Lenteurs aux urgences - Couillard semonce quatre hôpitaux

Quatre hôpitaux de la région de Montréal sont plus que jamais dans la mire du ministère de la Santé, en raison de la piètre performance de leurs urgences. À la demande des régies de la santé, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, dans une lettre cinglante, presse ces moutons noirs du réseau de mettre au pas leurs médecins et d'apporter rapidement des correctifs.

C'est la situation vécue aux urgences du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), des hôpitaux Maisonneuve-Rosemont et Sacré-Coeur, à Montréal, et Charles-LeMoyne, sur la Rive-Sud, qui a suscité les foudres du ministre Couillard.

Une missive envoyée aux directeurs de ces établissements, publiée hier dans Le Journal de Montréal, souligne que ces derniers et les médecins sont les «premiers responsables» de «lacunes difficilement acceptables» constatées dans la «qualité de la prise en charge des patients (de l'urgence)».

Hier, au cabinet du ministre Couillard, on confirmait que la situation des urgences dans ces quatre hôpitaux demeurait hautement problématique mais qu'il ne fallait pas y voir une réprimande visant les seuls médecins.

«On n'est pas du tout gênés des propos qu'on y tient. Ce qu'on veut, c'est soutenir ces gens et leur dire: "Vous avez une responsabilité, mais qui est aussi partagée par plusieurs autres personnes"», a indiqué hier Katie Rouleau, l'attachée de presse du ministre Couillard, qui affirme que les dirigeants avaient été dûment informés de la teneur de cette lettre avant son envoi.

Informations prises, il semble d'ailleurs que l'envoi de cette lettre ne soit pas du tout innocent et qu'il fasse partie d'un plan mis en branle à la Régie régionale de la santé de Montréal pour mettre au pas les hôpitaux déviants. «On est en train de concevoir un deuxième train de mesures pour les urgences avec le ministère, et l'intervention personnelle du ministre faisait partie de celles-ci», a reconnu hier le Dr Pierre Masson, directeur des affaires médicales à la Régie régionale de Montréal. «Ce n'est pas un désaveu, mais une pression additionnelle qu'on voulait mettre (sur ces hôpitaux)», a-t-il précisé.

En coulisses, il semble que certains directeurs d'hôpitaux visés ne sont pas du tout vexés de l'envoi de cette lettre, qui vient leur donner un argument de plus pour forcer des changements difficiles dans leur établissement. Cela semble être le cas au CHUM, aux prises avec un déficit de plus de 25 millions de dollars, où un plan de retour à l'équilibre budgétaire crée en ce moment beaucoup de mécontentement.

Au CHUM, on s'est toutefois refusé hier à faire tout commentaire sur la lettre ministérielle. On s'est plutôt empressé de dévoiler de nouvelles statistiques prouvant une amélioration «sensible» aux urgences. Le CHUM se targue aussi d'avoir recruté sept nouveaux médecins urgentologues au cours de la dernière année.

Pour leur part, certains employés du CHUM se réjouissaient hier de voir que le ministre Couillard impute désormais à tout le corps médical — et pas aux seuls médecins de l'urgence — les déboires de ce service.