Le secret de la maladie mentale bientôt percé?

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine de la santé mentale

Les 51 chercheurs du Centre de recherche de l’IUSMM partent à la recherche de la signature de la santé mentale. L’objectif ? Innover pour mieux prévenir, traiter et réadapter les personnes atteintes de troubles de santé mentale, de l’enfance à la sénescence. « Les années 2000 ont été celles du cerveau, explique Sonia Lupien, neuropsychologue et directrice scientifique du Centre de recherche de l’IUSMM. Nous avons découvert beaucoup de choses, mais pas le gène de la schizophrénie, et je ne pense pas qu’on le découvre un jour. C’est bien plus complexe que ça ! Les années 2010 vont donc être celles du patient. Nous devons faire de la recherche afin que celui ou celle qui souffre de maladie mentale, au bout du compte, lorsqu’il sort de l’hôpital, aille bien et continue d’aller bien ! »


Pour atteindre l’objectif fixé, le Centre de recherche de l’IUSMM s’est donné pour mission de découvrir la signature biopsychosociale de la maladie mentale. « Deux personnes qui souffrent d’une même maladie, la dépression, par exemple, ne vont pas forcément réagir de la même manière au traitement médicamenteux ou autre, assure la Dre Sonia Lupien. La maladie ne porte donc pas la même signature chez tous les êtres humains. »


Une signature complexe aux critères multiples. Biologiques, tout d’abord. « N’y a-t-il pas des marqueurs biologiques qui peuvent signer une vulnérabilité accrue au développement de troubles mentaux ? se demande Sonia Lupien. Par exemple, est-ce que le cycle menstruel de la femme ne peut pas mener à de plus grands épisodes maniaques chez une bipolaire ? Je ne vous dis pas que c’est le cas, mais c’est le genre de questions que nous nous posons et il y a des données scientifiques qui suggèrent des choses comme ça. Est-ce que des enfants qui ont grandi dans un environnement où il y avait des polluants chimiques seraient plus à risque eux aussi ? On sait qu’il y a des liens chez les animaux. »


Cette signature peut aussi être psychologique et sociale. « Est-ce que la façon dont je pense, toujours négative, toujours positive, la psychologie, les émotions peuvent marquer une vulnérabilité ? Et, enfin, la signature sociale, d’où est-ce qu’on vient, etc. On sait que si on a connu l’adversité durant l’enfance, on a plus de risque de développer un trouble mental à l’âge adulte. C’est en combinant ces trois marqueurs que l’on pourra découvrir la signature de la maladie mentale. »

 

Projet Signature


Le Projet Signature a démarré il y a quatre ans dans les laboratoires de ce qui s’appelait encore l’Hôpital Louis-H. Lafontaine. Il y a six mois, les premiers patients sont entrés en jeu. Il s’agit de recueillir un maximum de données sur chaque personne arrivant à l’urgence. Prélèvement de cheveux, échantillons de salive, de sang, afin de déterminer les marqueurs génétiques, les marqueurs de toxines environnementales, les différentes maladies qui ont pu faire leur apparition, pour mesurer les hormones de stress et sexuelles, etc.


Parallèlement, des questionnaires évaluant le profil psychologique et social de chacun sont distribués. « Bien sûr, ils doivent être d’accord, et environ 65 % d’entre eux le sont, note la Dre Lupien. Nous refaisons ensuite cette batterie de tests quand ils sont prêts à quitter l’Institut, puis lorsqu’ils reviennent en consultation externe et, enfin, à la fin du traitement. C’est la seule étude au monde qui peut se targuer d’avoir des signatures à quatre moments différents. »


Un bassin de patients et de situations qui devrait s’élargir puisque le projet doit s’étendre à l’Hôpital Rivière-des-Prairies, qui s’occupe des enfants et des adolescents atteints de troubles psychiatriques, et l’Institut Philippe-Pinel, axé sur les psychopathes et les délinquants sexuels. « Nous aurons alors accès au plus grand bassin de gens souffrant de troubles mentaux au monde, estime Sonia Lupien. Et dans un spectre très large allant des tout-petits aux délinquants sexuels. De quoi recueillir des données assez complètes pour espérer parvenir à percer enfin le secret de la maladie mentale. »



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