Baccalauréat obligatoire - Les visions de l’OIIQ et de la FIQ s’affrontent

Martine Letarte Collaboration spéciale
«L’infirmière d’aujourd’hui demeure compétente, mais il faut donner à la relève la formation nécessaire pour prendre le virage, pour assurer un meilleur suivi, une meilleure accessibilité aux soins », croit-on à l’OIIQ.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «L’infirmière d’aujourd’hui demeure compétente, mais il faut donner à la relève la formation nécessaire pour prendre le virage, pour assurer un meilleur suivi, une meilleure accessibilité aux soins », croit-on à l’OIIQ.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé septembre 2013

L’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ), responsable de la protection du public, et la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), principal syndicat infirmier, sont à couteaux tirés à propos de la formation de la relève infirmière.

 

DEC-Bac ou baccalauréat en sciences infirmières obligatoire pour la relève : voilà ce que l’OIIQ a demandé au gouvernement du Québec. Tout en souhaitant continuer à encourager la formation universitaire des infirmières, la FIQ croit qu’on doit maintenir la voie du diplôme d’études collégiales (DEC) pour accéder à la profession.

 

« Nous ne voulons pas éliminer le DEC, nous souhaitons qu’il soit complété par un baccalauréat pour permettre aux infirmières de faire face aux défis d’aujourd’hui et de demain », affirme Lucie Tremblay, présidente de l’OIIQ.

 

Alors que les besoins de la population, les connaissances et le champ d’exercice des infirmières ont évolué rapidement, le nombre d’heures de formation du DEC est resté le même depuis la création du programme, il y aura bientôt 45 ans, s’inquiète Mme Tremblay. « Des possibilités en 2013 n’étaient pas nécessairement présentes dans les années 70, affirme-t-elle. Les soins se sont complexifiés, on voit souvent maintenant des multipathologies. Le Québec est la seule province canadienne à ne pas exiger une formation universitaire pour les infirmières. Nous avons un déficit de 2500 heures de formation, si on compare le DEC et la formation des infirmières ailleurs au Canada. Comme citoyenne, je suis en droit de me demander pourquoi les infirmières qui me soignent sont moins formées que celles qui soignent nos voisins de l’Ontario. »

 

L’OIIQ remarque aussi que la formation universitaire obligatoire pour les infirmières s’inscrit dans un mouvement mondial. « L’Angleterre, l’Australie, l’Écosse, la France ont rendu le baccalauréat obligatoire, indique Lucie Tremblay. Les ergothérapeutes québécoises ont aussi augmenté leur niveau de formation obligatoire jusqu’à la maîtrise, puisque la science évolue tellement. »

 

La FIQ souhaite qu’on encourage davantage les infirmières à réaliser des études universitaires, sans toutefois rendre le baccalauréat obligatoire. « En région, plusieurs infirmières doivent s’expatrier pour poursuivre des études universitaires, et ça coûte cher, affirme Régine Laurent, présidente. Pour plusieurs, c’est une deuxième carrière et elles ont déjà des responsabilités financières. C’est vrai que les soins se sont complexifiés, mais il ne faudrait pas se priver de ces futures infirmières parce qu’elles n’ont pas les moyens d’aller à l’université. Il faudrait des bourses pour les soutenir. »

 

La Fédération des cégeps a sondé les 10 000 étudiants au DEC en soins infirmiers. Plus de 3000 ont répondu et 42 % ont affirmé que, avec le baccalauréat obligatoire, ils auraient choisi une autre profession. « On ne peut pas fragiliser le réseau de la santé en refusant ces hommes et ces femmes qui voudraient embrasser la profession », affirme Mme Laurent.

 

L’OIIQ croit plutôt que la profession attirerait davantage de gens avec un baccalauréat obligatoire. « Partout où l’on fait le changement, on voit un engouement pour la profession, affirme Lucie Tremblay. On l’a vu ailleurs au Canada, et déjà, dans plusieurs universités québécoises, le baccalauréat en sciences infirmières connaît un nombre d’inscriptions record. Les infirmières souhaitent avoir tous les outils pour donner les bons soins. »

 

La FIQ craint également que les infirmières parties acquérir une formation à l’extérieur de leur région n’y reviennent pas pour pratiquer. « Il ne faudrait pas aggraver la pénurie d’infirmières dans les régions, dit Régine Laurent. Il faut un réel partenariat du réseau de la santé, un dialogue entre les collectivités locales et régionales pour aider les infirmières qui souhaitent poursuivre des études à l’université. »

 

Lucie Tremblay est convaincue qu’imposer le baccalauréat à la relève infirmière ne viderait pas les régions de ses futures infirmières. « Nous avons une carte du Québec dans notre site Internet qui montre les endroits où le baccalauréat en sciences infirmières est offert, affirme-t-elle. Par exemple, il y a Sept-Îles, Mont-Laurier, Rouyn-Noranda, Chicoutimi. Un bel exemple de région qui réussit à garder ses jeunes est la Gaspésie, grâce à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) qui y donne le programme. »

 

L’UQAR offre le baccalauréat notamment à Lévis, Rivière-du-Loup, Gaspé et Baie-Comeau.

 

Protéger le public

 

Pour l’OIIQ, le baccalauréat obligatoire est aussi une question de protection du public. Une de ses prémisses est qu’une augmentation de 10 % de la proportion d’infirmières bachelières entraînerait une réduction de 5 % des complications médicales. « Ce qui nous a poussés à demander le baccalauréat obligatoire n’est pas un problème au niveau des infirmières prises individuellement, mais au niveau de la masse critique, explique Mme Tremblay. Avec le DEC, les infirmières ne sont pas formées en santé communautaire, en soins critiques, en santé mentale. En ce moment, 75 % des soins sont donnés en milieu hospitalier. On prévoit que 75 % des soins seront donnés dans la collectivité dans 10 ans. L’infirmière d’aujourd’hui demeure compétente, mais il faut donner à la relève la formation nécessaire pour prendre le virage, pour assurer un meilleur suivi, une meilleure accessibilité aux soins. »

 

Régine Laurent croit que, pour améliorer l’accessibilité, il faudrait d’abord permettre aux infirmières d’utiliser pleinement leurs compétences. « En 2003, on a modifié le Code des professions pour élargir le champ de pratique des infirmières, mais, pour que ce soit applicable, chaque établissement doit décrire dans une ordonnance collective ce que les infirmières peuvent y faire, indique-t-elle. Très peu d’établissements l’ont fait. La profession est sous-utilisée. »

 

La présidente de la FIQ croit aussi qu’on ne peut seulement regarder la formation des infirmières en matière de protection du public. « Il faut regarder aussi les inhalothérapeutes, les infirmières auxiliaires, les préposés aux bénéficiaires, l’ensemble de l’équipe de soins. »

 

« Dans l’équipe intradisciplinaire (infirmières, infirmières auxiliaires, préposés aux bénéficiaires), les infirmières sont les seules à évaluer l’état de santé des patients, répond Mme Tremblay. Elles ont besoin d’une solide formation. Nous formons la relève qui travaillera pour les 35 prochaines années. Cinq ans seront nécessaires pour que la nouvelle norme d’entrée se réalise, puis 30 ans avant que les 72 000 infirmières n’aient un baccalauréat. Chaque fois qu’on reporte le projet, le Québec prend du recul sur ce qui se passe ailleurs. »

 

Faute de consensus en juin, le groupe de travail sur la question, formé par Réjean Hébert, ministre de la Santé et des Services sociaux, reprend ses travaux ce mois-ci.

 

 

Collaboratrice

1 commentaire
  • Andréanne Thouin Léveillé - Inscrite 17 septembre 2013 10 h 52

    Pour le maintien du DEC

    Je suis en soins infirmier 3e année, je n'ai pas l'intention pour l'instant de faire mon bac, je n'y suis pas obligée. Si j'aurais su que j'étais obligée de faire un bac, je n'aurais surment pas fais ce métier. Pensez-y après les infirmières auxiliaires, ça ne sera plus un dep mais un DEC, encore moins accessibilité au gens qui veulent travailler dans le domaine de la santé. J'ai des professeurs qui on faient le BAC seulement (oui car jusqu'à aujourd'hui, on est pas obligé de faire le DEC en soins, on peut faire un préuniversitaire en science naturel et par la suite faire le BAC) et ils ont trouvé qu'il avait beaucoup de théorie, ils étaient formés énormément par la théorie (se qui n,est pas mal), mais ils avaient très peu de pratique en cours. Ce que je veux dire, ils n'étaient pas fonctionnel sur le terrains, les connaissance étaient là mais pas le pratique. Alors quand on dit qu'il y a un manque dans le temps pratique, j'ai des doute, oui nous avons le même heures de patrique que dans les années 70, mais nous somme mieux formé pour faire façe à la réalité du terrains. L'OIIQ va faire quoi pour les infirmières qui comme moi qui ne sont pas obligés de faire le BAC. Quand le BAC sera obligatoire, ils vont faire quoi avec nous, plusieurs auront des enfants, des finance à gérer... L'université ça coute très cher, en plus des manuels qui ne sont pas donné. Je regrete mais j'habite dans lanaudière et je dois partir de cher moi si je veux fais le BAC, il n'a pas d'université près. Je dois aller à Trois-Rivère, St-Jérôme ou Montréal. Si moi je rester dans ma régions je dois partir pour faire un BAC qui m'ai obliger. Si cette décision décourage des jeunes comme des adultes à entreprendre une carrière en soins infirmier, l'OIIQ va avoir prit une mauvaise décision. Il y à 4 ans, que 33% des étudiants finissants de soins infirmiers allaisent faire le BAC, moins de la moitié.