Offensive pour dénoncer des coupes dans la recherche


	Médecins, dirigeants de centres de recherche, chercheurs, étudiants et patients se sont réunis mercredi à l’Hôpital Notre-Dame pour expliquer comment les ponctions budgétaires mettront en péril l’accès des Québécois à des soins de pointe et des traitements expérimentaux.
Photo: - Le Devoir
Médecins, dirigeants de centres de recherche, chercheurs, étudiants et patients se sont réunis mercredi à l’Hôpital Notre-Dame pour expliquer comment les ponctions budgétaires mettront en péril l’accès des Québécois à des soins de pointe et des traitements expérimentaux.

Si rien n’est fait pour infirmer cette décision liée à l’atteinte de l’équilibre budgétaire, les dirigeants des trois Fonds de recherche du Québec devront dès février élaborer des scénarios pour boucler les budgets 2013-2014. Des répercussions sont à prévoir. « Il va sans dire que nous travaillons très étroitement avec le cabinet du ministre [de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne] et le ministère afin de trouver des mesures plus acceptables qui ne mettraient pas en péril l’existence même de certains programmes ou de certains centres ou équipes de recherche », écrivait le 21 janvier dernier Rémi Quirion, dans une lettre destinée à la communauté des chercheurs.


Début décembre, le cahier des crédits déposé par le Conseil du trésor dévoilait en effet des compressions au FRQS (79,8 à 69,8 millions, - 13 %), au Fonds Société et culture (49,1 à 42,8 millions, - 13 %), et au Fonds Nature et technologies (50,1 à 35,2 millions, - 30 %).


Ces coupes pourraient avoir des effets dévastateurs qui grèvent « l’espoir » de guérison entretenu par plusieurs malades. Dans une offensive visant à sensibiliser la population et ébranler le gouvernement, médecins, dirigeants de centres de recherche, chercheurs, étudiants et patients se sont réunis mercredi à l’Hôpital Notre-Dame pour expliquer comment les ponctions budgétaires mettront en péril l’accès des Québécois à des soins de pointe et des traitements expérimentaux.


« Les coupes de 10 millions dans le budget du fonds de recherche sont en complète contradiction avec le discours du gouvernement qui dit l’importance d’investir dans la recherche scientifique », a affirmé le Dr Jacques Turgeon, directeur du Centre de recherche du CHUM et porte-parole de l’ensemble des 18 centres de recherche en établissements de santé du Québec. La coalition scientifique, sortant d’une habituelle réserve, s’insurge contre le fait que le gouvernement du Parti québécois ait annoncé, « contre toute attente », qu’il sabrait la recherche alors qu’il avait plutôt promis d’y réinvestir.


Cette coalition demande l’abolition immédiate des compressions de même que le dépôt rapide de la très attendue Politique nationale de recherche et d’innovation. Elle estime que les coupes exigées seraient « impossibles à envisager » et correspondraient à une ponction de 85 % des bourses de formation accordées aux étudiants, une réduction de 50 % des bourses de carrière pour les chercheurs établis, et/ou une diminution de 30 % du budget des 18 centres de recherche.


Le Dr Jacques Turgeon s’indigne en outre de voir que même après des discussions sur le sujet avec le cabinet du ministre Pierre Duchesne, aucun des dirigeants des centres de recherche en établissements de santé n’a été convié à la quatrième rencontre thématique démarrant ce jeudi à Rimouski et portant précisément sur « la contribution des établissements et de la recherche au développement de l’ensemble du Québec ».


Dans sa lettre, le scientifique en chef Rémi Quirion se dit aussi déçu « de la maigre place qu’occupent [dans les rencontres préparatoires au Sommet] la recherche et la formation aux études supérieures ».


Cahier thématique


Quelques heures après cette conférence de presse aux allures de cri du coeur, menée simultanément à Québec, Montréal et Sherbrooke, le ministère de l’Enseignement supérieur dévoilait sur son site Internet, comme il en a coutume la veille d’une rencontre thématique préparatoire au Sommet de l’enseignement supérieur, le cahier thématique lançant la discussion. Dans celui-là, il est question uniquement de recherche.


On y trouve un plaidoyer en faveur de l’importance des Fonds de recherche, « fleurons de la société québécoise » ayant longtemps « suscité l’admiration tant au Canada qu’ailleurs ».


Le FRQS soutient un ensemble de regroupements de recherche formé de 19 centres, de 11 groupes et de 16 réseaux thématiques qui englobe plus de 3000 chercheurs et 6000 étudiants aux cycles supérieurs.

 

Je suis Michèle


La campagne publique dévoilée mercredi s’intitule Je suis Michèle, du nom de Michèle St-Pierre, une femme de 52 ans atteinte du cancer de l’ovaire. Alors qu’elle en est à son troisième essai de chimiothérapie pour contrer ce cancer chronique qu’elle rêve d’éradiquer par un vaccin, elle a confié que la recherche constituait son ultime espoir. «En coupant dans les fonds de recherche, vous tuez mon espoir», a-t-elle indiqué, en relatant que grâce à l’évolution des traitements permis par la recherche, elle peut désormais poursuivre son travail tout en suivant ses traitements, chose qui n’était pas possible lors de la première manifestation de la maladie.


La campagne, que la population peut suivre sur le site jesuismichele.com, présente les situations de patients, de proches de malades décédés avant que la science n’ait trouvé un remède, et de chercheurs préoccupés par les coupes. Une pétition destinée au ministre Pierre Duchesne pour dénoncer les compressions fait partie de l’offensive.


M. Duchesne doit réagir à cette offensive ce jeudi, a-t-on indiqué à son cabinet.

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