Offensive pour dénoncer des coupes dans la recherche

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	Médecins, dirigeants de centres de recherche, chercheurs, étudiants et patients se sont réunis mercredi à l’Hôpital Notre-Dame pour expliquer comment les ponctions budgétaires mettront en péril l’accès des Québécois à des soins de pointe et des traitements expérimentaux.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Médecins, dirigeants de centres de recherche, chercheurs, étudiants et patients se sont réunis mercredi à l’Hôpital Notre-Dame pour expliquer comment les ponctions budgétaires mettront en péril l’accès des Québécois à des soins de pointe et des traitements expérimentaux.

Signaux contradictoires pour la valorisation de la recherche au Québec : alors que démarre ce jeudi une rencontre orchestrée par le gouvernement Marois pour mousser cet aspect-clé de la valorisation du savoir, les 18 centres de recherche en établissements de santé dénoncent les effets tragiques potentiels des récentes compressions sur le Fonds de recherche Québec - Santé (FRQS), une crainte partagée par le scientifique en chef Rémi Quirion.

Si rien n’est fait pour infirmer cette décision liée à l’atteinte de l’équilibre budgétaire, les dirigeants des trois Fonds de recherche du Québec devront dès février élaborer des scénarios pour boucler les budgets 2013-2014. Des répercussions sont à prévoir. « Il va sans dire que nous travaillons très étroitement avec le cabinet du ministre [de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne] et le ministère afin de trouver des mesures plus acceptables qui ne mettraient pas en péril l’existence même de certains programmes ou de certains centres ou équipes de recherche », écrivait le 21 janvier dernier Rémi Quirion, dans une lettre destinée à la communauté des chercheurs.


Début décembre, le cahier des crédits déposé par le Conseil du trésor dévoilait en effet des compressions au FRQS (79,8 à 69,8 millions, - 13 %), au Fonds Société et culture (49,1 à 42,8 millions, - 13 %), et au Fonds Nature et technologies (50,1 à 35,2 millions, - 30 %).


Ces coupes pourraient avoir des effets dévastateurs qui grèvent « l’espoir » de guérison entretenu par plusieurs malades. Dans une offensive visant à sensibiliser la population et ébranler le gouvernement, médecins, dirigeants de centres de recherche, chercheurs, étudiants et patients se sont réunis mercredi à l’Hôpital Notre-Dame pour expliquer comment les ponctions budgétaires mettront en péril l’accès des Québécois à des soins de pointe et des traitements expérimentaux.


« Les coupes de 10 millions dans le budget du fonds de recherche sont en complète contradiction avec le discours du gouvernement qui dit l’importance d’investir dans la recherche scientifique », a affirmé le Dr Jacques Turgeon, directeur du Centre de recherche du CHUM et porte-parole de l’ensemble des 18 centres de recherche en établissements de santé du Québec. La coalition scientifique, sortant d’une habituelle réserve, s’insurge contre le fait que le gouvernement du Parti québécois ait annoncé, « contre toute attente », qu’il sabrait la recherche alors qu’il avait plutôt promis d’y réinvestir.


Cette coalition demande l’abolition immédiate des compressions de même que le dépôt rapide de la très attendue Politique nationale de recherche et d’innovation. Elle estime que les coupes exigées seraient « impossibles à envisager » et correspondraient à une ponction de 85 % des bourses de formation accordées aux étudiants, une réduction de 50 % des bourses de carrière pour les chercheurs établis, et/ou une diminution de 30 % du budget des 18 centres de recherche.


Le Dr Jacques Turgeon s’indigne en outre de voir que même après des discussions sur le sujet avec le cabinet du ministre Pierre Duchesne, aucun des dirigeants des centres de recherche en établissements de santé n’a été convié à la quatrième rencontre thématique démarrant ce jeudi à Rimouski et portant précisément sur « la contribution des établissements et de la recherche au développement de l’ensemble du Québec ».


Dans sa lettre, le scientifique en chef Rémi Quirion se dit aussi déçu « de la maigre place qu’occupent [dans les rencontres préparatoires au Sommet] la recherche et la formation aux études supérieures ».


Cahier thématique


Quelques heures après cette conférence de presse aux allures de cri du coeur, menée simultanément à Québec, Montréal et Sherbrooke, le ministère de l’Enseignement supérieur dévoilait sur son site Internet, comme il en a coutume la veille d’une rencontre thématique préparatoire au Sommet de l’enseignement supérieur, le cahier thématique lançant la discussion. Dans celui-là, il est question uniquement de recherche.


On y trouve un plaidoyer en faveur de l’importance des Fonds de recherche, « fleurons de la société québécoise » ayant longtemps « suscité l’admiration tant au Canada qu’ailleurs ».


Le FRQS soutient un ensemble de regroupements de recherche formé de 19 centres, de 11 groupes et de 16 réseaux thématiques qui englobe plus de 3000 chercheurs et 6000 étudiants aux cycles supérieurs.

 

Je suis Michèle


La campagne publique dévoilée mercredi s’intitule Je suis Michèle, du nom de Michèle St-Pierre, une femme de 52 ans atteinte du cancer de l’ovaire. Alors qu’elle en est à son troisième essai de chimiothérapie pour contrer ce cancer chronique qu’elle rêve d’éradiquer par un vaccin, elle a confié que la recherche constituait son ultime espoir. «En coupant dans les fonds de recherche, vous tuez mon espoir», a-t-elle indiqué, en relatant que grâce à l’évolution des traitements permis par la recherche, elle peut désormais poursuivre son travail tout en suivant ses traitements, chose qui n’était pas possible lors de la première manifestation de la maladie.


La campagne, que la population peut suivre sur le site jesuismichele.com, présente les situations de patients, de proches de malades décédés avant que la science n’ait trouvé un remède, et de chercheurs préoccupés par les coupes. Une pétition destinée au ministre Pierre Duchesne pour dénoncer les compressions fait partie de l’offensive.


M. Duchesne doit réagir à cette offensive ce jeudi, a-t-on indiqué à son cabinet.

11 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 31 janvier 2013 04 h 53

    Ils n'ont aucune chance

    Les élus ont tendance à faire des choix en fonction des votes que ça peut leur rapporter, ce qui n'est pas différent avec le gouvernement actuel si on considère certaines de ses décisions récentes.

    Combien de vote ça donne les investissement dans la recherche fondamentale comparativement aux investissements dans la procréation assistée, service accessoire mais populaire auprès d'une certaine clientèle? Poser la question, c'est y répondre.

  • André Michaud - Inscrit 31 janvier 2013 08 h 59

    Urgence de richesses

    On est rendu à devoir couper partout pour arriver à boucler les budgets.

    Il est grand temsp de créer plus de richesse avant de couper encore plus et que ça fasse encore plus mal. Et les impôts ne créent aucune nouvelle richesse..

    • Sylvain Auclair - Abonné 31 janvier 2013 11 h 39

      Les impôts créent de la richesse, s'ils sont dépensés pour des postes utiles plutôt qu'être déposés aux Îles Caïmans ou brûlés en pétrole importé dans un VUS roulant en ville.
      De toute manière, même si l'on créait de la nouvelle richesse, dites-vous (ce qui revient le plus souvent à extraire et faire disparaître à jamais de la richesse enfouie dans le sol), si on ne l'impose pas, le gouvernement n'aura quand même pas d'argent pour la recherche.

  • Chris Lavallée - Inscrit 31 janvier 2013 09 h 03

    recherche n'est pas decouverte

    La majorité des travaux dit ''de recherche'' ne sert à rien sauf à faire graduer des étudiants. La grande majorité des thèses de maitrise ou doctorat se retrouve dans les oubliettes aussitot publiés. Plus de 95% des publications sont soit insignifiantes, soit fausses. Pour ce qui est des découvertes, à peine 5% des travaux de recherche en santé trouvent une application, ce qui ne signifie pas nécessairement une amélioration de la santé des malades. Ca fait 50 ans que le monde entier cherche une cure au cancer. Pourtant, le taux de cancer n'as pas diminué d'un iota. Il faut repenser l'attribution des fonds en recherche en profondeur.

    • Yvan Dutil - Inscrit 31 janvier 2013 09 h 27

      Si on obtenait des résultats à tout coup, cela ne s'appelerait pas de la recherche! Ce qui donne des résultats quasi-certains, c'est du développement. Dans le cas de la physique, il n'y a probablement que 1% des articles qui ont des retombées. Cependant, ce 1% paye largement pour tous les travaux «inutiles». En fait, une seule invention, l'internet, rapporte plus que toute la recherche en physique depuis le début de 20ième siècle.

      Le vrai problème est que la recherche est trop dirigée vers le rendement immédiat. Il n'y a quasiment plus de recherche exploratoire qui a le potentiel d'amener de nouveau concepts et de nouvelles idées.

    • Nicole Moreau - Inscrite 31 janvier 2013 11 h 00

      Première réaction épidermique: ça me fait penser à Duplessis qui avait dit au recteur de l'Université Laval qui demandait des fonds pour faire de la recherche, la réponse du premier ministre de l'époque a été, ça ne prend pas des "chercheux", ça prend des "trouveux".

      On n'arrive pas nécessairement à tout coup quand on fait de la recherche, mais parfois, une recherche fondamentale a une portée beaucoup plus grande que ce qu'on aurait pu croire. Il en est ainsi, par exemple, de la recherche qui avait été faite sur les chauve-souris et sur leur mode pour se guider dans l'ombre, beaucoup de technologies en découlent.

  • Claude Verreault - Inscrit 31 janvier 2013 09 h 43

    Perte de repère

    Les chercheurs ont le droit de dénoncer les coupures imposées par Québec et ils ont raison de le faire (il y aurait tant d'autres endroits où il serait possible de faire des économies). Cependant, il est pour le moins indécent et contraire à l'éthique de recourir à une patiente atteinte du cancer pour faire valoir leur point de vue. Autre repère perdu.

  • Sébastien Roy - Abonné 31 janvier 2013 10 h 52

    À quoi servent les fonds de recherche?

    Il serait temps que la populace québécoise cesse de considérer les investissements en recherche comme du gaspillage. Il serait aussi grand temps que les politiciens cessent de compter les votes associés à chacune de leurs décisions et se préoccupent un peu plus de l'avenir du Québec.

    Vous voulez des votes? Éliminez tous les fonds de recherche québécois et utilisez l'argent économisé pour réduire le prix de l'essence. Là vous en aurez des votes...
    Quant à la formation de personnel hautement qualifié ou les découvertes scientifiques, bref, l'avenir du Québec, on laissera ça aux autres.

    La campagne de sensibilisation devrait aussi mentionner que Robert, le fil de Michèle St-Pierre, est un brillant étudiant qui vient de se faire refuser l'accès au doctorat en informatique parce que son professeur s'est fait couper ses fonds de recherches FQRNT. On lui a préféré un étudiant étranger dont les études supérieures sont financées par son pays.

    Croyez-moi, ce scénario n'a rien de fantaisiste.