Khadir charge Proaction et consorts

Pour le député de Québec solidaire Amir Khadir, « il faut mettre fin à une dérive qui nuit non seulement à la qualité du milieu de travail, mais surtout à la qualité des soins ».
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Pour le député de Québec solidaire Amir Khadir, « il faut mettre fin à une dérive qui nuit non seulement à la qualité du milieu de travail, mais surtout à la qualité des soins ».

Méfiance, sentiment de persécution et de harcèlement, niveau élevé de détresse psychologique : les travailleuses sociales et techniciennes en services sociaux du CSSS de la Pointe-de-l’Île souffrent d’un climat de travail délétère depuis le passage de Proaction, selon une étude interne dont Le Devoir a obtenu copie.


« Il faut mettre fin à une dérive qui nuit non seulement à la qualité du milieu de travail, mais surtout à la qualité des soins », a lancé Amir Khadir en conférence de presse à l’Assemblée nationale mardi.


Selon Nadine Lambert, vice-présidente de la FSSS-CSN, les firmes privées instaurent des méthodes qui « entrent en contradiction avec nos codes de déontologie ».


Détresse psychologique


Au CSSS de la Pointe-de-l’Île, le passage de Proaction a laissé des séquelles chez des travailleuses sociales et des techniciennes en travail social. Le syndicat a mené une enquête interne qui décrit un climat de travail malsain. Une intervenante, se confiant par lettre, écrit : « J’ai pleuré toute la fin de semaine. » Une autre : « Est-ce normal d’avoir la nausée le matin quand tu vas travailler ? Est-ce normal d’avoir une seule envie, celle de démissionner ? »


« Avant, je me préoccupais de savoir si j’avais la bonne approche envers le client, mais maintenant, je me demande seulement si je vais réussir à remplir la grille », confie une autre intervenante. Les grilles utilisées par Proaction minutent le temps nécessaire à chaque intervention.


Le syndicat, dans le document d’analyse, parle de « détresse psychologique » et d’un « sentiment de harcèlement et de peur ».


D’ailleurs, aux côtés de la FSSS et d’Amir Khadir, l’ergothérapeute Louise Desmarais est venue confier avoir pris sa retraite un an et demi plus tôt que prévu. « Je faisais de l’insomnie, j’avais des migraines… J’aurais pourtant voulu pouvoir continuer plus longtemps. »


La direction du CSSS de la Pointe-de-l’Île tient à préciser que cette étude « a été menée chez 5 % des employés ». Toutefois, la direction, préoccupée par les résultats, a convenu avec le syndicat de déposer un plan d’action d’ici le 11 juin. « Nous n’avons pas de regret d’avoir fait appel à Proaction, dit Hélène Barral, directrice de la qualité et des communications, car nous n’avons quasiment plus de liste d’attente en soins à domicile. »


Des contrats remis en question


Selon l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, Proaction cumule au moins 15 millions de dollars en contrats avec le réseau de la santé, dont plusieurs accordés de gré à gré.


« Cette firme, qui n’a aucune compétence en santé, semble avoir accaparé le système, on ne sait pas par quel hasard », dénonce Amir Khadir.


À la période des questions, il a questionné le ministre Nicolas Marceau sur un « dîner » avec le président de Proaction Denis Lefebvre. En effet, sur le réseau social Facebook, M. Lefebvre affirme avoir participé à un « dîner avec le ministre des Finances » le 25 mars. À la demande du Devoir, l’attachée de presse de Nicolas Marceau a vérifié l’agenda du ministre. Elle nie fermement toute rencontre : « […] ni ce jour-là ni les autres. Le ministre ne reconnaît pas non plus cette personne en photo. Il n’y a eu ni dîner ni rencontre. Le ministre serre beaucoup de mains… », indique Mélanie Malenfant.


En novembre, Réjean Hébert a demandé au MSSS d’analyser les contrats accordés à Proaction. Un processus qui « suit son cours », indique son attachée de presse Ariane Lareau.


« Ça fait six mois que le ministre a promis de faire le point. Les ratés se multiplient. J’invite le ministre à agir », presse Amir Khadir.


Une pétition lancée le 29 avril par l’APTS réclame un « moratoire » sur les projets d’optimisation dans le réseau de la santé. Elle a récolté 784 noms jusqu’à maintenant.


Proaction n’a pas rendu les appels du Devoir mardi.

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