Tollé contre la «taxe pharmacie»

«Les ententes des pharmaciens sont sous le régime de l’assurance médicaments, pas de l’assurance maladie», dit Réjean Hébert. 
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot «Les ententes des pharmaciens sont sous le régime de l’assurance médicaments, pas de l’assurance maladie», dit Réjean Hébert. 

Une pluie de critiques est tombée contre la décision du ministre de la Santé, Réjean Hébert, de renoncer à la gratuité des nouveaux actes médicaux accordés aux pharmaciens. Plusieurs dénoncent une « privatisation » du système de santé, pendant que le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, s’insurge contre ce qu’il qualifie de « taxe pharmacie ».

 

Jusqu’à ce que les pharmaciens s’expriment publiquement lundi, il était tenu pour acquis que la carte soleil, comme chez le médecin, servirait de carte de paiement. Mais ce ne sont finalement que 40 % des Québécois qui seront couverts, par le truchement de l’assurance médicaments. Pour 60 % de la population, on ignore toujours qui, des assureurs privés ou des individus, devra payer la note.

 

« Ce n’est pas aux Québécois de se voir imposer une nouvelle taxe, la taxe pharmacie, qui s’ajoutera aux hausses », a réagi Philippe Couillard sur le site Web du PLQ.

 

Pour son collègue et ex-ministre de la Santé Yves Bolduc, qui a déposé le projet de loi initial en 2011, la décision de couvrir les nouvelles responsabilités des pharmaciens par le truchement de l’assurance médicaments constitue une « privatisation du réseau de la santé » qui remet en question l’universalité des soins.

 

Les syndicats l’appuient et promettent de suivre le dossier de près. « Le ministre Hébert est en train de créer une brèche majeure dans le système public et universel ! »,s’insurge Jean Lacharité, deuxième vice-président à la CSN. « Ces actes sont actuellement offerts par les médecins de façon universelle et gratuite. C’est un non-sens de transférer le tout aux régimes d’assurance médicaments public et privés », ajoute-t-il, voyant là une improvisation totale commandée par « l’obsession du déficit zéro ».

 

« Non seulement c’est un accroc à l’universalité des services, mais on risque d’assister à une croissance des primes d’assurance », craint aussi Johanne McGurrin, première vice-présidente à l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS). Une autre façon de refiler la facture aux contribuables.

 

À la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), on estime « s’en être fait passer une petite vite ». Le deuxième vice-président Daniel Gilbert dénonce une « privatisation déguisée ». « Nous sommes très étonnés. C’est inacceptable et c’est dans la même veine que la taxe santé ou le ticket modérateur. »

 

Les médecins veulent leur part

 

Et si, après le paiement au pharmacien, on exigeait un paiement chez le médecin pour le renouvellement de prescriptions ? Le Dr Louis Godin avance que ses membres exigeront des avantages équitables par rapport aux pharmaciens. Pour le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), les tarifs qui filtrent des négociations entre Québec et l’Association des pharmaciens propriétaires du Québec (AQPP) dépassent, dans certains cas, ce que les médecins reçoivent pour les mêmes actes.

 

« On propose un forfait annuel aux pharmaciens de 30 $ par an pour ajuster la médication d’un patient hypertendu. Pendant ce temps, le médecin qui prend en charge le patient reçoit 10 $ par an ! » En ce qui concerne le renouvellement de prescriptions, le Dr Godin rappelle que les médecins accomplissent cet acte gratuitement. « Si le pharmacien demande 12,50 $ pour le faire, pourquoi moi aussi je ne demanderais pas la même chose ? Et lui va pouvoir facturer un assureur et pas les médecins ? Voyons ! »

 

Hébert se défend

 

Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a tenu à se défendre publiquement mercredi.

 

Si la carte soleil a été écartée au profit de l’assurance médicaments, c’est principalement une question administrative, dit le ministre. « Nous avons écarté rapidement l’idée d’une couverture par la RAMQ. Les ententes des pharmaciens sont sous le régime de l’assurance médicaments, pas de l’assurance maladie. Si on avait fait ce changement majeur, ç’aurait entraîné des délais importants dans la mise en application », explique-t-il en entrevue.

 

Même si Québec ne compte couvrir que trois des nouveaux actes sur sept pour les assurés du régime public, Réjean Hébert somme les pharmaciens d’offrir les quatre autres services gratuitement. Sinon, des conséquences s’ensuivront, avertit-il. « Je ne vais pas les laisser faire. Ils nous obligeraient alors à jeter un oeil dans le détail de leur facturation, voire à la réglementer. Je ne voudrais pas en arriver là, mais s’ils nous forcent la main… »

 

Réjean Hébert estime que seulement trois actes sur sept parmi les nouvelles responsabilités méritent une rémunération supplémentaire.

 

À la CSN, Jean Lacharité avance que la décision de Québec pourrait aller à l’encontre de la Loi canadienne sur la santé : « Je ne suis pas juriste, mais ça pose certaines questions qui devront être éclaircies, car les soins médicalement requis devraient être universels et gratuits. »

 

Réjean Hébert assure que les avocats du MSSS ont vérifié et que la décision est parfaitement légale.

 

Un point sur lequel lui donne raison la professeure de droit et spécialiste du droit de la santé Catherine Régis. Elle explique que « les professionnels de la santé autres que les médecins qui offrent des services à l’extérieur des hôpitaux ne tombent généralement pas sous la protection de la Loi canadienne ». Elle souligne d’ailleurs que c’est cette distinction qui a permis une « privatisation passive » du système de santé car, pour ces services « hors catégorie », il revient à chaque province de décider de ce qui est couvert.

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