La procréation assistée est payante pour le CUSM

En deux ans, la fécondation in vitro (FIV) a engendré un surplus de 6,2 millions au CUSM.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir En deux ans, la fécondation in vitro (FIV) a engendré un surplus de 6,2 millions au CUSM.

Pendant que Québec boucle son année dans le rouge par rapport à ses prévisions pour la procréation assistée, au CUSM, cette activité figure dans la colonne des revenus et sert à combler le déficit.


En deux ans, la fécondation in vitro (FIV) a engendré un surplus de 6,2 millions au CUSM : c’est-à-dire que plus de 40 % de l’argent versé par Québec pour la FIV n’a pas servi à cette fin. Il a été « fondu à l’intérieur du déficit global de l’établissement », selon le rapport de Michel Baron sur la gestion déficiente de l’établissement, déposé en décembre dernier, et qui donne actuellement lieu à un important exercice de redressement financier.


En deux ans, entre le 1er avril 2010 et le 31 mars 2012, la clinique de procréation assistée du CUSM a reçu plus de 15 millions de dollars du ministère de la Santé (MSSS) pour réaliser 3169 cycles de FIV, au tarif fixé par Québec de 4750 $ par cycle.


Le CUSM n’a eu besoin que de 59 % de cette somme pour offrir les services aux patients. Les surplus représentent 1960 $ de « profit » par cycle de FIV. Le directeur des affaires publiques et planifications stratégiques du CUSM, Richard Fahey, confirme que l’argent a servi à réduire le déficit de l’hôpital depuis 2010-2011. « Ces surplus paient des activités qui sont déficitaires au sein de l’organisation. Tout le monde a entendu parler de notre déficit de fonctionnement de 40 millions », dit-il.

 

Une situation normale?


Le rapport Baron estime que l’hôpital essuiera un déficit de 77 à 120 millions cette année, ce qui a mené à une quasi-tutelle en décembre dernier. Il juge aussi que ces surplus générés par la procréation assistée sont précaires et pourraient « constituer une zone de fragilité additionnelle si le financement était revu à la baisse par le MSSS ». Il recommande à l’Agence de la santé de Montréal de « cibler » ces surplus « à des éléments de déficit justifiables à l’égard de la prestation de service ». L’Agence, pour sa part, a indiqué au Devoir que c’est au MSSS de répondre aux questions dans ce dossier.


Le CUSM juge ce transfert de fonds normal. « Rien ne se perd, rien ne se crée : au final, tout l’argent sert à traiter des patients, dit Richard Fahey. On devrait célébrer le fait que ce service est efficace. Ça n’inciterait pas les départements à la performance si, dès que tu es performant, tu es puni. Dans un hôpital, certaines activités sont profitables et d’autres ne le sont pas. »


Dans un plan d’affaires remis à l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, le CUSM avait pourtant demandé un rehaussement du financement de la FIV, évaluant ses coûts à 8000 $ par cycle, avait rapporté La Presse en juin 2012. Pourquoi cette demande, alors que selon toute vraisemblance la FIV est rentable pour le CUSM et coûte en moyenne 2789 $ par cycle ? Richard Fahey a indiqué ne pas avoir les informations nécessaires pour répondre à cette question.


Il n’a pas été possible de comparer cette situation avec celle de la seule autre clinique publique offrant la FIV, celle du CHUM. En effet, ouvrant à peine ses portes, cette dernière n’a achevé que 28 cycles de FIV en 2011-2012. « C’est trop peu et trop tôt pour savoir si la FIV engrange des surplus pour le CHUM », explique la responsable des communications, Lucie Dufresne.


Le rapport Baron précise qu’au CUSM, le MSSS accorde 4750 $ par cycle depuis le 1er octobre 2010.


Quand Québec a accordé 7100 $ par cycle de FIV en 2010, de nombreux observateurs avaient jugé cette somme trop élevée. Le montant a rapidement été revu à la baisse, à 4750 $ par cycle en hôpital et à 4600 $ par cycle en clinique privée.


Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, ne souhaite pas se prononcer immédiatement sur le dossier de la procréation assistée, en étant à en évaluer les différents éléments, indique son attachée de presse, Ariane Lareau.