Médicaments d’origine - Cartes de fidélisation : l’Ordre des pharmaciens est incapable de trancher

Les pharmaciens hésitent à accepter les cartes de fidélisation des fabricants de médicaments originaux.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Les pharmaciens hésitent à accepter les cartes de fidélisation des fabricants de médicaments originaux.

Les pharmaciens peuvent-ils accepter les cartes de fidélisation des fabricants de médicaments originaux ? Cela dépend, répond leur ordre professionnel en les invitant à la plus grande prudence dans un avis.

« On ne peut dire ni oui ni non au moment où on se parle », explique Manon Lambert, directrice générale et secrétaire de l’Ordre des pharmaciens du Québec.


Ce qui est clair, toutefois, c’est que votre pharmacien peut très bien refuser d’accepter une carte comme celle qui est publicisée par InnoviCares pour obtenir des médicaments d’origine au prix des génériques. « Nos avocats sont formels là-dessus », dit Mme Lambert.


Mais peut-il les accepter ? L’ordre se fait moins formel. En participant, le pharmacien entre dans une zone grise, explique Mme Lambert. En effet, le Conseil de discipline de l’Ordre n’a jamais été saisi d’une cause semblable. En l’absence de jurisprudence, l’ordre a donc publié sept « questions » que les pharmaciens doivent se poser avant d’accepter de prendre part, avec un patient, à un programme de fidélisation à un médicament d’origine. Par exemple, le pharmacien doit être en mesure d’expliquer le programme, de déterminer s’il entraîne des coûts supplémentaires pour un tiers (comme les assureurs) ou si des renseignements personnels sont divulgués.


L’Ordre ne peut garantir l’immunité aux pharmaciens qui participeront au programme de fidélisation. « Ils prennent un risque et, un jour, le syndic pourrait les appeler » pour enquêter, précise Mme Lambert. Dans le doute, elle les invite donc soit à refuser ces cartes, soit à consulter un avocat pour cerner tous les enjeux.

 

Éthique


L’Ordre reste préoccupé par les questions éthiques soulevées par ces nouvelles stratégies de marketing. Pour Mme Lambert, « le médicament n’est pas un bien de consommation comme les autres. Dans un programme de fidélisation, il y a des questions éthiques, mais question éthique ne veut pas dire problème déontologique ».


L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) aurait aimé une réponse plus claire. « Je comprends la difficulté d’arriver à un oui ou à un non, mais ça nous aurait grandement simplifié la vie », dit son président, Jean Thiffault.


Inquiète par exemple du fait que ces cartes entraînent la violation de la confidentialité des dossiers des patients, l’AQPP a demandé un avis à la Commission d’accès à l’information du Québec.


« On demande aux pharmaciens d’être prudents », dit M. Thiffault. « Si en répondant aux sept questions de l’ordre, le pharmacien ne pense pas pouvoir accepter la carte, il peut référer le patient directement aux responsables du programme. »


L’Ordre des pharmaciens tiendra une journée de réflexion sur le sujet à laquelle tous les acteurs du milieu seront conviés.