Actes médicaux des pharmaciens - Une note à payer pour les patients

En entrevue au 98,5 FM lundi, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, indiquait pour la première fois que «les pharmaciens devront négocier avec les assureurs privés» pour les 4,6 millions d’assurés du secteur privé.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir En entrevue au 98,5 FM lundi, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, indiquait pour la première fois que «les pharmaciens devront négocier avec les assureurs privés» pour les 4,6 millions d’assurés du secteur privé.

Elle était attendue avec impatience, mais la décision d’accorder aux pharmaciens le droit de poser des actes médicaux entraînera vraisemblablement des coûts pour les patients. Les pharmaciens dénoncent même la « privatisation » de certains actes médicaux, qui, alors qu’ils étaient gratuits chez le médecin, seront assortis d’une facture chez le pharmacien. La loi doit entrer en vigueur le 3 septembre, apprenait-on lundi.

Les pharmaciens pourront, entre autres, prescrire certains traitements, en vertu de la loi 41 votée en décembre 2011. L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) négocie toujours avec Québec le tarif qui leur sera consenti, mais pour les 3,3 millions assurés du régime public d’assurance médicaments seulement.

 

Les assurés des régimes privés d’assurance médicaments devront probablement payer de leur poche. Les assureurs jugent que, en raison de la loi sur la concurrence, ils ne sont pas en mesure de négocier un tarif avec les pharmaciens propriétaires. Et le temps manque aussi pour modifier les milliers de contrats d’assurance détenus par des Québécois d’ici trois semaines.

 

« Nous avons toujours cru que ce serait couvert, comme les actes médicaux, par la RAMQ », dit Yves Millette, vice-président aux affaires québécoises à l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes. « Là, ça nous tombe dessus [lundi], ça ne sera pas le cas. Cette information arrive comme un cheveu sur la soupe sans qu’on nous ait jamais avertis ! », déplore-t-il.

 

En entrevue au 98,5 FM lundi, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, indiquait pour la première fois que « les pharmaciens devront négocier avec les assureurs privés » pour les 4,6 millions d’assurés du secteur privé.

 

Or, l’éventualité d’une telle négociation semble mince. « D’abord, ça ne sera pas possible de modifier les milliers de contrats d’assurance d’ici le 3 septembre », dit M. Millette, vers qui des compagnies d’assurances ont redirigé les demandes d’entrevues. « Ensuite, c’est très délicat pour nous, comme association, d’aller négocier un tarif avec les pharmaciens. Ça pourrait être interprété comme une restriction de la concurrence par le Bureau de la concurrence », explique-t-il. Il n’exclut pas que chaque compagnie d’assurances puisse négocier avec chaque chaîne de pharmacies.

 

M. Millette souhaite que Québec ouvre la porte à de « vraies négociations » impliquant les assureurs privés, ou « fasse comme c’était annoncé et que l’assurance maladie paie, comme quand on va chez le médecin ».

 

Pas gratuit pour les assurés du public non plus

 

Les assurés du régime public aussi devront probablement payer certains des nouveaux services des pharmaciens, en tout ou en partie. Car, contrairement à la carte soleil qu’on sort chez le médecin, l’assurance médicaments entraîne des coûts pour la plupart des patients, sous la forme d’une franchise et d’une coassurance.

 

De plus, un document de négociation déposé par le MSSS lundi et obtenu par Le Devoir suggère que, de tous les nouveaux actes dont pourront s’acquitter les pharmaciens, Québec envisage de n’en assurer que trois, soit la prescription d’un médicament pour une affection mineure, la prescription d’un médicament lorsqu’aucun diagnostic n’est requis et le suivi et l’ajustement de la thérapie pour certaines maladies comme le diabète ou les troubles de la coagulation. Comme la nouvelle loi permettra aussi aux pharmaciens de prolonger et d’ajuster une ordonnance, d’administrer un médicament à des fins de démonstration ou de prescrire et d’interpréter des analyses de laboratoire, il n’est pas exclu que les patients aient à payer de leur poche. L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) juge que ces actes valent de 15 à 30 $.

 

Privatisation?

 

« Le ministre demande de privatiser certains actes médicaux. C’est clairement ça », estime le président de l’AQPP, Jean Thiffault, à propos de la position du ministre de la Santé dans le dossier.

 

Chose certaine, « quelqu’un doit payer » pour ce service, résume-t-il, en disant s’attendre « à ce que la demande soit très forte » de la part d’une population qui n’en peut plus de passer des heures à patienter à l’urgence ou dans le cabinet d’un médecin.

 

Beaucoup d’argent est en cause. Si l’État décide que ce service de consultation est assuré par le réseau public au même titre qu’une consultation médicale, la facture totale expédiée par les pharmaciens va certainement atteindre plusieurs dizaines de millions de dollars par an. L’AQPP a fait des projections de coûts plus précises, mais refuse de les dévoiler.

 

Selon les pharmaciens, le gouvernement Marois a effectué un « recul » dans ce dossier, changeant de position au fil des mois. Car jusqu’à tout récemment, ils croyaient que Québec avait accepté le principe d’une couverture universelle.

 

Or, ils disent avoir eu la « surprise royale », fait valoir M. Thiffault, d’apprendre récemment que seulement 40 % des Québécois - ceux qui n’ont pas d’assurance médicaments privée - auraient accès à des services gratuits en pharmacie.

 

« Le ministre s’est traîné les pattes dans ce dossier, selon lui. C’est lui qui va porter l’odieux, si cette mesure fonctionne ou pas. »

 

Les négociations entre Québec et l’AQPP se poursuivent cette semaine.

 

 

Avec La Presse canadienne

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