Soins de santé - Vers un pouvoir accru des pharmaciens

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Réjean Hébert, souhaite favoriser un meilleur accès aux soins de santé de première ligne.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Réjean Hébert, souhaite favoriser un meilleur accès aux soins de santé de première ligne.

Signe indéniable du caractère ardu de leurs négociations, les pharmaciens et médecins du Québec ont mis une année entière pour s’entendre sur les modalités de leur nouvelle collaboration, entérinée par une loi votée à l’unanimité en décembre 2011. Le temps d’attacher encore quelques ficelles, dont l’épineuse question de la rémunération des pharmaciens, les patients verront les bénéfices réels de ce travail d’équipe d’ici à l’été 2013.

Pour le bonheur des citoyens mal en point, les pharmaciens se verront octroyer de nouvelles responsabilités jadis réservées aux médecins. La nouvelle Loi sur la pharmacie, que l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) et le Collège des médecins du Québec (CMQ) ont peaufinée en définissant les nouvelles activités professionnelles des pharmaciens, prévoit que ces derniers pourront prolonger une ordonnance pour éviter que le traitement soit interrompu ou adapter une posologie en fonction par exemple du poids du patient. Ils pourront en outre substituer un médicament à un autre en cas de rupture de stock, prescrire et interpréter des analyses de laboratoire et aussi prescrire un médicament lorsqu’aucun diagnostic n’est nécessaire.

 

Première ligne


Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Réjean Hébert a donné lundi des exemples de ces nouvelles activités destinées à « favoriser un meilleur accès aux soins de santé de première ligne ». La prescription d’une contraception orale d’urgence, et d’une contraception hormonale par la suite, le temps de voir un médecin, sera possible.


En prévision d’un périple, et pour éviter la diarrhée du voyageur ou la malaria, les patients pourront passer directement au comptoir du pharmacien. Idem pour une prescription destinée à stopper l’usage du tabac, ou cesser les nausées de grossesse. La récidive d’une forme d’herpès chez un malade au diagnostic connu pourra être traitée par un médicament offert par le pharmacien. Même chose pour la vaginite ou l’acné mineure.


Impossible de quantifier pour l’instant l’économie de temps du côté des cabinets de médecins, ni non plus le surcroît de travail chez leurs collègues pharmaciens, a expliqué hier Diane Lamarre, présidente de l’OPQ.


Le ministre Hébert a d’ailleurs précisé que des négociations étaient toujours en cours avec les associations professionnelles représentant les pharmaciens pour établir la hauteur de la rémunération qu’ils toucheront en reconnaissance de ce rôle accru, un aspect qui préoccupe les professionnels. « Nous sommes en discussion, a dit le Dr Hébert. C’est important qu’ils soient bien rémunérés en reconnaissance de cet ajout. »


Avec cette étape supplémentaire, le Québec deviendra la province où la participation des pharmaciens sera la plus importante, alors qu’avant le début des échanges, elle se retrouvait plutôt à fermer la marche des provinces canadiennes.


Reste aussi à régler la question des conflits d’intérêts potentiels, tout droit liés au fait que les pharmaciens pourraient tirer des bénéfices de médicaments qu’ils prescrivent et vendent à la fois, une réalité interdite aux médecins en vertu de leur Code de déontologie.

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