Grippe aviaire - Prévenir une pandémie grâce à un virus mutant?

Le virus de la grippe aviaire (H7N9) a infecté 130 personnes au printemps en Chine. De ce lot, 43 sont décédées.
Photo: Agence France-Presse (photo) Wang Zhao Le virus de la grippe aviaire (H7N9) a infecté 130 personnes au printemps en Chine. De ce lot, 43 sont décédées.

Washington — Un groupe international de chercheurs a proposé mercredi de créer en laboratoire un virus mutant de la grippe aviaire (H7N9) capable de se transmettre entre mammifères ou de résister aux antiviraux pour mieux combattre cet agent pathogène dangereux et éviter une possible pandémie dévastatrice.

 

Ce virus particulièrement virulent est apparu en Chine au début du printemps et a infecté plus de 130 personnes dans ce pays, dont 43 sont mortes.

 

Mardi, une étude parue dans le British Medical Journal fait part du premier cas de transmission entre humains de H7N9 en Chine. Les deux personnes infectées, le père et sa fille, sont décédées. De plus, le virus a montré des signes de résistance aux principaux antiviraux.

 

L’épidémie est maintenant maîtrisée grâce à la fermeture de nombreux marchés de volailles, principale source d’infection, et au fait que les températures sont plus chaudes en été.

 

Mais, expliquent ces chercheurs, dont les virologues néerlandais Ron Fouchier (Rotterdam) et américain Yoshihiro Kawaoka (Université du Wisconsin-Madison), le virus pourrait réémerger avec des mutations à l’approche de l’hiver, avec la capacité potentielle de se transmettre par voie aérienne entre humains.

 

Le Dr Fouchier et ses collègues décrivent dans leur lettre, publiée dans les revues américaine Science et britannique Nature,l’approche qu’ils entendent suivre pour décoder en laboratoire les processus moléculaires clés de H7N9 avec des manipulations génétiques, créant en d’autres termes un virus mutant plus virulent, résistant aux antiviraux ou capable de se transmettre entre des mammifères, soit potentiellement entre humains.

 

Avec ces expériences, ils espèrent « trouver ce qui rend cet agent pathogène potentiellement mortel pour l’homme et les moyens d’arrêter sa possible propagation ».

 

Ils expliquent que, dans ce cas, les études épidémiologiques classiques et la surveillance ne donnent pas assez de temps aux autorités sanitaires pour élaborer une réponse efficace contre une éventuelle pandémie.

 

Précautions

 

Ces chercheurs soulignent aussi qu’ils prendront les précautions qui s’imposent pour travailler avec des virus génétiquement modifiés et respecteront les réglementations mises en place en 2012 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les États-Unis pour les travaux controversés sur le virus de la grippe H5N1.

 

Le Dr Fouchier et son collègue Yoshihiro Kawaoka avaient chacun de leur côté créé un virus mutant H5N1 de la grippe capable de se transmettre entre mammifères.

 

Les autorités américaines avaient bloqué la publication de leurs études en 2011, et ce, pendant plusieurs mois, en avançant le risque bioterroriste ou qu’un tel virus s’échappe du laboratoire.

 

Elles avaient demandé à ce que des mesures soient prises pour mener de telles recherches avant qu’elles puissent reprendre, ce qui n’est toujours pas le cas aux États-Unis, selon Ron Fouchier.

 

Il a précisé à l’AFP que les travaux sur le virus mutant H5N1 avaient recommencé dans son laboratoire à Rotterdam.

 

Un groupe de 40 scientifiques avaient également accepté un moratoire sur ce type de recherche qui a été levé plus tôt cette année.

 

Les chercheurs soulignent dans leur lettre que la controverse suscitée par les recherches sur le virus mutant H5N1 « a été salutaire, car elle a relancé le dialogue sur la sécurité sanitaire des laboratoires et sur le double usage des recherches », civiles et militaires.

 

Aux États-Unis, des contrôles supplémentaires ont également été mis en place pour minimiser les risques dans les laboratoires, notent-ils.

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