Pharmaciens - Du renfort en première ligne

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Ailleurs au Canada et dans le monde, les compétences des pharmaciens sont davantage utilisées qu’au Québec.
Photo: Agence France-Presse (photo) Thomas Wieck DDP Ailleurs au Canada et dans le monde, les compétences des pharmaciens sont davantage utilisées qu’au Québec.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé septembre 2013

Dernièrement, le rôle des pharmaciens s’est considérablement accru dans les provinces canadiennes. Au Québec, toutefois, celui-ci a peu évolué au cours des dernières années. Grâce à l’entrée en vigueur de la loi 41, prévue le 3 septembre dernier mais reportée à une date ultérieure encore inconnue, la situation est appelée à changer : les pharmaciens québécois se verront confier de plus grandes responsabilités. Au plan de l’accessibilité des soins de première ligne, cette nouvelle réglementation pourrait avoir un impact important pour les patients de la province.

 

Dans la plupart des provinces canadiennes, le problème de l’accessibilité à un médecin de famille n’est pas alarmant. D’après les plus récentes statistiques, on estime qu’environ 15 % des Canadiens n’ont pas accès à ce type de spécialiste de la santé. Mais, au Québec, ce pourcentage passe à 25 % et, à Montréal, à 32 %. Pire encore, dans certaines sous-régions de la métropole, le taux s’élève à 50 %.

 

Aussi, au Québec, près du tiers des gens qui se présentent à l’urgence d’un hôpital savent que leur état ne nécessite pas l’accès à cette ressource, mais ils n’ont aucune autre façon d’obtenir rapidement des soins. Lorsque la loi 41 entrera en vigueur, bon nombre de ces personnes pourront se présenter à la pharmacie pour obtenir une consultation, plutôt que d’engorger les urgences et les cliniques médicales.

 

« Partout au Canada et partout dans le monde, on utilise davantage les compétences des pharmaciens. Au Royaume-Uni, par exemple, c’est depuis 2002 qu’ils ont plus de responsabilités. Au Canada, on est la dernière province à leur allouer plus de droits. Même les Territoires du Nord-Ouest ont attribué plus de pouvoirs aux pharmaciens. […] Nous n’avons pas la prétention de dire que les nouvelles activités des pharmaciens remplaceront les médecins de famille, loin de là, mais ça permettra aux gens d’avoir une porte d’entrée autre que l’urgence dans le système de santé », précise Mme Diane Lamarre, présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec.

 

Au total, sept nouveaux services seront offerts par les pharmaciens québécois : la prolongation des ordonnances, l’ajustement de celles-ci, la substitution thérapeutique d’un médicament en situation de rupture d’approvisionnement, la prescription d’un médicament pour un problème de santé mineur lorsqu’aucun diagnostic n’est requis ou que le diagnostic est connu, l’administration d’un médicament afin de démontrer l’usage approprié, ainsi que la prescription et l’interprétation d’analyses de laboratoire.

 

Du concret

 

Le médicament étant l’instrument thérapeutique le plus utilisé, ces changements auront vraisemblablement une incidence majeure sur les patients québécois. Par exemple, la prescription de médicaments pour un problème mineur dont le diagnostic n’est pas requis ou encore connu permettra de soulager de nombreux individus qui, autrement, auraient soit patienté à l’urgence, soit choisi de ne pas traiter leur problème.

 

« Je pense aux femmes enceintes, par exemple, avance la présidente de l’Ordre des pharmaciens. Généralement, elles voient leur médecin à la treizième semaine de grossesse. Or, pour la plupart d’entre elles, les nausées et les vomissements surviennent avant la douzième semaine. Quand elles consultent leur médecin, il est déjà trop tard. Pourtant, il y a des traitements qui existent pour ça. C’est le genre de choses sur lesquelles les pharmaciens pourront agir lorsque la loi sera en vigueur. »

 

Dans le même esprit, les pharmaciens pourront prescrire un médicament lorsque le diagnostic est déjà connu. Ainsi, les personnes souffrant d’infections urinaires à répétition ou encore de rhinites allergiques n’auront plus besoin de consulter systématiquement leur médecin pour obtenir une prescription.

 

« L’ajustement des médicaments et les demandes d’analyse de laboratoire sont aussi des points très importants de cette nouvelle loi, indique Mme Lamarre. La population est vieillissante et les médicaments des gens âgés doivent être constamment ajustés. Pour que l’ajustement soit bien fait, il faut connaître leurs fonctions rénales. La possibilité de demander des analyses de laboratoire est donc très importante dans ces cas-là. Et l’ajustement ne vaut pas que pour les personnes âgées ! Je pense aux enfants qui grandissent vite, par exemple, et qui ont besoin d’une plus grande dose d’antibiotique. »

 

Mme Lamarre ajoute que les pharmaciens pourront agir à deux niveaux différents en matière d’ajustement d’un médicament. Ils pourront le faire pour assurer la sécurité d’un patient ou encore pour atteindre une cible thérapeutique établie par un médecin. Par exemple, un patient souffrant de diabète pourrait voir ses médicaments être ajustés fréquemment par un pharmacien, afin d’atteindre les objectifs fixés par son médecin traitant.

 

Également, les pharmaciens pourront sous peu administrer un médicament à leurs clients à des fins de démonstration. « Ce changement-là sera utile dans certains cas précis. Auparavant, il n’y avait pratiquement que l’insuline qu’on s’injectait. Aujourd’hui, beaucoup de médicaments doivent être injectés à la maison. Souvent, les gens redoutent de le faire eux-mêmes. Lorsqu’un professionnel comme un pharmacien prend le temps de leur montrer comment faire et administre le traitement la première fois, ça les rassure », souligne la présidente de l’Ordre des pharmaciens.

 

Formation

 

Puisque la loi 41 devait être effective dès le 3 septembre, la très grande majorité des quelque 8300 pharmaciens québécois ont déjà suivi la formation réglementaire nécessaire pour l’application de la nouvelle législation.

 

« Plus de 6000 pharmaciens ont suivi la formation depuis le mois de juin, confirme Mme Lamarre. Sur les 8000 qui travaillent au Québec, au moins 1200 n’exercent pas directement auprès de la population ; il n’y en a donc plus beaucoup à former. Pour ceux qui restent, nous avons prévu des formations en région tout l’automne. Nous en avons aussi via le web. À ce jour, la réponse des pharmaciens est excellente : ils sont très motivés ! »

 

Le programme universitaire a également été ajusté. Depuis l’an dernier, les pharmaciens en devenir reçoivent une formation adaptée à la nouvelle loi dans le cadre de leurs cours.

 


Collaboratrice