Maladie d’Alzheimer - Controverse chez les scientifiques

Les chercheurs espèrent expérimenter d’ici un an la molécule chez l’humain en l’intégrant à un vaccin.
Photo: La Presse canadienne (photo) Charles Dharapak Les chercheurs espèrent expérimenter d’ici un an la molécule chez l’humain en l’intégrant à un vaccin.

En collaboration avec le géant pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK), des chercheurs de Québec viennent d’éprouver avec succès chez la souris l’efficacité d’une substance qui stimule l’élimination de la bêta-amyloïde qui s’accumule dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Ces chercheurs espèrent expérimenter d’ici un an cette molécule chez l’humain en l’intégrant à un vaccin.

Aussi prometteuse que puisse paraître cette approche thérapeutique, elle est de plus en plus contestée par les spécialistes, car aucune des thérapies s’attaquant à la bêta-amyloïde qui ont été expérimentées chez l’humain depuis une dizaine d’années ne s’est avérée efficace. Certaines d’entre elles ont même empiré l’état des patients.


L’équipe de Serge Rivest, du Centre de recherche du CHU de Québec, s’intéressait depuis longtemps aux récepteurs de type Toll 4 (TLR 4 pour Toll-like receptor 4) présents à la surface des cellules microgliales du cerveau, lesquelles ont pour fonction de débarrasser l’encéphale des pathogènes et autres déchets. La compagnie GSK disposait de son côté de molécules capables d’activer spécifiquement ces récepteurs TLR 4.


De là est née une collaboration entre les deux équipes scientifiques qui ont montré que le lipide A monophosphoryle (MPL), servant d’adjuvant dans de nombreux vaccins en se liant aux récepteurs TLR 4, stimule les cellules microgliales à éliminer « la bêta-amyloïde qui est produite de façon constante dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ». «Et comme les patients n’arrivent pas à l’éliminer, celle-ci s’accumule dans le cerveau, et y forme des plaques qui entraînent la dégénérescence des neurones », explique M. Rivest. Une injection hebdomadaire de MPL pendant 12 semaines à des souris a permis d’éliminer 80 % des plaques de bêta-amyloïde que ces rongeurs porteurs d’un gène de prédisposition à l’Alzheimer avaient accumulées. De plus, les souris ainsi traitées ont vu leurs fonctions cognitives s’améliorer significativement.


Les chercheurs envisagent maintenant d’ajouter la molécule MPL à un vaccin qui sera composé de fragments de bêta-amyloïde. Un tel vaccin agira de deux façons, souligne le chercheur, « d’une part en stimulant les cellules microgliales pour qu’elles éliminent la bêta-amyloïde, et d’autre part en induisant la production d’anticorps dirigés contre la protéine, ce qui en fera un traitement extrêmement puissant. Un tel vaccin pourrait servir non seulement de traitement curatif pour les patients, mais aussi de traitement préventif pour les personnes à risque avant que la protéine soit trop abondante au niveau du cerveau et qu’apparaissent des dommages cérébraux », croit Serge Rivest, qui espère tester ce nouveau vaccin chez l’humain d’ici un à deux ans.

 

La mauvaise cible ?


Selon Jude Poirier de l’Institut Douglas, le travail de M. Rivest, qui est publié dans la dernière édition des Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), est « d’une très grande qualité au niveau biologique », mais le chercheur fait fausse route. « Depuis une dizaine d’années, plusieurs chercheurs ont tenté de s’attaquer aux plaques de bêta-amyloïde de diverses façons. Chaque fois, cela fonctionnait très bien chez la souris, mais jamais chez l’humain. On a connu des succès identiques à celui obtenu par l’équipe de Serge Rivest chez l’animal dans lequel on avait réussi à éliminer les plaques de bêta-amyloïde dans le cerveau, mais quand ces approches ont été expérimentées chez l’humain, elles se sont avérées sans effet sur la progression de la maladie. Depuis 2003, plus d’une soixantaine de composés s’attaquant à l’amyloïde ont été testés chez l’humain sans succès, et certains ont même empiré l’état des patients. La communauté scientifique en est arrivée à un consensus selon lequel il est temps de penser à d’autres cibles que la bêta-amyloïde », affirme Jude Poirier, dont l’équipe a découvert le gène de prédisposition à la forme commune de la maladie d’Alzheimer.


Serge Rivest demeure néanmoins confiant, car son approche s’attaquera « à toutes les isoformes de la bêta-amyloïde », autant la forme soluble qui se retrouve dans le sang que les formes solides formant des plaques sur les neurones et de petits agrégats dans les vaisseaux sanguins. « Les vaccins précédents ont échoué parce qu’ils n’étaient pas assez efficaces et ne parvenaient pas à éliminer complètement la bêta-amyloïde. De plus, nous utilisons un adjuvant plus puissant que ceux employés dans les études antérieures. Cet adjuvant, qui stimule l’élimination de la protéine par un mécanisme de phagocytose, n’est pas associé à une inflammation importante contrairement aux autres substances activant les récepteurs TLR 4 qui provoquent une réponse inflammatoire fulgurante », fait-il valoir avec raison, car l’inflammation, notamment celle que le système immunitaire du cerveau génère dans le but d’éliminer les accumulations de bêta-amyloïde, jouerait probablement un rôle important dans la dégénérescence des neurones.

5 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 16 janvier 2013 09 h 08

    En remontant la rivière de la mémoire

    «...le lipide A monophosphoryle stimule les cellules microgliales à éliminer « la bêta-amyloïde qui est produite de façon constante dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ». «Et comme les patients n’arrivent pas à l’éliminer, celle-ci s’accumule dans le cerveau, et y forme des plaques qui entraînent la dégénérescence des neurones », explique M. Rivest.«

    Et pourquoi la bêta-amyloïde s'acculmule-t-elle ainsi dans le cerveau de certaines personnes et pas d'autres?

    Cette passionnante leçon de médecine ne le dit pas.

    Est-ce parce que, en amont de ce problème, on sort du domaine de la médecine ou parce que c'est un problème de médecine dont on traitera une autre fois?

  • Hugo Mailhot - Inscrit 16 janvier 2013 13 h 13

    Excellent article!

    J'adore les articles de vulgaristion scientifique, et je vous remercie d'avoir aussi synthétiquement exposé en quoi cette recherche est contestée et en quoi elle innove.

    L'Alzheimer finit toujours par toucher quelqu'un qu'on connaît, et je suis heureux d'en apprendre ce matin grâce à vous.

    • France Marcotte - Abonnée 16 janvier 2013 15 h 14

      Moi aussi j'aime beaucoup les bijoux mais je m'intéresse de plus en plus à l'écrin dans lequel on nous les présente.

  • Serge Bruneau - Abonné 16 janvier 2013 18 h 49

    publication pseudo-scientifique

    il devient de plus en plus fréquent que des chercheurs avec des résultats plus ou moins valables cliniquement laissent couler leurs résultats dans la presse civile pour obtenir un appui public et politique à leur recherche, pour obtenir du financement. Il faudrait filtrer ces nouvelles, et je tiens en haute estime l'opinion du Dr Poirier. Je traite personnellement depuis longtemps des patients et surtout des familles souffrant des conséquences de cette maladie: il faut investir dans les ressources d'aide, et oublier les pilules chères... Autrement vive GSK!!

  • Leclerc Éric - Inscrit 16 janvier 2013 19 h 24

    Un vaccin? il y a beaucoup plus simple!

    L'exercice physique constitue un excellent moyen de conserver une bonne santé physique et mentale. D'ailleurs, la plupart des médecins recommandent de pratiquer une activité physique régulière pour contrer les sympthomes de la dépression saisonnière ou qui peut survenir après un choc émotionnel.