Des résidences pour aînés étoilées?

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) a fait appel à la Corporation de l’industrie touristique du Québec (CITQ) pour élaborer un système de classification étoilé à appliquer aux résidences pour aînés.
Photo: - Le Devoir Le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) a fait appel à la Corporation de l’industrie touristique du Québec (CITQ) pour élaborer un système de classification étoilé à appliquer aux résidences pour aînés.

C’est en tout cas l’ambition du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), qui a fait appel à la Corporation de l’industrie touristique du Québec (CITQ) pour élaborer un système de classification étoilé, à l’instar de celui utilisé par les hôtels et autres gîtes. La CITQ délivre déjà des classifications aux établissements de tourisme, aux marinas et aux golfs.


« On voulait une échelle qui mesure la qualité et qui parle à la population », explique Yves Desjardins. Le président du RQRA dit avoir été « séduit » par le système de classement par étoiles, déjà connu des consommateurs. « Ça parle aux gens. C’est très complexe, choisir une résidence, et nous, on veut améliorer la qualité et l’information pour que les gens fassent un choix éclairé », dit M. Desjardins.


Bien sûr, une résidence n’est pas un hôtel. Les critères d’évaluation doivent entièrement être revus. La CITQ utilise habituellement quelque 200 critères pour décerner ses étoiles.


Un comité formé de propriétaires de résidences, de familles, de professionnels de la santé et d’employés se penchera, dans la prochaine année, sur la grille d’analyse. Les inspections devraient débuter en 2014. Chaque résidence verrait son classement réévalué tous les trois ans.


Ce sera la première incursion de la CITQ, un organisme sans but lucratif, dans le monde de la santé. A-t-il l’expérience nécessaire pour juger de la qualité des résidences ? « Notre force, c’est de réunir des experts et de les faire travailler ensemble pour créer une grille d’évaluation », répond son directeur général Michel Rheault. La CITQ n’évaluera pas la qualité des actes posés par le personnel des résidences. Elle posera plutôt son jugement sur des données objectives, comme le nombre d’employés, les menus, la qualité des salles de bain, par exemple. Les critères restent à définir.


Les établissements d’hébergement touristique doivent obligatoirement obtenir une attestation de classification, une loi les y contraignant. Pour le moment, il n’en est pas question pour les résidences : c’est sur une base volontaire que ces dernières s’y soumettront. La RQRA ne regroupe qu’environ 600 des 2000 résidences du Québec.


En fait, Québec n’est pas du tout impliqué dans cette initiative. Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on indique avoir été mis au parfum. « Mais on ne nous a pas interpellés pour y participer, et la classification n’aura aucun lien avec l’inspection et l’évaluation des résidences », indique la porte-parole du ministère Nathalie Lévesque. « Ce n’est pas un sceau du ministère », ajoute-t-elle.


La CITQ précise que la certification ministérielle servira de base sur laquelle s’appuyer. Y a-t-il un risque de confusion pour le consommateur, puisqu’en aucun cas un « trois étoiles » ne signifierait que la résidence relève haut la main le défi des inspections ministérielles ? « Nous aurons un travail de communication à faire pour montrer que la certification du ministère et notre classification sont deux choses différentes. Mais on va devoir s’harmoniser avec le MSSS, c’est certain », dit M. Rheault.


La certification, véritable enjeu


L’Association québécoise des retraités des secteurs publics et parapublics (AQRP), qui interpelle fréquemment Québec sur les enjeux liés aux résidences pour aînés, reçoit l’initiative avec circonspection. « C’est un autre programme d’évaluation complémentaire. On n’a pas d’objection à ce que les résidences se vantent de la qualité de leurs services », dit son porte-parole Mathieu Santerre. Toutefois, le débat est ailleurs, précise-t-il. En effet, le Conseil des ministres doit donner sous peu son accord final à la nouvelle réglementation sur la certification des résidences privées pour aînés. Cette dernière prévoit, entre autres, établir des critères de base différents pour les résidences pour personnes autonomes et semi-autonomes. Les normes seraient plus sévères pour ces dernières.


Le plus important ne réside pas en un nombre d’étoiles ou de soleils, selon M. Santerre. « L’important, ce sont des critères minimaux de qualité et de sécurité pour toutes les résidences », dit-il, attendant en ce sens beaucoup du nouveau règlement, qui pourrait être adopté début février, selon ce qu’a appris Le Devoir.


Yves Desjardins dit vouloir aller plus loin que la certification du ministère. « La certification dit si tu as la base, mais ça n’évalue pas la qualité. Tu es certifié ou tu ne l’es pas, mais il n’y a pas d’échelle. Par exemple, les menus peuvent être conformes aux normes, mais être très différents d’une résidence à l’autre », explique-t-il.

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