Dérapage financier au CUSM

Le CUSM devra redresser rapidement sa situation s’il veut éviter la tutelle et assurer son déménagement. Le déficit total du CUSM pourrait en effet atteindre 115 millions pour l’année 2012-2013, dont 60 millions sont récurrents.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le CUSM devra redresser rapidement sa situation s’il veut éviter la tutelle et assurer son déménagement. Le déficit total du CUSM pourrait en effet atteindre 115 millions pour l’année 2012-2013, dont 60 millions sont récurrents.

Plongé au coeur d’un dérapage budgétaire d’une dimension inédite, le CUSM devra redresser rapidement la situation s’il veut éviter la tutelle et assurer son déménagement. C’est en substance le message qu’a livré le ministère de la Santé mardi, dévoilant un rapport accablant sur la mauvaise gestion de l’hôpital.

Le déficit total du Centre universitaire de santé McGill pourrait en effet atteindre 115 millions pour l’année 2012-2013, dont 60 millions sont récurrents. Le scénario le plus optimiste table sur un déficit total de 77 millions. Un « dérapage majeur », survenu sous l’administration du Dr Arthur T. Porter, dont l’ampleur est du « jamais vu », selon le sous-ministre associé au ministère de la Santé (MSSS) Michel Fontaine. Le déficit accumulé pourrait « friser les 300 millions » au moment du déménagement sur le nouveau campus, s’inquiète le Dr Michel Baron, qui a dirigé cette enquête.


« Très inquiet », le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a demandé au Dr Michel Bureau d’agir à titre d’« accompagnateur » du CUSM sur le chemin du retour à l’équilibre budgétaire. Dans le cadre de cette quasi-tutelle, il devra veiller à la mise en oeuvre « immédiate » des 49 recommandations du rapport. « Il n’est pas question de tolérer des déficits », a averti Michel Fontaine en point de presse mardi. Si le CUSM doit atteindre l’équilibre budgétaire pour mars 2015, les résultats devront être au rendez-vous dès juin 2013. Sinon ? La mise en tutelle de l’établissement pourrait être envisagée.


Une gestion laxiste


Les auteurs du rapport blâment une administration pour qui « l’équilibre budgétaire ne faisait pas partie des priorités ». Une nouvelle équipe dirige aujourd’hui le CUSM.


La liste des problèmes est longue.


De 2009 à 2012, le CUSM a, sans justification, payé 888 897 heures travaillées de plus que l’année précédente. Équivalant à 500 postes à temps plein, cela représente une somme de 30 millions. Ces heures « ne sont pas justifiées, ni par une augmentation de productivité ni par un alourdissement de la clientèle : au contraire, [le volume de patients] est le même qu’en 2009 et la lourdeur des cas a même diminué », dit Michel Baron.


L’aventure immobilière du 1750, avenue Cedar pourrait coûter 15 millions, selon le CUSM, et jusqu’à 42 millions, selon le MSSS. En juillet, le CUSM a dû renoncer à son expansion dans cet édifice acheté à prix fort et sans l’autorisation de l’Agence de la santé de Montréal et du MSSS.


Un don de 19 millions demandé à la Fondation de l’Hôpital Royal-Victoria aurait servi à atteindre un équilibre budgétaire factice. Ces sommes plombent maintenant le déficit.


Syscor, l’organisme à but non lucratif créé pour gérer le système informatique de l’hôpital, occasionne quant à lui un déficit de 3,5 millions - et il est anticipé que ce dernier se creusera davantage à l’avenir. Le centre de recherche ne fait pas non plus ses frais.


Les auteurs écorchent au passage l’Agence de la santé de Montréal, qui « n’a pas exercé de leadership en regard du suivi budgétaire du CUSM ».


Pendant le huis clos de presse de mardi, on a souligné à plusieurs reprises aux journalistes qu’autant le CUSM que l’Agence de la santé de Montréal étaient sous la houlette de nouveaux administrateurs.


Des responsables ?


Arthur T. Porter démissionnait il y a un an. À propos du « style de gestion » de M. Porter, qui a quitté le pays, Michel Baron dit être « convaincu » que les membres du CA ont été privés d’informations cruciales : « Pendant ces trois années, tout passait par le directeur général [Arthur T. Porter] et un petit groupe qui l’entourait et ne travaille plus au CUSM. »


Quand un journaliste lui a demandé si Arthur T. Porter était un mauvais gestionnaire, Michel Baron a répondu : « Ce n’était pas, d’après moi, un administrateur de réseau de la santé, je ne peux donc pas le comparer. »


« C’est quand même curieux que la situation budgétaire dérape subitement en 2009 », ajoute-t-il. « Mon explication, c’est que la priorité était à la construction du nouveau CUSM et qu’ils ont oublié l’importance d’une saine santé financière. »


Ce rapport ne s’attarde pas au dossier de construction du nouveau CUSM, lui aussi entaché d’irrégularités. L’équipe ministérielle a tout de même souligné « qu’il va falloir mettre les bouchées doubles ». « On ne peut pas se permettre qu’un grand déménagement devienne un grand dérangement si la situation financière n’est pas rétablie », selon M. Baron.


Le MSSS a demandé à la Société immobilière du Québec, la SIQ, un avis sur les transactions immobilières du CUSM. « On veut savoir si on doit aller plus loin, si la SIQ peut enquêter ou si on doit aller vers une enquête policière », dit Michel Fontaine.


Même si « certains articles de la Loi sur la santé et de la loi anti-déficit n’ont pas été respectés », « nous n’avons noté aucune manoeuvre illégale », affirme Michel Baron. Mais les responsables seront-ils identifiés et sanctionnés ? Québec dit ne pas en avoir le pouvoir : « Le C. A. doit régler ces situations-là », affirme Michel Fontaine.


On refuse également d’identifier des coupables ou de parler de sanctions du côté du CUSM. « On regarde vers le futur. L’objectif est de mettre en place les mesures qui vont juguler le déficit », dit Richard Fahey, directeur des affaires publiques et de la planification stratégique.


« Dans l’ensemble, nous souscrivons aux constats du rapport », a réagi le CUSM par communiqué. Avec des bémols. On indique que le scénario du pire, un déficit de 115 millions pour l’année en cours, ne devrait pas se concrétiser. Le président du conseil d’administration, Claudio Bussandri, et le directeur général et chef de la direction Normand Rinfret déplorent que le rapport ne fasse pas état du sous-financement du CUSM. Ils assurent qu’un plan d’action est déjà enclenché.

29 commentaires
  • Marc Collin - Inscrit 19 décembre 2012 03 h 04

    comment

    comment peut-t'on se tromper autant?

    est-ce qu'il y aura des poursuites ? car bon si on ne responsabilise pas les gens, pourquoi les payer autant... autant mettre n'importe qui au poste...

    • SIMON LEGAULT - Inscrit 19 décembre 2012 09 h 38

      Effectivement, le suivi de l'évaluation d'un projet d'une telle envergure n'a pas été effectué correctement. Le CA en a établi les règles du suivi. Le responsable du suivi est donc le CA. S'il n'est pas bien informé régulièrement c'est qu'alors il y a "anguille sous roche"! L'évaluation budgétaire et les comparaisons des dépenses et des coûts, incluant les ordres de changements, n'a pas eu lieu. Qui mène ce projet, alors, encore du camouflage d'ingénierie et d'architecture, car les pros ce sont eux. Mais où étaient les comptables et les évaluateurs de projets?
      Il devrait y avoir eu une évaluation de projet mensuellement, (Hydro le fait dans le nord), donc c'est certain que l'on devrait mettre tout de suite sous tutelle... mais mettre des médecins sous tutelle ne se fait pas dans notre société et encore ce sont les citoyens qui en font les frais!

  • Manon Lafontaine - Abonné 19 décembre 2012 07 h 10

    Manon

    Et ça continue!!!!!????

  • Robert Sarrasin - Abonné 19 décembre 2012 07 h 18

    La largeur de la langue

    Quand le vol légal commence-t-il à devenir illégal ? 30 millions payés pour rien, un déficit de 115 millions, dont 60 récurrents, et qui pourrait atteindre 300 millions, parce que les administrateurs n'avaient pas la tête à ça, mais rien d'illégal là-dedans. Et l’Agence de la santé de Montréal qui n’avait pas non plus la tête à surveiller les administrateurs qui n’avaient pas la tête.

    Pourtant, le directeur, le Dr Porter, avait la tête, lui, à ses propres intérêts : en octobre dernier, on apprenait qu'il est soupçonné d’avoir trempé dans une affaire de pot-de-vin de 22 millions impliquant SNC-Lavalin, en plus de divers avantages personnels obtenus (légalement, bien sûr) de la part de McGill, par exemple un prêt hypothécaire de 500 000$. Malgré plusieurs allégations, le très bienveillant conseil d’administration du Centre de Santé McGill n’en a pas moins continué à soutenir le Dr Porter jusqu’au 09 novembre dernier. Pourquoi se reconnaître le moindre tort quand on détient la sagesse, n’est-ce pas ? Quelques jours plus tard, on apprennait cependant que McGill avait intenté une poursuite contre Porter pour récupérer son prêt de 500 000$.

    C’est sans doute cette même sagesse qui amène Richard Fahey, directeur des affaires publiques et de la planification stratégique (Wow! La planification stratégique. On ne rit plus, les amis.) à ne pas vouloir chercher de coupable – de toute façon, le petit groupe d’administrateurs n’est plus là, nous dit-on - et à regarder vers le futur. Ah! ce merveilleux futur qui permettra de faire porter les regards ailleurs.

    Au fait, dans le scandale immobilier de 400 millions à l’UQAM, les individus qui remettaient de faux bilans au CA ont-ils été inquiétés ou poursuivis en quelque façon ?

    Il est assez divertissant de comparer ces situations au quasi lynchage qu’a subi récemment l’ex-ministre Daniel Breton. Évidemment, celui-ci est responsable de ses bourdes passées (notamment, des loyers impayés et une fraude de quelque

    • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 19 décembre 2012 07 h 55

      Il n'y aura pas de coupables, en effet. Ce qui se passe chez nous (et ailleurs) est une parfaite illustration des Animaux malades de la peste et de cet autre proverbe: La justice est une toile d'araigné qui attrape les petites mouches et laisse passer les grosses.

      Desrosiers
      Val David

    • Charles Laflamme - Inscrit 19 décembre 2012 08 h 42

      Votre texte Monsieur Sarrasin est le corollaire principal de cet article. J'irais jusqu'à dire que les deux sont inséparables.

  • Jeannot Duchesne - Inscrit 19 décembre 2012 08 h 05

    Pauvres crétins de payeurs de taxs!

    ''On refuse également d’identifier des coupables ou de parler de sanctions du côté du CUSM. « On regarde vers le futur." Du déjà entendu! Encore une fois personne n'est redevable. Monsieur Porter est parti avec combien en primes de départ et surtout, de rendement? Pourquoi n'est-il plus rejoignable? Il est vrai que nous sommes dans le milieu anglophone où il n'y a pas de corruption.

    Non, laissez-nous entre les mains on s'arrange avec ça, on va redressez la situation. N'avons-nous pas déjà entendu cela?

    Il me semble que le gouvernement actuel n'ait plus la même rigueur pour trouver ce qui a dérapé. Au fait, nous n'avions probablement pas besoin de la Commission Charbonneau, la Ville de Montréal aurait pu redresser la situation et regarder aussi vers l'avenir.

    Pauvres crétins de payeurs de taxes!

  • ghislaine fortin - Inscrite 19 décembre 2012 09 h 04

    Regard vers le futur....

    "On regarde vers le futur!!" La rage nous emporte à lire cette ineptie mais on sait que le passé est mort pour les grands vols commis à l'encontre des contribuables. Pourquoi se soucierait-on de cette espèce humaine que l'on peut raser à tour de bras?

    Une autre race que l'on peut poursuivre, étrangler financièrement, condamner à des sommes faramineuses pour de supposés crimes envers leur syndicat: les producteurs acéricoles.

    Les petites mouches du système sont engluées dans un système que l'on nomme justice. Vole un dépanneur, tu te retrouves en cour et en prison; plus le montant du vol est gros, plus tu te retrouves dans la case "regard vers le futur!.