Nouveaux pouvoirs aux pharmaciens - Québec est allé trop loin, dénoncent les omnipraticiens

Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin

Les médecins de famille jugent que le projet de règlement octroyant de nouveaux pouvoirs aux pharmaciens va beaucoup plus loin que ce qui était prévu dans le projet de loi initial. Trop loin, s’inquiète le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin.


Les médecins s’opposent depuis le début à donner un droit de diagnostic aux pharmaciens, mais sont ouverts à élargir leur champ d’action pour désengorger le système de santé. Quand Québec a présenté le projet de loi 41, adopté à l’unanimité en décembre 2011, ils se sont montrés consensuels et souriants, car à leur satisfaction, le projet de loi donnait la possibilité aux pharmaciens de prescrire des médicaments pour des cas ne nécessitant pas de diagnostic seulement. La prise d’acide folique chez la femme enceinte, par exemple.

 

23 problèmes de santé


Or, une surprise a surgi dans le projet de règlement publié en janvier dernier dans la Gazette officielle du Québec. Si ce règlement est adopté tel quel, les pharmaciens pourront prescrire des médicaments pour 23 problèmes de santé, dont 12 nécessitent, selon la FMOQ, un diagnostic, justement.


Rhinite allergique, herpès labial, acné mineure, vaginite, érythème fessier ou infections urinaires chez la femme sont quelques-unes des affections en litige. Le projet de règlement publié par l’Ordre des professions, et entériné par les deux ordres professionnels concernés, permet aux pharmaciens de prescrire un médicament si le patient a été traité par le passé. La prescription doit avoir moins de 4 ans pour la plupart des diagnostics, moins de 2 ans pour les menstruations douloureuses et les hémorroïdes, et moins d’un an pour les infections urinaires. En clair, si un médecin a prescrit à une patiente un antibiotique pour une infection urinaire il y a six mois et des anti-inflammatoires pour ses règles il y a un an et demi, si les symptômes réapparaissent, cette dernière peut consulter son pharmacien plutôt que son médecin.


« On a l’impression qu’ils ont donné aux pharmaciens par règlement ce qu’ils ne voulaient pas donner dans le projet de loi », explique le Dr Louis Godin. « Le Collège des médecins nous assure qu’il y aura des lignes directrices et que ce sera encadré, mais ça nous inquiète. Notre position, c’est que ça prend toujours un diagnostic, même si c’est votre 10e infection urinaire. Il y a de bonnes chances que ce soit encore une infection, mais ça pourrait aussi être autre chose. Le Collège nous a avertis de ne pas poser de diagnostic par téléphone ou par le Web, et là, sur simple parole du patient, le pharmacien va pouvoir prescrire ! »


La FMOQ a jusqu’en mars pour faire savoir à l’Ordre des professions ses réserves sur le projet de règlement.


Le Collège des médecins se veut rassurant et soutient que les lignes directrices émises aux médecins et aux pharmaciens seront très claires. De plus, un comité de vigie sera appelé à surveiller la mise en application des nouveaux pouvoirs des pharmaciens dès leur entrée en vigueur. Si le règlement ne subit pas de modification, cela pourrait survenir dès mai ou juin.

19 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 8 février 2013 01 h 26

    Quand ils voient partir le coffre fort

    les ordres, quelqu'ils soient se sacrent bien du patient et veillent plutôt au bine-être de ses clients médecins. la même chose s'applique à la plupart des professions. Un exemple: les avocats. Il y a un article dans le Code de Procédure pénal (art 192) qui dit qu'une compagnie peut être représenter soit par un procureur ou soit par administrateur ou un autre dirigeants. Voilà que les avocts et les juges qui sont toujours des avocats disent que seul les avocats ont le droit de représenter une compagnie. Pourtant l,article est clair. Mais il ne veulent perdre leurs acquis. Comme les médecin

    • Daniel Houx - Inscrit 8 février 2013 06 h 14

      Ce serait tellement gentil de votre part de prendre un tout petit peu de temps et de relire votre témoignage avant de l'envoyer. Cela supprimerait au moins quelques fautes qui sautent aux yeux. Vous prenez le temps d'écrire un commentaire, ce qui est déjà très bien; ce serait parfait si vous preniez un instant de plus pour l'améliorer.

      Je trouve dommage de devoir être négatif mais ça me déconcentre de lire de telles fautes. Je pourrais apprécier beaucoup mieux votre opinion si ce n'était de ce petit irritant.

  • Marino Tremblay - Inscrit 8 février 2013 06 h 43

    Mea culpa

    Comme médecin omnipraticien, je me sens mal à l'aise devant la position de ma fédération. J'aurais apprécié un minimum d'autocritique et d'aveu de responsabilité de notre part devant la décision du Collège.
    À l'approche de la retraite, il nous est impossible depuis plusieurs années de trouver de la relève de jeunes médecins pour nous aider à donner des services de médecine familiale dans notre région de Lanaudière.
    Cette situation laisse la population privée des services médicaux auxquels elle aurait droit, malgré les augmentations d'honoraires consenties par le gouvernement.
    À mon avis, nous n'avons pas assumé nos responsabilités. Il est trop facile de blâmer les autres.

    • Pierre Schneider - Abonné 8 février 2013 10 h 27

      Félicitations pour votre courage Dr Tremblay. Quand on manque de médecins pour les "petites urgences", pourquoi pas permettre au pharmacien qualifié de prescrire ce qui s'impose ?

  • Pierre Germain - Inscrit 8 février 2013 08 h 03

    Alors que dans tous les pays industrialisés le ratio de médecins par 1000 habitants tourne autour de 3 à 4, au Québec il est maintenu indûment bas à 2,2 par les médecins afin d'y maintenir artificiellement une pénurie leur étant avantageuse. Et lorsqu'on demande aux médecins comment régler le problème de l'accessibilité, certains demandent d'être payés encore plus et d'autres veulent pouvoir offrir leurs services en privé. Mais, dans les deux cas, cela ne fera pas apparaître plus de "temps-médecin". Au contraire, dans les deux cas, le fait d'être abusivement trop rémunéré fait qu'il est possible de moins travailler tout en gagnant plus, engorgeant du même fait encore plus le système. La solution est connue: faire comme dans les autres pays industrialisés (à l'exception des USA, le modèle le plus inéquitable et coûteux) où les médecins sont rémunérés plus raisonnablement de sorte qu'il est possible d'en former plus et d’offrir un accès aux soins rapide et de qualité.
    Les Québécois en ont assez de leurs menaces puériles et non fondées ainsi que de leur théâtre de vierges offensées : « on va s’en aller! », « c’est le patient qui va en souffrir! », « on va être moins productifs! », « nous sommes indisposés! », etc.
    Nos médecins, par leur cupidité et leur corporatisme débridé, ont trop étiré l’élastique qui leur pète maintenant en pleine face. Ils se sont tirés eux-mêmes dans le pied en exerçant une rapacité peu commune. Par ailleurs, si on appliquait leur raisonnement à d’autres domaines, ça prendrait un ingénieur avec un doctorat en génie civil pour poser un cabanon dans une cour arrière (acte réservé), ou un comptable avec doctorat pour additionner une colonne de chiffres (autre acte réservé).
    Les Québécois ont tous les droits de mettre fin aux abus des médecins et d’obtenir les soins pour lesquels ils paient déjà trop d’impôt. Si ces soins sont inaccessibles ou trop coûteux via les médecins, ils ont le droit de les obtenir autrement ou même de se traiter eux-même

    • Simon Pelchat - Abonné 8 février 2013 09 h 49

      Je partage votre point de vue M.Germain et je crois que les diverses corporations de médecins sont des institutions qui sont plus souvent qu'autrement les freins à l'amélioration du système de santé pour les raisons notamment que vous avez évoquées. En revanche, j'ai le même medecin depuis 40 ans et il a toujours été un être empathique et soucieux de me donner un bon service. Le seul irritant fut la difficulté ces dernières années, de prendre rendez-vous car je dois passer par l'administration de la clinique où il pratique qui elle, ne fait que complexifier le service qui est devenu inefficace et souvent arrogant pour ne pas dire infantilisant. Selon mon expérience ce n'est pas tant le professionnel qui résiste à un partage du pouvoir et des privilèges mais les administrations qui les chapeautent.

    • Marc-Étienne Beaudet - Inscrit 8 février 2013 23 h 34

      La différence entre les actes réservés du médecin et les «actes réservés» de l'ingénieur ou même du comptable réside dans la gravité des conséquences en cas de fautes, d'erreurs ou d'incompétence. Les cas où une erreur de calcul dans un livre comptable ont porté une atteinte sérieuse à l'intégrité physique d'une personne sont sûrement très rares.

  • Hélène Roy - Inscrite 8 février 2013 09 h 48

    Qui a besoin d'un médecin pour diagnostiquer un feu sauvage?

    J'appuie vos propos à 100 %. Étant sans médecin de famille, je me vois obligée de payer des impôts pour des services auxquels je n'ai pas accès. Les cliniques sans rendez-vous? Du botchage. 5-10 minutes de consultation peu importe le problème. Et les médecins ne veulent pas y faire de suivi malgré qu'ils y soient obligés par leur code de déontologie...
    Les médecins ne suffisent pas à la tâche, mais ils dépensent plus d'énergie à mettre des bâtons dans les roues aux sages-femmes, aux infirmières cliniciennes, aux pharmaciens et autres professionnels de la santé qu'à appliquer les solutions qui existent et qui fonctionnent ailleurs dans le monde. On dirait que pour certains, les malades ne sont que des morceaux de viande et que ça se gère comme dans une boucherie. Peut-être que le Québec devrait se débarrasser de tous ces guignols qui ne voient dans la médecine qu'un moyen de s'enrichir et de se pavaner. Qu'ils aillent sévir aux États-Unis ou au Zimbabwe!
    On devrait peut-être aussi faire venir des médecins cubains. Il y en a des tas au chômage là-bas...
    Un comparaison en passant : en France, un médecin de famille prend en charge environ 400 patients alors que le ratio au Québec est de un médecin pour plus de 1000 patients. Au Québec, les omnipraticiens ont des revenus dans les 250 000 $ alors qu'en France la rémunération va de 60 000 à 100 000 $. Au Québec, on attend; en France les visites à domicile sont la norme...

  • Hélène Roy - Inscrite 8 février 2013 10 h 19

    Non, je n'appuie pas le Dr Louis Godin

    Vous comprendrez que mon intervention de 9 h 48 était en réponse à Pierre Germain de 8 h 03. Mes excuses pour l'imbroglio dû à une erreur technique.