L’impasse malgré les millions investis

La nouvelle loi octroiera de nouveaux pouvoirs aux pharmaciens, notamment celui de prescrire et d’ajuster certains médicaments.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot La nouvelle loi octroiera de nouveaux pouvoirs aux pharmaciens, notamment celui de prescrire et d’ajuster certains médicaments.

Pendant que les négociations entre Québec et les pharmaciens stagnent, les chaînes craignent de ne jamais voir de retour sur leur investissement, car on ignore toujours quand les pharmaciens pourront enfin poser les nouveaux actes prévus à la loi 41.

 

Les pharmacies du Québec estiment que de 7 à 10 millions de dollars ont été investis dans leurs officines en prévision du 3 septembre, date à laquelle la loi 41 devait entrer en vigueur, dit Richard Nadeau, pharmacien et vice-président aux services professionnels chez Familiprix. « Aujourd’hui, je ne peux rien faire, même si je suis prêt, et j’ignore si un jour on va arriver à la croisée des chemins », déplore-t-il. Familiprix, par exemple, a investi quelques centaines de milliers de dollars en formation et en logiciels.

 

Pourquoi les négociations sont-elles dans l’impasse ? Québec et l’Association des pharmaciens propriétaires (AQPP) se seraient pourtant entendus sur les tarifs consentis pour les nouveaux actes, selon un document obtenu par Le Devoir.

 

Le document, signé par le comité de négociation de l’AQPP et distribué comme point d’information aux membres le 3 septembre, précise que « les tarifs ne représentent plus un enjeu depuis le 15 août ».

 

Point en litige

 

Étrangement, les discussions se trouvent dans une impasse sur un point qui ne figure nulle part dans le texte de la loi 41 : les tests de laboratoire « rapides » effectués dans certaines pharmacies. C’est le « seul » point en litige, selon le document de l’AQPP.

 

Le problème, c’est que le suivi des résultats et les ajustements médicamenteux subséquents deviendront des services assurés en vertu de la loi 41, du moins pour les assurés du régime public d’assurance médicament. Mais le test, en amont, ne l’est pas, sauf à l’hôpital. Selon le résumé du comité de négociation de l’AQPP, le ministre de la Santé Réjean Hébert refuse tout autant de « défrayer ces tests » que de signer une entente qui permettrait aux pharmaciens de faire payer les patients directement, comme c’est le cas actuellement. On parle surtout du suivi de patients diabétiques ou sous anticoagulants.

 

Les pharmaciens comprennent que « le ministre n’a pas d’objection à faire payer les tests par les patients », écrivent-ils. « Mais, pour des raisons que nous ne pouvons que supposer, il s’oppose à accorder publiquement son accord. Il refuse donc de l’écrire dans l’entente. »

 

Au cabinet du ministre de la Santé Réjean Hébert, on ne souhaite pas commenter les négociations en cours. Ariane Lareau, attachée de presse du ministre, précise toutefois que les échanges des derniers jours ne portent pas « seulement » sur les tests effectués en pharmacie.

 

Examens de laboratoire

 

Le Collège des médecins, qui a travaillé main dans la main avec l’Ordre des pharmaciens pour voir ce projet de loi aboutir, est déçu de la tournure des événements et des retards pour les patients.

 

Le président du collège, le Dr Charles Bernard, précise « qu’il n’a jamais été dans nos intentions, dans le règlement, de donner le droit aux pharmaciens de faire des examens de laboratoire ». Aussi, que les négociations bloquent sur ce point, comme le laisse entendre le document de l’AQPP, semble plutôt surréaliste aux yeux du Dr Bernard, qui se demande si les pharmaciens ou Québec profitent des négociations pour aborder des points qui, au fond, y sont étrangers.

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