Formation en soins infirmiers - Bac ou DEC?

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale
Selon les chiffres de l’OIIQ, le nombre d’infirmières bachelières augmente d’un peu moins d’un point de pourcentage depuis 1992.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Selon les chiffres de l’OIIQ, le nombre d’infirmières bachelières augmente d’un peu moins d’un point de pourcentage depuis 1992.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé septembre 2013

La majorité des infirmières en fonction ont un diplôme collégial. Mais, comme les soins de santé se complexifient, un nombre croissant d’entre elles obtiennent leur baccalauréat, leur maîtrise et même leur doctorat.

 

Le baccalauréat obligatoire pour les infirmières constitue une pomme de discorde depuis plus de 40 ans. Alors qu’un comité interministériel se penche sur la question, il apparaît opportun de faire le point sur les différents parcours de formation offerts actuellement aux futures infirmières.

 

Il y a d’abord le diplôme d’études collégiales (DEC) en soins infirmiers, d’une durée de trois ans, qu’on retrouve dans 43 des 48 cégeps de la province. À l’issue de ce programme, les étudiantes peuvent passer l’examen de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), puis accéder au marché du travail. « Les deux tiers des infirmières en exercice sont des techniciennes », signale Jean Beauchesne, président-directeur général de la Fédération des cégeps.

 

Si elles le souhaitent, les étudiantes peuvent poursuivre dans le continuum DEC-Bac, un programme harmonisé qui permet aux détentrices d’une technique en soins infirmiers de compléter un baccalauréat en deux ans. Plusieurs universités l’offrent, ainsi que le bac initial d’une durée de trois ans, qui accueillent les étudiantes ayant fait un DEC en sciences de la nature ou en sciences, lettres et arts.

 

Pour bachelières

 

Contrairement à leurs collègues techniciennes, les infirmières bachelières sont initiées à des connaissances supplémentaires. « On leur enseigne en plus les soins complexes, les soins critiques et la santé communautaire, énumère Johanne Goudreau, vice-doyenne aux études de premier cycle et à la formation continue de la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal. On voit également plus en profondeur des notions relevant par exemple de la périnatalité et de la santé mentale. Nos étudiantes apprennent en outre à utiliser la littérature scientifique et à développer leur jugement clinique. »

 

Une fois sur le marché du travail, les infirmières bachelières ne font pas « du bureau », comme plusieurs le croient à tort, insiste Mme Goudreau. « Elles travaillent auprès des patients et donnent des soins comme toutes les autres. Comme elles sont autonomes et ont de solides compétences en évaluation de la santé, elles sont particulièrement présentes dans les CLSC et les services de soins critiques. Elles peuvent accéder à des postes comme ceux d’infirmière-chef ou de monitrice à la formation auprès du nouveau personnel. »

 

Selon les chiffres de l’OIIQ, le nombre d’infirmières bachelières augmente d’un peu moins d’un point de pourcentage depuis 1992. Il y a 10 ans, elles formaient 27,8 % du corps infirmier. Aujourd’hui, cette proportion est de 35,5 %.

 

À la maîtrise

 

Certaines infirmières poursuivent des études de maîtrise. Ce diplôme leur ouvrira la porte de la pratique avancée en soins infirmiers, où elles exerceront un plus grand leadership. « Elles seront par exemple infirmières-pivots en oncologie, infirmières conseillères dans des unités de soins ou encore gestionnaires », illustre la vice-doyenne.

 

Une minorité s’inscrira au doctorat pour faire avancer les connaissances et les pratiques dans ce domaine. « Il y a encore des gens qui ne savent pas que les sciences infirmières sont une discipline à part entière des sciences de la santé », déplore Johanne Goudreau. Les infirmières titulaires d’un doctorat deviendront chercheuses et seront embauchées par des universités, des centres de recherche, des établissements de santé ou des organismes nationaux ou internationaux.

 

Les conséquences du bac obligatoire

 

Selon Johanne Goudreau, « les infirmières travaillent avec un coffre d’outils qui commence à être assez minimaliste pour le type de tâches qu’elles doivent accomplir ». En effet, avec le vieillissement de la population et la gestion de plus en plus importante des maladies chroniques, les soins infirmiers se complexifient chaque jour davantage. Un rehaussement de la formation est donc devenu incontournable, estime Mme Goudreau, qui ajoute du même souffle que les universités devraient être en mesure d’accueillir toutes les nouvelles étudiantes. « Il en va de la sécurité des patients. Ça fait 40 ans qu’on vit avec des infirmières qui ont le même droit pratique, mais pas la même formation. Qui trouve ça logique ? »

 

Jean Beauchesne ne s’oppose pas à la révision de la formation. « Mais, avant de sauter à la conclusion du bac obligatoire, nous recommandons de faire une analyse des fonctions de travail pour déterminer où se situent les déficits de compétence », nuance-t-il. En fait, pour le p.-d.g. de la Fédération des cégeps, l’accès à l’emploi est la véritable pierre d’achoppement. « Le bac obligatoire suppose que les infirmières ne pourront travailler après leur technique, décrie-t-il. La totalité de nos programmes techniques donnent accès au marché du travail et c’est un principe qui ne peut souffrir aucune brèche. » Il s’appuie d’ailleurs sur un sondage mené par la Fédération, le printemps dernier, auprès des étudiantes au DEC en soins infirmiers : 73 % sont contre l’idée du bac obligatoire et 42 % n’auraient pas choisi la profession si elles avaient été contraintes d’aller à l’université.

 

L’épineuse question du baccalauréat obligatoire trouvera peut-être sa solution dans le rapport du groupe de travail interministériel mis sur pied par le ministre de la Santé, Réjean Hébert, dont le contenu sera dévoilé au cours de l’automne.

 


Collaboratrice

1 commentaire
  • Marie Annie Painchaud - Inscrite 17 septembre 2013 10 h 59

    L'évolution et l'adaptation

    Fait à noter, il y a une délégation progressive de certains actes aux infirmiers auxiliaires (prises de sang, administration de vaccins) autrefois réservés aux infirmiers. Présentement, pour porter le titre d'infirmier auxiliaire, il est obligatoire de posséder un diplôme d'études professionnelles (DEP) en santé, assistance et soins infirmiers. Alors, suivant le même sens que l'évolution de la pratique infirmière, les infirmières auxiliaires ne devraient-elles pas voir leur formation passer de DEP à DEC? Selon cette théorie, les cégeps pourraient accroitre leurs cohortes et minimiser l'impacte sur leurs indtitutions! L'évolution est la pour rester et l'adaptation à de nouvelles situations fait parti du processus naturel!