Traitement du lymphome - Offensive pour faire reconnaître un médicament

Un patient qui lutte contre le cancer devrait-il ajouter à ses batailles un bras de fer avec la bureaucratie médicale ? C’est la question troublante posée mercredi par Jean-Pierre Garneau, un patient atteint d’un type de leucémie ne lui laissant plus de pronostic enviable… à moins qu’il ait accès à un médicament malheureusement non offert au Québec.


Une aberration qui mène le Dr Pierre Laneuville, hématologue à l’hôpital Royal Victoria, à des échanges douloureux avec certains patients atteints d’un lymphome non hodgkinien indolent. « Je suis obligé de leur dire : “Voici le meilleur traitement qui existe pour vous, ça pourrait changer quelque chose, mais je ne peux pas vous l’offrir. Le Québec ne le permet pas.” »


L’aval donné à un médicament suit une route très précise. Au Québec, c’est l’INESSS (Institut national d’excellence en santé et services sociaux) qui recommande la liste des médicaments assurés par le régime général d’assurance-médicaments. Il bâtit ses examens en suivant la Loi sur les services de santé et les services sociaux. Celle-ci est on ne peut plus claire : « Un établissement ne peut fournir que des médicaments qui apparaissent sur la liste dressée à cette fin par le ministre. Cette liste ne comprend que des médicaments qui ont reçu un avis de conformité du gouvernement fédéral pour des indications approuvées », en stipule l’article 116.

 

Sceau fédéral


Or, le sceau fédéral de Santé Canada, essentiel au Québec, n’a pas été donné pour la bendamustine (Treanda). L’INESSS se désole de n’avoir même pas pu l’évaluer, ce qui lui a été reproché avec véhémence mercredi en conférence de presse. « Ç’a été une grande surprise pour nous, pour la communauté médicale, de voir que l’INESSS n’avait même pas évalué la valeur thérapeutique du médicament, et ce, malgré un consensus international », a déploré le Dr Pierre Laneuville, voyant là un précédent inquiétant.


Le Dr Stéphane Haern, interniste-intensiviste à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, président du comité scientifique chargé de l’évaluation des médicaments à l’INESSS, concède l’absurde apparent de cette situation, lorsque racontée de l’extérieur. « Et le clinicien en moi reconnaît, avec toutes les limites qui existent, les effets prometteurs du médicament, explique-t-il. Mais la loi est claire. Nous ne pouvons pas l’évaluer tant et aussi longtemps que Santé Canada n’a pas publié d’avis de conformité. »


L’INESSS a écrit au fabricant de la bendamustine il y a peu pour lui proposer une approche novatrice : lui demandant de soumettre sa demande à Santé Canada, elle se propose d’analyser en parallèle les données soumises au fédéral afin de pouvoir donner son feu vert - s’il y a lieu - dès que l’aval fédéral sera obtenu. « L’INESS, bien qu’elle souhaite avancer plus vite pour répondre aux besoins des patients, doit avancer en conformité avec la loi. »


Autres provinces


Les patients comme Jean-Pierre Garneau voient en ce médicament une immense lueur d’espoir, car une étude du Dr Mathias Rummel (2012) a montré que la survie sans progression de la maladie avec la bendamustine était de 70 mois contre 31 mois pour les patients ayant reçu le traitement habituel (R-CHOP). « Sans cette médication, je m’en vais vers la mort, a confié Jean-Pierre Garneau. J’en suis à mon troisième protocole, je termine dans deux semaines. Qu’est-ce que je vais faire après ? Au pire des pires, je pourrais peut-être aller aux États-Unis, mais si rien n’est fait, c’est terminé. »


Cinq autres provinces offrent la bendamustine, et son usage est autorisé en Europe et aux États-Unis. Ici, trois hôpitaux le permettent en vertu d’une disposition de la loi qui leur laisse cette marge discrétionnaire. Au moins 2000 patients pourraient en bénéficier au Québec.

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