’emploi d’auxiliaire en santé et services sociaux. »

 

Cette mesure est nécessaire selon la logique du travail en équipe qui doit s’appliquer en de telles circonstances. Or le ministre ne respecte pas cette pratique en déléguant les soins de cette nature principalement aux entreprises d’économie sociale en aide domestique, où le roulement du personnel est élevé en raison des conditions de travail plutôt défavorables : « Sur le plan de l’intimité des soins à prodiguer, ça cause un problème. »

 

La CSN recommande plutôt l’application d’une vision globale, d’un point de vue clinique : « Il appartient au réseau public d’intervenir, parce que cela fait partie du plan de soins, ce qui est fondamental pour nous. L’auxiliaire sera aussi en mesure d’évaluer s’il y a une perte d’autonomie chez la personne, ce qui doit être signalé à la gestionnaire de cas pour assurer le suivi d’un plan évolutif. On soutient par conséquent qu’il est nécessaire que les gens qui dispensent de tels soins fassent partie intégrante d’une équipe interdisciplinaire. »

 

Des intrus dans le réseau

 

L’agence privée Proaction remplit des mandats, à titre de conseiller en productivité, dans plusieurs établissements depuis plusieurs mois déjà ; ses interventions ont soulevé de vives critiques dans le milieu de la santé, notamment de la part de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). Du côté de la CSN, on se montre tout aussi sévère à l’endroit de cet organisme : « Sous le vocable d’organisation du travail pour améliorer l’efficience et l’efficacité, on prétend réorganiser les façons de faire dans le réseau ; en fait, on n’organise pas le travail, mais on fait du minutage de services. »

 

Il se penche sur les soins à domicile sur lesquels portent beaucoup les démarches de cette entreprise : « Imaginons une travailleuse sociale qui rencontre une personne aînée pour déterminer son état de santé et évaluer les types de besoins qui découlent de celui-ci. On entre là dans la sphère des rapports humains pour lesquels on ne peut pas dicter à une professionnelle de cette nature le nombre de minutes qu’elle doit consacrer par visite. On ne peut parler dans ce cas de minutage, mais il est plutôt question de la qualité des actes qui sont posés et des rapports entre la personne intervenante et le bénéficiaire. »

 

Il fait ressortir un aspect déplorable dans l’attribution des mandats à cette firme : « Elle a rempli je ne sais trop combien de contrats d’un établissement à l’autre, alors qu’il s’est agi, dans bien des cas, d’ententes de gré à gré sans qu’il y ait d’appel d’offres. D’un endroit à l’autre, elle a posé les mêmes diagnostics sans qu’il y ait transfert d’expertise ; en ne transférant pas cette expertise, on a gaspillé des millions en fonds publics pour une entreprise privée qui en plus se préoccupe très peu des intervenants qui dispensent les services. » Il ne fait aucun doute pour lui que ces intervenants doivent collaborer étroitement à tout processus d’organisation du travail.

 

Jean Lacharité observe sous cet angle le différend qui oppose présentement les pharmaciens et le ministère de la Santé relativement au transfert d’actes médicaux : « Le problème de fond à ce sujet, au-delà de la négociation sur les montants à verser pour les actes, c’est que le ministre prend certains de ceux-ci pour les déléguer à un autre groupe de professionnels, les pharmaciens, de telle sorte qu’ils deviennent couverts par l’assurance-médicaments. Les coûts de ces actes sont actuellement assumés par le régime d’assurance maladie, ils sont universels et les bénéficiaires n’ont pas à payer pour eux. Le gouvernement les sort de l’universalité, ce qui se révèle être une forme de privatisation. »

 

Il lui apparaît tout à fait louable de déléguer des actes médicaux aux pharmaciens dans un projet de loi, pour décongestionner le réseau et fournir un meilleur accès aux médecins de famille : « Mais rien ne va plus dans la façon dont on procède pour y arriver. »

 

 

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