CHSLD : Québec fait fausse route, dit un rapport des usagers

Le Regroupement provincial des comités des usagers estime qu'il vaudrait mieux implanter une « approche milieu de vie » dans les centres d’hébergement.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le Regroupement provincial des comités des usagers estime qu'il vaudrait mieux implanter une « approche milieu de vie » dans les centres d’hébergement.

Plutôt que de miser sur les inspections et les contrôles dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), Québec devrait favoriser une approche axée sur la qualité de vie des résidents et la valorisation des employés, estime le Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU). Dans un rapport qui sera rendu public ce mardi et que Le Devoir a pu consulter, le Regroupement suggère notamment d’augmenter le nombre d’employés et d’offrir une meilleure formation aux préposés aux bénéficiaires.

Dans le contexte du vieillissement de la population québécoise, le RPCU a voulu jeter un regard critique sur les services offerts aux personnes en perte d’autonomie. Le comité qu’il a mis sur pied regroupe notamment des usagers, des préposés aux bénéficiaires et des chercheurs, parmi lesquels Michèle Charpentier, professeure à l’École de travail social de l’UQAM.


Le comité a ainsi noté que la multiplication des mesures de contrôle dans les CHSLD - qu’il s’agisse de visites ministérielles, d’audits ou d’inspections - ne garantissait pas la qualité des soins et des services. « Il est facile de vérifier l’existence ou non de protocoles, de plans d’intervention et de codes d’éthique. Mais ce qui rend le quotidien satisfaisant ne se retrouve pas dans un cartable ou un document encadré et placé en évidence à l’entrée de l’établissement. Cela se trouve dans les actions, dans les relations respectueuses et sincères », soulignent les auteurs du rapport.


Selon eux, il vaudrait mieux implanter une « approche milieu de vie » dans les centres d’hébergement. Lors des visites d’agrément, les inspecteurs omettent trop souvent de sonder les usagers eux-mêmes, estime Pierre Blain, directeur général du RPCU : « On fait davantage une inspection des murs. On coche des éléments sur un formulaire plutôt que de parler à du monde, dit-il. On pense donc que les visites d’appréciation devraient être l’occasion pour donner la parole aux gens. »


Humaniser le système


L’accent devrait être également mis sur les employés. « Le bien-être et la qualité de vie des résidents passent nécessairement par la compétence, le professionnalisme, le respect et l’empathie des employés, souligne le comité. Pourtant, les conditions de travail ne reflètent pas cette reconnaissance. »


En raison du resserrement des critères d’admission en soins de longue durée, la clientèle s’alourdit, ce qui entraîne une complexification des tâches des employés. Dans ce contexte, une structure favorisant une formation continue des employés, notamment les préposés aux bénéficiaires, est indispensable, croit-on.


Un nombre plus élevé d’employés est aussi nécessaire de manière à ce que les contraintes d’horaires ne prennent pas le pas sur le contact humain, ajoute-t-on. À cet égard, Pierre Blain reconnaît que les compressions budgétaires anticipées risquent de rendre difficile l’application de cette recommandation.


Les histoires d’horreur rapportées dans les médias concernant certaines résidences n’aident pas à contrer la méfiance à l’égard des CHSLD, même si, insiste Pierre Blain, des établissements réussissent aussi de « bons coups ». De là l’importance de promouvoir une approche « milieu de vie » qui permet de créer un chez-soi pour les bénéficiaires. « Les gens sont méfiants parce qu’ils ont l’impression d’aller dans un mouroir. Ça ne devrait pas être ça, mais c’est parce qu’on s’est éloigné de cette notion de milieu de vie. C’est peut-être à cause de la déshumanisation du système », avance M. Blain.


Il relate la rigidité de certaines règles qui prévalent dans les CHSLD. « Lorsqu’une personne meurt, [sa famille] a 24 heures pour vider sa chambre. Et lorsqu’une chambre se libère, une personne a 24 heures pour dire si elle prend cette chambre ou non. Pour une personne qui vit chez elle, imaginez le bouleversement », explique-t-il.


La place du privé


Dans son document de réflexion, le comité de réflexion souligne aussi la présence accrue du secteur privé dans l’offre d’hébergement pour personnes âgées.


D’une part, le nombre de places en CHSLD a diminué de 4 % entre 2006 et 2010. Mais en tenant compte de l’accroissement de la population âgée québécoise, la diminution avoisine plutôt les 15 %. Et c’est sans compter les 6000 personnes en attente d’une place,


Les statistiques sur l’hébergement dans le réseau privé sont aussi éloquentes. En 2010, on comptait 45 049 places d’hébergement dans le réseau public, soit les CHSLD, les ressources de type familial ou les ressources intermédiaires, alors que le réseau privé accueillait 112 000 personnes, une hausse de 130 % par rapport à 2006, rappelle le rapport.


« L’analyse de la situation actuelle du réseau d’hébergement public nous porte à conclure au désengagement de l’État. Non seulement l’offre et le développement du réseau d’hébergement ne correspondent pas au vieillissement de la population et à la demande, mais les investissements qui apparaissent nécessaires pour entretenir et rénover les établissements actuels ne sont pas accordés », souligne-t-on.


Pierre Blain croit que les gouvernements doivent cesser de tergiverser au sujet des soins à domicile même si le spectre de nouvelles compressions budgétaires dans le réseau de la santé n’a rien de rassurant : « Je pense que le ministre de la Santé [Réjean Hébert] a de bonnes intentions et qu’il veut vraiment mettre en place des soins à domicile. Le problème, c’est que, dans les années antérieures, dans l’ancien gouvernement, les sommes allouées pour mettre ces services en place n’ont jamais été dépensées. On n’était jamais prêts. »

4 commentaires
  • Michel Boisvert - Inscrit 4 décembre 2012 09 h 55

    C'est révoltant

    Ma mère est dans un CHSLD Jacques Lizotte et ça fait trois semaines qu'elle et les patients de ce centre sont cantonné dans leur chambre toute la journée. Une épidémie de grippe fait en sorte qu'ils ne peuvent pas sortir de leur chambre et qu'ils ne peuvent pas recevoir de visiteurs. C'est comme ça chaque année. Lorsqu'il y a épidémie de grippe ailleur dans la société, est-ce qu'on oblige les citoyens à rester dans leurs logis?

  • Daniel Poirier - Abonné 4 décembre 2012 15 h 17

    Un 911 hébergement, ça presse

    On peut difficilement être contre la vertu,mais concrètement dans la vie de tous les jours, peu importe les raisons qu'il importe par ailleurs de connaître quant aux lacunes d'un système en faillite, il faut rendre accessible un outil d'appel à l'aide plus efficace que la clochette qui pendouille à la tête du lit de nos parents.

    On dénonce bien les fraudeurs,pourquoi pas les abuseurs de personnes vulnérables.

    La peur est le début de la sagesse, dit-on.

  • Leclerc Éric - Inscrit 4 décembre 2012 19 h 06

    Du respect s.v.p. pour nos aînés!

    J'imagine qu'il faudra un rapport <accablant> de la protectrice du citoyen pour agir? Les gens âgés qui ont travaillé très dur toute leur vie, avec des conditions que personne ne voudrait aujourd'hui méritent MIEUX que de se laisser <aller> dans leur couche SANS être changées pendant des heures. Ces personnes ont bâti la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui et si plusieurs d'entre-elles étaient parfaitement lucides, elles agiraient sûrement pour changer les choses. Aucune directive ne doit être donnée aux préposés aux bénéficiaires qui empêcheraient nos aînés de vivre dignement et avec respect dans les CHSLD et/ou résidences pour gens retraités autonomes ou semi-autonomes. Avec un budget de plus de 70 G$ le nouveau gouvernement québécois doit être en mesure d'offrir des services de santé et sociaux de QUALITÉ à tous, sans exceptions.

  • France Marcotte - Inscrite 4 décembre 2012 19 h 49

    Mort commune

    Les contours des individus se dissipent dans cette atmosphère concentrationnaire.

    Mon père a vécu en homme libre jusqu'à passer la porte d'un de ces mouroirs.

    Là il est devenu un grabataire sans personnalité pour les difficultés institutionnelles.

    Je ne pardonne pas cette ultime humiliation.