Le sentiment du devoir accompli

Lise Denis se dit impatiente de voir les dossiers qui lui tiennent à cœur aboutir dans un réseau pas toujours rapide à réformer.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Lise Denis se dit impatiente de voir les dossiers qui lui tiennent à cœur aboutir dans un réseau pas toujours rapide à réformer.

Avec son énergie débordante, on imagine que Lise Denis ne sera pas une retraitée comme les autres : l’annonce de son départ a surpris le petit monde de la santé. La directrice générale de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) boucle cette semaine, avec son entrain habituel, sa dernière série d’entrevues médiatiques avant de tirer sa révérence. Avec le sentiment du devoir accompli, certes, mais aussi une certaine impatience de voir les dossiers qui lui tiennent à coeur aboutir dans un réseau pas toujours rapide à réformer.

« C’est une décision de tête, et le coeur après va suivre », avouait-elle lundi matin. À 64 ans, « il était temps de passer à autre chose », estime-t-elle, « mais pas d’aller me bercer non plus… Je vais commencer par prendre un peu de recul ! ».


Mme Denis est fière de ce que cette association fédérant les directions des établissements de santé est devenue.


On n’en a pas fini avec le dossier de la transparence, observe-t-elle. La commission Charbonneau apportant un nouvel éclairage au-delà du monde de la construction qu’elle scrute, le réseau de la santé devra apprendre à ouvrir ses livres, dit celle qui n’a jamais hésité à organiser une tournée médiatique quand un sujet lui apparaissait « mûr ».


« Les gens [dans le réseau] n’ont pas le réflexe de mettre sur la place publique un certain nombre de réalités et de chiffres. L’opacité existe aussi quand il vient le temps de parler de nos bons coups. Il faut aussi accepter de répondre aux questions », croit-elle. Les établissements de santé commencent à prendre conscience de ce besoin d’ouverture, mais elle ajoute que Québec a, lui aussi, son bout de chemin à faire. « Quand c’est le ministère [de la Santé] qui “call les shots” […], les gens n’ont pas l’impression d’avoir la liberté de pouvoir s’exprimer. C’est assez égal à travers les époques et les gouvernements, cette tendance à centraliser. Parfois, il y a un mot d’ordre aux établissements de ne pas parler ! »

 

Frictions inévitables


Celle qui a été protectrice du citoyen croit que la transparence va de pair avec le projet de plus en plus populaire de faire du patient un « partenaire ». Elle se réjouit de certaines initiatives qui vont dans le bon sens à ce sujet, comme les rapports d’incidents et accidents désormais rendus publics deux fois l’an.


Autre dossier chaud à l’AQESSS pour son successeur, qui devrait être désigné en janvier : le financement du réseau de la santé. Les finances publiques étant ce qu’elles sont, qui dit optimisation dit frictions inévitables, on l’a vu avec la controverse entourant le recours à la firme privée Proaction pour augmenter la productivité des soins à domicile. À ce chapitre, Mme Denis croit qu’il sera bientôt possible de crier « mission accomplie », car dans la plupart des régions, les projets d’optimisation des soins à domiciles vont bon train, selon elle, et les économies de 50 millions demandées devraient être au rendez-vous. Proaction n’est pas la seule firme impliquée, rappelle Mme Denis, et l’expérience est plus positive dans certaines régions que d’autres.


Même en « optimisant » çà et là, la rémunération des médecins complexifie le casse-tête comptable. « Les médecins ont obtenu [une hausse de salaire moyenne de 9 % par an], mais nous, on a eu moins que les 4,8 % prévus. Alors ça nous pénalise », dit Mme Denis. Il faut donc trouver ailleurs les sommes pour respecter les ententes signées par les fédérations médicales. « En plus, on a de nouveaux médecins spécialistes qui arrivent, surtout dans le 450, il faut les équiper, et engager des infirmières… Le médecin, il est prêt à opérer, et l’espace opératoire, il ne l’a pas ! »

 

Espace de discussion


Elle croit qu’il faut développer une nouvelle relation entre les médecins et les établissements. Dans une des dernières lettres qu’elle signera, elle propose aux médecins, aux agences de la santé, aux établissements et au ministère de la Santé de créer un espace de discussion pour parler de l’application concrète des ententes que les fédérations médicales signent. « C’est presque mon testament ! » lance-t-elle.


Après sept ans et demi à l’AQESSS, Lise Denis est particulièrement fière « de ne pas avoir été toujours été en réaction, mais plutôt en mode propositions. Et d’avoir donné une voix aux établissements », explique-t-elle. Cette maniaque de la décentralisation aurait aimé que ce dossier avance plus rapidement. « Les gens qui travaillent à faire changer les choses dans le réseau vont me manquer. La santé, c’est un système vivant ! »

2 commentaires
  • Julie Blaquière - Inscrite 18 décembre 2012 10 h 27

    Le mot magique.

    Transparence. Pour le bien-être et la sécurité de tous les citoyens, surtout en matière de compétences. On devrait exiger également plus de la part de nos ministres.

  • Yvon Bureau - Abonné 18 décembre 2012 14 h 51

    Gratitude et admiration

    En mon nom et en celui du coprésident du Collectif Mourir digne et libre (CMDL), Ghislain Leblond, je tiens à remercier chaleureusement Madame Denis pour l'ensemble de son travail à l'AQESSS. Vous avez fait honneur à la Gestion en établissements de SSS.

    Vous avez été remarquée et remarquable lors votre parution à la Commission sur la question de mourir dans la dignité, le 2-11-2010. Je vous y ai vue et entendue. http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/AudioVideo- Vous avez souligné que près de 85 % de la population décèdent en établissements de SSS. À raison vous avez souligné votre expérience et votre expertise.

    Une anecdote. Un commissaire vous a demandé si, jusqu'ici la Commission était à la hauteur. Votre réponse fut rapide et à propos : «Oui, à la hauteur. Mais ce qui devra être à la hauteur, c'est votre rapport et vos recommandations. Prenez vos responsabilités, faites vos choix, et nos adapterons nos pratiques ». (Paroles approximatives, mais sûres sur le fond)

    Selon moi, le Rapport de la CSSS/QMDignité fut à la hauteur espérée, et même plus. Les 24 recommandations furent votées à l'unanimité. Viendront le projet de loi, la discussion et le vote à l'ANQ. J'espère que vous commenterez le projet de loi. Sur les personnes en fin de vie, votre expertise est fortement reconnue.

    Gratitude. Et heureuses et fructueuses années 2013 et autres.

    Quant à «La santé, c’est un système vivant ! », votre vitalité et votre compétence ont bien fait honneur au vivant !