Assurance autonomie : les travailleurs sociaux s’inquiètent

L'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux s’inquiète entre autres de la place qui sera accordée au privé dans le nouvel écosystème des soins à domicile.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux s’inquiète entre autres de la place qui sera accordée au privé dans le nouvel écosystème des soins à domicile.

Les travailleurs sociaux, qui sont pourtant au coeur de la petite révolution de l’assurance autonomie que veut instaurer le ministre de la Santé Réjean Hébert, se demandent comment ces derniers pourront opérer ce virage en raison de la pénurie d’effectifs.


« On salue la volonté du ministre, mais le portrait sur le terrain n’est pas rose, a souligné la présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Carolle Dubé, en conférence de presse, jeudi. Nous sommes entre l’espoir et l’inquiétude. » Elle estime qu’il manque actuellement 400 travailleurs sociaux dans le réseau. Sans compter la pénurie de physiothérapeutes - 130 - et d’ergothérapeutes - 200 -, eux aussi appelés à fournir les soins à domicile. « C’est un contexte difficile pour mettre une réforme en place », observe Mme Dubé.


Valérie Lepage est travailleuse sociale dans la région de Lanaudière. Elle s’occupe principalement d’une clientèle âgée, à domicile. En plus de la pénurie de personnel professionnel, « il y a un manque criant d’auxiliaires familiales, dit-elle. Les listes d’attente sont longues, les proches aidants sont à bout de souffle, et nous éteignons des feux plutôt qu’exercer un rôle préventif », résume-t-elle.


L’APTS s’inquiète aussi de la place qui sera accordée au privé dans le nouvel écosystème des soins à domicile. « Il ne faut pas que cette réforme soit une occasion d’affaires. Il est impératif de passer par les services publics », selon Mme Dubé. Elle estime que le taux de roulement élevé du personnel, les difficultés à assurer le suivi de la qualité de services et le manque de formation sont autant de pièges d’un recours accru au privé.


« Que Québec compte sur d’éventuelles économies pour financer l’assurance autonomie, ce n’est pas rassurant : rappelons-nous le virage ambulatoire. Il ne faut pas aller dans ce sens-là, estime Mme Dubé. Sans financement adéquat, sans ajout de ressources pour répondre aux besoins, c’est un voeu pieux. »


Secteur privé


La Fédération de la santé et des services sociaux affiliée à la Confédération des syndicats nationaux (FSSS-CSN) s’inquiète également de la porte qu’ouvre l’assurance autonomie au secteur privé. « Pour nous, ce n’est pas une voie. Si on veut garantir des services publics de qualité, on doit maintenir les ressources à l’intérieur d’un réseau où il y a un encadrement des soins », souligne le vice-président responsable du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers à la FSSS-CSN, Guy Laurion. Pour ce faire, « il va falloir qu’il y ait de l’embauche dans le réseau », ajoute-t-il.


Des incertitudes persistent aux yeux du syndicat, mais l’idée de miser sur les soins à domicile ne déplaît pas du tout. « Sur le fond, ça nous convient. […] Ça vient au moins ouvrir cette palette de services là au lieu d’amener les gens dans les institutions publiques. Il ne faudrait toutefois pas sous-estimer les besoins de financement dans les CHSLD pour financer cette assurance autonomie », prévient M. Laurion.


 

Avec Karl Rettino-Parazelli

4 commentaires
  • Marc Blanchard - Inscrit 25 avril 2013 16 h 50

    Ils ne connaissent même pas les détails du projet et ils se plaignent déjà!

    • Nicole Moreau - Inscrite 26 avril 2013 08 h 15

      les contraintes de réalité sont importantes à prendre en compte dans l'élaboration et la mise en oeuvre d'une politique, la position des travailleurs sociaux m'apparaît plutôt comme un signal donné que celle-ci ne sera pas évidente s'il manque de professionnels.

  • Solange Bolduc - Inscrite 26 avril 2013 10 h 23

    faire le plein de ce qui existe déjà, et procéder à de profonds changements des mentalités !

    Pour répondre à une demande de plus en plus accrue, il faut revoir de fond en comble tous les organismes communautaires, et voir comment l'argent y est dépensé, et surtout comment ré-aménager certains locaux.

    Dans les services publics, en effet, Mme Dubé "estime que le taux de roulement élevé du personnel, les difficultés à assurer le suivi de la qualité de services et le manque de formation sont autant de pièges d’un recours accru au privé."

    À la maison du Quartier Villeray, la Mission est loin d'être remplie, justement parce que le personnel ou la direction manque de formation pour répondre aux plus démunis de la société.

    On pourrait utiliser cet organisme comme siège social, en y ajoutant un volet Aide à domicile, genre "Secours volant!" et embaucher du personnel mieux formé, impliquer des jeunes scolarisés.

    Dans ce milieu, on trouve des employés qui ne pensent qu'à faire carrière, oubliant de répondre aux besoins des clientèles.

    Il y a quelques années, des personnes âgées ou malades y trouvaient là un lieu de rencontres ! Ils n'y trouvent plus cet accueil qui existait avant, et surtout le réconfort psychologique. On prenait le temps de les écouter, ils faisaient un peu de bénévolat, et il retournait chez eux contents.

    L'aide à domicile est nécessaire, mais il faudrait exploiter davantage ces lieux publics, les réaménager en fonction des besoins réels des gens plus ou moins âgés ou ayant des problèmes mentaux.

    Quand on manque de formation, on n'a pas la patience nécessaire pour comprendre leur problématique.

    Et pendant ce temps, on dénonce le privé ! Le Gouvernement devrait faire le plein de ce qui existe, et procéder à de profonds changements, faire le ménage de ces administrations boiteuses afin de mieux exploiter les ressources existantes (locaux, bénévoles,etc.), et surtout imposer le respect envers les clientèles qui ont des besoins criants.

    La Ville de Montréal me semble complice de ce gaspillage honteux !

  • François Laforest - Abonné 26 avril 2013 14 h 28

    Le nouvel ''écosystème'' des soins à domicile.

    ''L’APTS s’inquiète aussi de la place qui sera accordée au privé dans le nouvel écosystème des soins à domicile.''
    Il s'agit d'un écosystème ''vert'' et ''syndiqué'' avec recours à une forme de privé biodégradable et diplômé, bien sûr!