Rabais sur les médicaments d’origine: le ministre Hébert se dit préoccupé

L’Ordre des pharmaciens doit se prononcer sur une pratique commerciale nouvelle qui vise à inciter les patients à ne pas passer aux versions génériques et moins coûteuses de leurs ordonnances, grâce à un rabais consenti sur les médicaments de marque.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot L’Ordre des pharmaciens doit se prononcer sur une pratique commerciale nouvelle qui vise à inciter les patients à ne pas passer aux versions génériques et moins coûteuses de leurs ordonnances, grâce à un rabais consenti sur les médicaments de marque.

Le ministre de la Santé Réjean Hébert se dit préoccupé par les cartes rabais que les fabricants de médicaments d’origine veulent offrir. Il a demandé à la RAMQ et au ministère de la Santé (MSSS) de se prononcer le plus rapidement possible. Il doute même que la pratique soit légale.

« Je trouve ça préoccupant », a dit au Devoir le Dr Hébert mardi. « Je préférerais que les compagnies baissent leur prix pour tous. J’y vois un problème de transparence et aussi d’équité pour les patients qui ont un régime privé d’assurance. » Il attend donc avec impatience l’avis de l’Ordre des pharmaciens, qui doit se prononcer sur cette pratique commerciale nouvelle qui vise à inciter les patients à ne pas passer aux versions génériques et moins coûteuses de leurs ordonnances, grâce à un rabais consenti sur les médicaments de marque. Cela pourrait être un accroc au code de déontologie des pharmaciens.


Réjean Hébert demande en plus au MSSS et à la RAMQ de réexaminer le dossier. « Je ne suis pas certain que nos règlements permettent ce genre d’astuce pour que les compagnies conservent leurs parts de marché », indique le ministre.


Plus tôt mardi, la RAMQ avait indiqué au Devoir n’y voir aucun problème et ne pas prévoir d’intervention dans le dossier. « Comme la carte n’entraîne pas de coûts supplémentaires pour la RAMQ, elle ne contrevient pas à l’entente [avec les pharmaciens] », selon son porte-parole Marc Lortie. Le Dr Hébert leur demande d’y regarder de plus près.


Pour le Dre François-Pierre Gladu, président de l’Association des jeunes médecins du Québec, il importe que d’autres instances que les associations de pharmaciens et leur ordre se prononcent, car la loi sur l’assurance médicament permet aux pharmaciens de recevoir des ristournes des fabricants de génériques. Elles correspondent à, au plus, 15 % de la valeur totale des ventes aux assurés de la RAMQ, ce qui se veut un incitatif à fournir le médicament le moins dispendieux. Le Dr Gladu estime qu’il y a là un potentiel conflit d’intérêts.

 

Inquiétudes pour la concurrence


L’Association canadienne du médicament générique espère pour sa part que les patients décideront d’eux-mêmes de passer aux génériques. C’est une question de survie de la libre concurrence, fait valoir son porte-parole Daniel Charron. « C’est une stratégie commerciale pour maintenir des parts de marché à tout prix et tenir l’industrie du générique à l’écart », explique-t-il. Stratégie qui, selon lui, pourrait faire mal à la concurrence et, conséquemment, faire monter les prix à moyen terme. « Personne n’a intérêt, ni les patients ni les assureurs privés et publics, à ce qu’on fasse obstacle à la concurrence », juge-t-il.


Le professeur de politiques publiques à l’Université Carleton Marc-André Gagnon partage son analyse. « Pour empêcher les fabricants de génériques d’occuper le marché, on leur lâche une bombe », explique-t-il. « Comme le coût de production du médicament original est de toute façon plus bas que celui du générique, les avantages financiers sont encore là. Mais c’est un peu de la compétition déloyale », juge-t-il. « On doit se demander si on veut maintenir la concurrence ou si on peut se permettre de la détruire, alors que ça peut signifier des hausses de prix. »

4 commentaires
  • Jacques Pruneau - Inscrit 30 janvier 2013 08 h 05

    Souvenons-nous...

    Québec Solidaire avait une solution toute trouvée pour contrer la voracité proverbiale des pharmaceutiques. Regrouper les achats de médicaments du Québec et économiser un paquet de fric.

    Il serait sans doute excellent que QS en fasse de nouveau la preuve, c'est le moment où jamais.

    • Marc Blanchard - Inscrit 30 janvier 2013 20 h 45

      En permettant aux pharmaciens de remplacer les médicaments par leurs équivalents génériques, le ministère de la Santé a rendu peu utile cette idée de Pharma-Québec. Le résultat est le même, ce sans la structure administrative. Et des centaines de millions seront économisés.

    • Gabriel Auclair - Inscrit 1 février 2013 22 h 40

      On peu quand même économiser avec des achats groupés.

  • Marc Desgagné - Abonné 30 janvier 2013 10 h 00

    Mandat Ministre de la Santé et des services sociaux

    Est-il nécessaire de rappeler qu'en vertu de la Loi sur le Régime général d'assurance médicaments du Québec, le Ministre québécois de la santé est responsable non pas seulement de la partie publique du régime (dont la gestion est assumée par la RAMQ), mais du régime AU COMPLET, incluant tous les adhérents qui doivent contribuer à ce régime par l'intermédiaire d'assureurs privés ? La RAMQ ne se prononce que sur le régime public d'assurance médicaments.

    Le Régime général d'assurance médicaments doit être équitable pour TOUS les Québécois. Le Ministre doit s'assurer que les règles qu'il impose à tous les Québécois ne favorisent pas le régime public aux frais des régimes privés comem le démontre si clairement l'indifférence de la RAMQ.

    Les preneurs d'assurance et les assureurs privés ont également leur mot à dire .... consultez-les !