Urgences: temps d’attente moyen de 2 heures

« Depuis le début de l’année, j’ai demandé à ce qu’on ait les données du temps d’attente avant d’être vu par un médecin, parce qu’on connaissait seulement le temps d’attente sur les civières », affirme le ministre Hébert.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir « Depuis le début de l’année, j’ai demandé à ce qu’on ait les données du temps d’attente avant d’être vu par un médecin, parce qu’on connaissait seulement le temps d’attente sur les civières », affirme le ministre Hébert.

Dans l’imaginaire collectif, le temps d’attente dans les urgences semble la plupart du temps interminable. En réalité, les patients attendent en moyenne 2 h 02, pour être très précis, à partir de la fin du triage infirmier jusqu’au moment de rencontrer un médecin. C’est du moins ce que révèlent les dernières données des urgences du mois de juin rendues publiques, la semaine dernière, sur le site Internet du ministre de la Santé Réjean Hébert.

« Depuis le début de l’année, j’ai demandé à ce qu’on ait les données du temps d’attente avant d’être vu par un médecin, parce qu’on connaissait seulement le temps d’attente sur les civières », affirme le ministre Hébert, qui s’est empressé de dévoiler cette information après que le Dr Alain Vadeboncoeur lui eut reproché sur son blogue de ne pas les connaître.

 

Le ministre Hébert a mis en ligne un tableau de données où il est possible d’abord de constater la moyenne de temps d’attente par niveau de priorité au triage. Par exemple, si un patient arrive à l’urgence en arrêt cardiaque, il est classé P1, et le temps d’attente dans ce cas est en moyenne de 7 minutes. Si à l’opposé, un patient arrive légèrement essoufflé avec des douleurs, il sera classé P4, et le temps d’attente sera en moyenne de 2 h 44.

 

« 60 % des patients qui arrivent à l’hôpital sont généralement des cas de P4 et parfois de P5, c’est ce qui explique, entre autres, que les gens ont l’impression d’attendre longtemps. Mais lorsqu’il y a urgence, ce n’est vraiment pas long »,indique le Dr Hébert.

 

La population peut aussi voir à quel hôpital il est préférable d’aller en cas d’urgence pour attendre le moins longtemps.

 

Selon les données recueillies, c’est à l’hôpital Hôtel-Dieu à Saint-Jérôme où la moyenne de temps d’attente était le plus longue en juin. Les patients ont attendu en moyenne 4 h 52, alors que ceux de l’hôpital de Témiscamingue ont à peine attendu 15 minutes, mais seulement 26 patients s’y sont présentés. Le temps d’attente le plus long en moyenne est dans les hôpitaux de Lanaudière, et le moins, dans la région de Chaudière-Appalaches.

 

« C’est sûr qu’il y a des différences entre les hôpitaux des grands centres et les régions, nous ne pouvons pas comparer, mais la moyenne de 2 h 02 d’attente sur l’ensemble du Québec me semble valide », note Dr Vadeboncoeur, qui souligne que ces données sont pour le mois de juin et non en janvier en pleine période des grippes. Il ajoute également que les données ne tiennent pas compte du temps entre l’arrivée à l’urgence et la fin du triage, qui est parfois long.

 

Le Dr Vadeboncoeur, qui est aussi président de Médecins québécois pour le régime public, trouve quand même que les données sont révélatrices. Il fait entre autres remarquer que le temps d’attente est élevé à l’hôpital Pierre-Boucher à Longueuil (4 h 22) avec un achalandage moins élevé que celui de l’hôpital Charles-Lemoyne, toujours à Longueuil, qui a pourtant un temps d’attente moins élevé (2 h 15).

 

Pour faciliter les comparaisons, l’équipe du Devoir a conçu un graphique pour mieux évaluer le temps d’attente en fonction de l’achalandage des hôpitaux. Il est ainsi possible de constater quels sont les hôpitaux les moins et les plus performants en matière de temps d’attente. L’hôpital de Montréal pour enfants se démarque parmi les meilleurs, alors qu’il a reçu plus de 200 patients en juin et que le temps moyen d’attente était de 55 minutes. Le Centre hospitalier de l’Université Laval à Québec s’en sort aussi relativement bien. Environ 200 patients s’y sont rendus en juin et ils ont dû patienter en moyenne 1 h 18. Les gens qui se sont rendus dans les hôpitaux de Lévis, Charny ou à Sainte-Justine à Montréal ont, eux, attendu en moyenne moins d’une heure. Par contre, certains hôpitaux, comme celui de Buckingham en Outaouais, ont reçu moins d’une centaine de patients et, pourtant, le temps d’attente était d’environ 4 h. À l’hôpital Pierre-Legardeur à Terrebonne, la situation était aussi loin d’être réjouissante. Les patients ont attendu en moyenne 4 h 48.

 

Réduire l’attente

 

Ces prochaines semaines, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, promet de publier un tableau de bord où les données seront mieux présentées et mises à jour de façon régulière sur le site du ministère. Les gens pourront plus facilement choisir leur hôpital avant de se présenter à l’urgence pour éviter d’attendre trop longtemps. Mais à long terme, il souhaite que ces données publiques servent aux établissements de santé pour améliorer leurs services. « Les établissements vont pouvoir avoir une meilleure idée de la situation, trouver des processus et même s’inspirer des autres pour améliorer le délai d’attente, indique le ministre Hébert. On est conscients que ça ne réglera pas tous les problèmes des urgences, mais si on améliore les services de première ligne, si on mise sur les groupes de médecine familiale, ça permettra de réduire davantage l’achalandage et l’attente dans les urgences », poursuit-il.

 

Le Dr Vadeboncoeur croit lui aussi que les solutions se trouvent dans l’organisation des services de premières lignes et dans la réorganisation des urgences. Il soutient que la publication des données sur le temps d’attente dans les urgences est au moins un pas dans la bonne direction.

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