Institut universitaire en santé mentale de Montréal - Soigner l’individu dans son milieu

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Il faut éviter que la maladie mentale fasse complètement sortir celui qui en souffre de son milieu de vie.
Photo: - Le Devoir Il faut éviter que la maladie mentale fasse complètement sortir celui qui en souffre de son milieu de vie.

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine de la santé mentale

En mars dernier, l’hôpital Louis-H. Lafontaine changeait de nom pour devenir officiellement l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal. « Cette nouvelle désignation vient confirmer formellement le leadership de notre établissement et de ses partenaires, estime Denise Fortin, directrice générale de l’établissement. L’Institut poursuivra sa mission de soins et services spécialisés et surspécialisés en santé mentale, d’enseignement, de recherche et d’évaluation des technologies et des modes d’intervention dans un souci constant de poursuite de l’excellence. »


Quatre missions, donc, toutes d’une égale importance, toutes intimement liées. Mission la plus connue pour le grand public, les soins et services aux patients et usagers sont eux-mêmes en pleine réorganisation. « On a de grands défis à relever parce que la psychiatrie existe depuis les années 1960 au Québec et que, depuis, les façons de faire ont beaucoup changé, explique Denise Fortin. À l’époque, tout était neuf et on a calqué les pratiques sur ce qui se faisait en santé physique. Résultat, on a beaucoup hospitalisé. Mais si l’on regarde les grandes tendances à l’échelle mondiale, l’offre de services se fait de plus en plus ambulatoire. On se rend compte que l’hospitalisation crée énormément de ruptures, que ces ruptures-là ne sont peut-être pas toutes nécessaires, qu’elles mènent à une certaine stigmatisation impropre à la resocialisation du patient par la suite. »


Ainsi, lorsqu’un individu a vu son médecin de famille, a consulté une équipe dans son CLSC et qu’il ne parvient pas à stabiliser sa situation, il débarque à l’IUSMM. Là, une équipe spécialisée le prend en charge et lance une évaluation systémique de l’individu. « Il est important de voir la personne dans son milieu pour apprécier son dysfonctionnement dans ce milieu-là, note Mme Fortin. Ensuite, l’équipe va s’adresser à la personne et à son entourage, en l’occurrence souvent sa famille, pour leur proposer un suivi adéquat, en collaboration avec le médecin de famille et les équipes de première ligne. Il faut absolument éviter que la maladie mentale fasse complètement sortir celui qui en souffre de son environnement familial, de sa communauté, de son milieu scolaire ou professionnel. »


Le mot d’ordre : permettre à la personne de préserver ce qu’elle a déjà dans sa vie. Ne pas lui proposer automatiquement un lit. L’expérience démontre, en effet, qu’une fois que l’individu a été extrait de son milieu, l’entourage a des appréhensions, ne voit pas le cheminement et se méfie. « On se retrouve alors à devoir offrir à nos patients un milieu de transition, puis d’hébergement. Une fois qu’on a mis le doigt dans le processus du lit, c’est un piège. Ces gens-là n’en finissent plus de sortir de la psychiatrie. Notre nouvelle offre de services vise à leur permettre de demeurer dans leur communauté, citoyens à part entière. »

 

Surspécialité


Ce qui ne signifie pas que personne n’a plus besoin d’une hospitalisation. Pour les personnes atteintes de psychose et qui ne réagissent pas au traitement médicamenteux, les délirants chroniques, ceux atteints de troubles psychotiques, les grands dépressifs, il faut souvent en passer par là. « On entre alors dans ce que l’on appelle la surspécialité, explique Denise Fortin. Il s’agit généralement de patients qui ont besoin de plus que des médicaments. La stimulation transcranienne, les électrochocs sont des techniques qui fonctionnent très bien dans certaines situations. Nous mettons en place des techniques de pointe, en partenariat avec nos différents centres de recherche, nous sommes à l’affût des nouvelles pratiques. En surspécialité, nous cherchons aussi de plus en plus à détecter les troubles dès le plus jeune âge. Nous savons aujourd’hui qu’en découvrant la psychose chez les enfants de 8 ou 9 ans, il est beaucoup plus facile de prévenir plus tard la souffrance psychique. Nous sommes donc présents dans les milieux de vie des jeunes, écoles, lieux de loisirs, pour dépister les dérapages potentiels. »


Une surspécialité soutenue par les centres de recherche intégrés à l’Institut. Une recherche clinique très près des individus. À partir des constats des praticiens, les chercheurs voient ce qu’ils sont capables d’expérimenter. « Nous sommes notamment en train de cerner une signature biopsychosociale de la maladie mentale, explique Denise Fortin. C’est une étude d’une ampleur sans précédent que nous menons en collaboration avec nos usagers qui arrivent à l’urgence. »


Lieu de soin et de services, lieu de recherche, l’Institut est également un lieu d’enseignement affilié à l’Université de Montréal. De 800 à 900 stagiaires y sont accueillis chaque année. « C’est important pour les praticiens, qui sont stimulés par cet apport de connaissances théoriques, ajoute la directrice générale de l’IUSMM. Et de notre côté, nous devons toujours rester à la fine pointe afin de motiver les jeunes à venir développer leurs compétences chez nous, à venir chercher des connaissances ici et à nous en transmettre. C’est une sorte de mutualité qui nous permet d’être véritablement un lieu de savoir. »

 

Intégration


Soins, recherche, enseignement, l’excellence est partout. Mais la force de l’Institut, c’est sa capacité à remettre en cause ses pratiques, à s’interroger sur ses valeurs, à évaluer ses modes d’intervention, toujours dans le but premier de faire avancer la cause de la santé mentale. « L’asile protégeait les gens. On les enfermait parce qu’ils étaient ostracisés, explique Denise Fortin. La pleine citoyenneté, ça veut dire que nous aussi, comme société, on a la responsabilité d’intégrer des gens qui sont différents et de leur donner une place. L’évaluation de la situation des gens qui nous arrivent est fondamentale. L’évaluation de nos pratiques également. Historiquement, nous avons par exemple soustrait les familles au traitement en santé mentale. C’est une erreur. Il faut savoir le reconnaître pour changer. Les familles ont souvent une connaissance fine de la transformation de l’individu. Elles ont vécu avec lui depuis sa naissance et le connaissent très bien. Elles doivent faire partie de tout le processus. »



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