Assurance maladie - Hébert promet de mettre fin à la discrimination envers les immigrants

Le ministre Réjean Hébert
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le ministre Réjean Hébert

Exclure pendant deux à trois mois les immigrants de l’assurance maladie à leur arrivée contrevient à la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.

Le ministre de la Santé Réjean Hébert prend très au sérieux cet avis de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, déposé lundi. Il promet d’agir rapidement pour éliminer cette discrimination qui force les nouveaux arrivants à se priver de soins ou à les payer de leur poche, a-t-il confirmé en entrevue avec Le Devoir.


« Nous prenons cet avis très au sérieux et nous allons répondre le plus rapidement possible, assure le ministre. L’objectif n’a jamais été de priver les nouveaux arrivants de soins, mais plutôt d’éviter le tourisme médical », explique-t-il.


Il ajoute que si la mesure du « délai de carence », instaurée en 2001, a eu « l’effet secondaire inacceptable » de priver les gens de soins, il faut y remédier.


Le ministre ignore pour le moment quelle solution sera privilégiée. Deux options s’offrent à Québec : délivrer une carte soleil aux immigrants reçus dès leur arrivée, ou leur offrir un régime de santé particulier pendant les mois que dure le délai de carence.


À l’exception de l’aide aux victimes de violence conjugale ou d’agression sexuelle, des soins liés à la grossesse et l’accouchement et des soins requis lorsqu’une infection menace la santé publique, les nouveaux arrivants doivent attendre deux à trois mois la délivrance de leur première carte soleil.


Origine ethnique


Près de 90 % des personnes qui subissent le délai de carence ne sont pas nées au Canada. Le délai de carence étant « indirectement fondé sur l’origine ethnique », la Commission des droits de la personne conclut à un « motif de discrimination ». La commission estime également qu’il s’agit d’une atteinte au droit à la sûreté, à l’intégrité et à la dignité.


Grand soupir de satisfaction à l’Alliance des communautés culturelles pour l’égalité dans la santé et les services sociaux, qui dénonce la situation depuis plusieurs années. « Cette mesure a causé des drames. Des familles se sont endettées de plusieurs milliers de dollars pour soigner un enfant », relate Jérôme Di Giovanni, directeur général à l’alliance. La mesure est d’autant plus inutile, selon lui, que les nouveaux arrivants doivent présenter un certificat médical attestant de leur bonne santé. « Oui, il faut se protéger des fraudeurs, mais pour ça, on a mis tout le monde dans le même sac ! »


Plus de 53 000 personnes ont été soumises au délai de carence en 2012.


 
7 commentaires
  • Robert Léger - Inscrit 28 mai 2013 06 h 55

    Abus du système

    Le délai de carence est pleinement justifié. Pourquoi les immigrants devraient-ils profiter de l'assurance-maladie sans y avoir contribué ?

    Il faut tenir compte du contexte : la plupart des pays étrangers n'offrent pas des soins aussi complets que le Québec, à commencer par les États-Unis. Cela ouvre la porte à toutes sortes d'abus !

    Un accouchement coûte plusieurs milliers de dollars; un traitement contre le cancer coûte facilement le prix d'une maison. Pensez-y !

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 28 mai 2013 09 h 40

      Ah! la simplification abusive, pourquoi pas?

      Il faudrait donc priver les enfants de soin, et les bénéficiaires de l'assistance sociale?

      L'angle adéquat pour observer cet enjeu est pourtant accessible : les immigrants viennent ici pour travailler, gagner leur vie, s'épanouir, fonder une famille. Ce sont généralement des résidents permanents, qui ne dépensent pas des milliers de dollar uniquement pour venir se faire soigner.

      Plus nous savons les accueillir avec l'hospitalité des gens dignes, mieux ils pourront contribuer à notre société. C'est pas compliqué.

    • Robert Léger - Inscrit 28 mai 2013 14 h 18

      @Alexis Lamy-Théberge. Qui a parlé de priver les enfants ou les bénéficiaires de l'aide sociale ? Votre raisonnement est pour le moins bancal !

      Quant à votre hospitalité, on s'en reparlera quand vous ou un membre de votre famille sera privé de soins faute de ressources dans le système. Moi aussi, je voudrais être ouvert et généreux avec les dizaines de milliers d'immigrants qui arrivent chaque année. Moi aussi...

      Ce serait moins compliqué si on pouvait prendre l'argent directement dans vos poches. Peut-être que vous chanteriez alors une toute autre chanson...

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 28 mai 2013 15 h 21

      Raisonnement bancal, puisque ce sont deux groupes qui ne paient pas, ou n'ont pas encore payé, pour financer le système de soin.

      Mais ce sont des gens de notre race, alors c'est différent, n'est-ce-pas?

      Pas comme ces immigrants, venus d'on ne sait où, pourtant invités par notre gouvernement, nos entreprises, nos institutions d'enseignement, pour contribuer à enrichir la société, comme partout en Amérique depuis des siècles. Immigrants auxquels, dès l'arrivée, on fait savoir qu'ils ne sont pas comme nous, ne sont pas de sang pur, et donc méritent un sous-statut, même s'ils sont diplômés, même s'ils parlent français. Voilà le contraire de l'hospitalité, qui ne serait pas un luxe. Et serait en outre un signe de bonne santé et de confiance en notre culture que de l'ouvrir à de multiples apports et d'ainsi l'offrir à qui veut bien s'y intéresser.

      Vous voudriez être généreux? On ne fait pas des politiques publiques avec des anecdotes : si vous êtes privé de soin, allez-vous engueuler votre voisine fumeuse qui vient de subir un triple pontage? Mais elle est de sang pur, j'oubliais. Comme si les problèmes du système de santé avaient le moindrement à faire avec l'immigration. C'est ce qu'on appelle un bouc émissaire.

      C'est une question de principe, ce qui me conduit à chanter le même refrain peu importe qui paie. C'est ce qu'on appelle un principe, par opposition à un intérêt. Respectueusement

  • Florence Péloquin - Abonnée 28 mai 2013 07 h 22

    Soyons logiques, alors ....

    ... et éliminons le délai de 3 mois auquel sont soumis les QUÉBÉCOIS qui reviennent au Québec après une longue absence et qui se voient privés d'Ass.-Maladie oendant 3 mois. Pourquoi seraient-ils moins bien traités que les immigrants fraîchement débarqués?

  • Gaston Fiset - Inscrit 28 mai 2013 07 h 56

    encore les payeurs de taxes mis a contribution gratuite

    continuer messieurs les autorités , nous ne payons pas assez d'impôt ??????.
    soignons la planète gratuitement .
    j'espère que lorsque j'irai dans les autres pays ,je peut m'attendre au même condition.LOL

  • Pierre Germain - Inscrit 28 mai 2013 09 h 04

    Priorités!

    M. Hébert ferait mieux de mettre fin aux surfacturations (par exemple frais accessoires et vente usuraire de gouttes payées 5$ et revendues 200$) aussi illégales qu'immorales que pratiquent certains médecins, avec la complicité complaisante et tacite de la RAMQ. Il devrait aussi admettre qu'une augmentation de 30% des honoraires des médecins n'a donné aucun résultat; bien au contraire, ces derniers travaillent moins et gagnent plus, engorgeant ainsi le système. M. Hébert devrait admettre qu'il faille ramener la rémunération des médecins à un niveau raisonnable et en former plus avec les sommes ainsi dégagées, afin de mettre fin à la pénurie artificielle qu'entretiennent crassement les médecins.