Assemblée de l’Association médicale canadienne - Les médecins québécois ont dû s’expliquer sur l’aide médicale à mourir

Le projet de loi 52 du gouvernement du Québec encadre entre autres l’aide médicale à mourir.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le projet de loi 52 du gouvernement du Québec encadre entre autres l’aide médicale à mourir.

Des médecins québécois ont pris le micro pour expliquer devant leurs collègues canadiens pourquoi ils appuient le projet de loi 52 du gouvernement du Québec, lequel encadre entre autres l’aide médicale à mourir.

 

Lors des débats qui se sont tenus lundi dans le cadre de la 146e assemblée annuelle de l’Association médicale canadienne (AMC) à Calgary, l’inquiétude de plusieurs médecins canadiens était palpable.

 

« Nous ne croyons pas que l’aide médicale à mourir fasse partie du continuum des soins palliatifs », a lancé au parterre la présidente de la Société canadienne des médecins de soins palliatifs, la Dre Doris Barwich, lors d’un débat. D’ailleurs, plusieurs des médecins qui se sont exprimés oeuvraient en soins palliatifs.

 

« Si le suicide assisté devient légal, on ne devrait pas s’associer à ça ! », a averti un autre en s’adressant aux membres du conseil d’administration de l’AMC.

 

Pour un autre, « devenu médecin pour sauver des vies », pas question « que les médecins soient dépeints comme ceux qui amènent la mort ». « Je ne suis pas intéressé. Comme médecin, je veux m’occuper du bien-être du patient », de renchérir un collègue.

 

Le président de l’Association médicale du Québec (AMQ), le Dr Laurent Marcoux, s’est levé pour expliquer le projet de loi 52. « C’est une décision de société, et nous sommes au service de la société. Au Québec, nous avons cette discussion depuis quatre ans, et la grande majorité de la population souhaite qu’on aille jusqu’à permettre l’assistance à mourir ». Il a rappelé que deux médecins québécois sur trois considèrent que l’aide médicale à mourir est un soin approprié en fin de vie.

 

« Il faut se libérer de l’attitude paternaliste du dernier siècle. Dans la dernière étape qu’est la mort, ce n’est pas en contradiction avec notre devoir d’aider les patients », a soutenu le Dr Pierre Harvey, vice-président à l’AMQ.

 

Les opinions sont divisées dans les rangs médicaux, même au Québec, où des médecins opposés au projet de loi 52 continuent à manifester leur mécontentement malgré le consensus social qui émerge des sondages. « En 23 ans, je n’ai jamais eu de véritable demande d’euthanasie », est venue confier aux participants de l’assemblée annuelle de l’AMC une Québécoise, médecin en soins palliatifs, ajoutant craindre que l’aide médicale à mourir ne soit utilisée « à cause d’un manque de ressources ».

 

Première allocution de Rona Ambrose

 

L’événement a été l’occasion pour la nouvelle ministre fédérale de la Santé, Rona Ambrose, de prendre la parole publiquement pour la première fois.

 

Elle a dit miser sur la recherche et les technologies pour améliorer le système de santé.

 

« Pour la pérennité à long terme de notre système de santé, l’innovation est très importante », a dit la ministre, qui estime que c’est la productivité du système qui pourrait en bénéficier.

 

La nouvelle ministre estime que le fédéral peut assurer le « leadership » de l’innovation et qu’il est possible de travailler avec les provinces sur cette question. Sans aborder la délicate question du renouvellement de l’Accord sur la santé entre Ottawa et les provinces, qui prend fin en 2014, Mme Ambrose a tout de même précisé que, selon elle, « dépenser plus ne permet pas nécessairement d’obtenir de meilleurs résultats ».

 

Elle a aussi abordé la problématique de la violence conjugale, qui, dit-elle, coûte plus de 7,4 milliards par an socialement, dont 6 milliards en soins de santé. Elle dit en faire une priorité.

10 commentaires
  • Francine La Grenade - Inscrite 20 août 2013 06 h 23

    Rona Ambrose: elle sort d'où???

    On est en train de débattre sur la mort assistée. Et elle nous dit qu'elle croit au "leadership" fédéral pour ce qui est de l'innovation et de la productivité en santé?! Wow!

  • Emmanuel Lapointe - Inscrit 20 août 2013 06 h 49

    Mouais

    Il y a du pour & du contre, comme dans tout. Tout dépend de la façon dont c'est gèré mais comme tout le reste du système de santé Québécois, il sera probablement mal gèré...

  • Chantale Desjardins - Abonnée 20 août 2013 07 h 30

    Mourir dans la dignité en fin de vie

    Un malade qui voit son état maladif où la mort est certaine dans une période rapprochée et qui ne veut pas traîner dans un centre d'hébergement peut arrêter sa médication, refuser les traitements et demander qu'on lui administre les soins de confort. Seule la morphine lui sera administrée pour éviter les douleurs. Personne ne peut obliger un malade de prendre des médicaments. Il se doit de rédiger un testament de fin de vie qui stipule son choix de fin de vie. Le médecin doit l'aider dans sa démarche et participer aux soins de fin de vie. Ce n'est pas un suicide ni de l'euthanasie. D'ailleurs il me semble que cela se pratique dans les hôpitaux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 août 2013 07 h 47

      Mais, des fois, ça ne suffit pas.

  • Danielle Houle - Abonnée 20 août 2013 08 h 00

    La mort est une étape de la vie

    La vaste majorité des humains ne veulent pas prendre conscience que la mort fait partie de la vie. Il y a des milliers de livres sur comment vivre, mais très peu sur comment mourir. Il y a des étapes de vie comme l’enfance, l’adolescence, l’âge d’or. La mort est cette dernière étape de vie. Malheureusement on ne nous enseigne pas comment apprivoiser la mort et nous passons notre vie à la craindre, à tenter de la déjouer, à tenter de l’éviter avec les diverses approches médicales. Cela me surprend de lire dans l’article : «pas question que les médecins soient dépeints comme ceux qui amènent la mort ». Pourtant un nombre inquiétants de médecins ne sont là que pour soigner la maladie et non pas pour promouvoir la vie et la santé, et en devenant des pourvoyeurs de pilules, ils amènent la mort et non pas la vie. Rares sont les médecins qui nous montrent comment vivre plutôt que comment ne pas mourir. Un bon médecin devrait pouvoir nous accompagner dans la vie comme dans la mort.

    • Simon Pelchat - Abonné 20 août 2013 08 h 57

      Très bon commentaire M. Hone. J'ajouterais que de plus en plus de personnes aînées au Québec apprennent à apprivoiser et la vieillesse et la mort. Je peux en témoigner. Je me réjouis de l'intervention du Dr Marcoux et je suis fier de son intervention comme Québécois.

  • Yvon Bureau - Abonné 20 août 2013 08 h 23

    Fierté

    Je suis fier des affirmations des médecins québécois lors de cette Assemblée.

    Fier aussi des propos du Dr Marcoux. «Le président de l’Association médicale du Québec (AMQ), le Dr Laurent Marcoux, s’est levé pour expliquer le projet de loi 52. « C’est une décision de société, et nous sommes au service de la société. Au Québec, nous avons cette discussion depuis quatre ans, et la grande majorité de la population souhaite qu’on aille jusqu’à permettre l’assistance à mourir ». Il a rappelé que deux médecins québécois sur trois considèrent que l’aide médicale à mourir est un soin approprié en fin de vie».

    J'y ajoute ceci :Le Gouvernement s'est donné plus de trois années de préparation, de consultation et encore de préparation; et ce travail intense et respectueux des diverses opinions a été très positivement reconnu par les grands éditorialistes, les corporations professionnelles et les organismes concernés. Le débat sur les soins appropriés de fin de vie a uni profondément et très majoritairement la société québécoise. Il est bon de souligner que le Rapport Mourir dans la dignité fut unanime, tout comme la création de sa Commission; de quoi être rassurés. Très bon de aussi souligner ceci, tiré du Rapport Mourir dans la dignité à la page 53: «nous avons tenté, à titre de représentants élus de la population, de soupeser la valeur des arguments en regard de l'évolution des valeurs sociales, de la médecine et du droit ainsi que notre conception du bien commun».

    À la présidente de la Société canadienne des médecins de soins palliatifs, la Dre Doris Barwich, qui a peur que le suicide assisté devienne légal, je la rassure en lui disant ceci : la Commission spéciale sur la question du mourir dans la dignité l'a clairement rejeté. Elle a choisi unanimement l'aide médicale à mourir comme soin approprié et personnalisé de fin de vie, balisée et contrôlée, incluse dans le processus de continité des soins.

    http://www.collectifmourirdigneetlibre.org/blog.ph