Rapport de l’Institut canadien d’information sur la santé - Les médecins canadiens coûtent 20 milliards par année

Au Québec, la croissance de la rémunération des médecins se remarque surtout au cours des cinq dernières années. Elle a été de 8,1 % en 2010-2011, contre une moyenne de 6 % au Canada. De 2007-2008 à 2010-2011, l’enveloppe salariale des médecins québécois est passée de 3 à 4 milliards de dollars.


Plus de 75 % de cette somme est destinée au paiement à l’acte.


Selon les données colligées par l’ICIS, le salaire annuel moyen des médecins canadiens s’élève à 307 000 $, contre 253 000 $ au Québec. Alors que les médecins québécois gagnaient en moyenne 75 % du salaire moyen des médecins canadiens en 2006-2007, l’écart rapetisse de plus en plus. La rémunération au Québec atteint maintenant 82 % de la moyenne canadienne. Les médecins ontariens sont les mieux payés (340 000 $/an), alors que leurs homologues de l’Île-du-Prince-Édouard se trouvent en queue de peloton (235 000 $/an).


Pour le professeur spécialisé en politiques de santé Damien Contandriopoulos, ces données montrent une fois de plus que la rémunération des médecins est en voie de rejoindre les médicaments en matière de poids pour le système de santé.


Il observe également que, contrairement aux provinces canadiennes, « nous sommes les seuls à investir beaucoup pour augmenter la proportion de paiements à l’acte ». En 2010-2011, l’enveloppe destinée à ce mode de paiement a été bonifiée de 9 % au Québec, contre 2,5 % en Ontario, par exemple, province souvent citée pour sa performance et l’accessibilité des soins.


Il précise qu’il est difficile de tirer une conclusion d’une comparaison interprovinces à partir des données de l’ICIS. « Nous avons les coûts, mais pas le volume de soins que ces investissements produisent », explique-t-il.

 

Le salaire, une motivation efficace ?


Damien Contandriopoulos calcule chaque année le volume de soins consenti par les médecins en fonction de leurs revenus. La tendance qu’il dessine à partir des dernières données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) le préoccupe.


En effet, il observe que les médecins de famille ont vu leurs revenus bonifiés de 35 % en cinq ans. Mais le nombre d’actes facturés à la RAMQ, lui, a diminué de 5 %. Même s’il y a plus de médecins et qu’ils sont mieux payés, les Québécois ne reçoivent pas davantage de services, conclut le chercheur.


Chez les spécialistes, la rémunération a bondi de 45 % en cinq ans, alors que le nombre d’actes médicaux est stable.


Bref, analyse-t-il, les bonifications salariales consenties par Québec ne se traduisent pas par une amélioration de l’accessibilité. « Jusqu’à preuve du contraire, rien ne montre que la rémunération améliore l’accès ou la qualité des soins. Les données de la RAMQ sont très objectives, et c’est sans ambiguïté, dit-il. Le nombre de médecins augmente un peu, le nombre d’actes diminue et l’argent investi, lui, augmente de façon colossale. » Pour la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, l’alourdissement de la clientèle explique en partie ces résultats.

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