Rapport sur les homicides intrafamiliaux - Des drames trop médiatisés?

Sous les yeux du ministre de la Santé, Réjean Hébert, le professeur Gilles Tremblay répond aux questions au sujet de son rapport sur les homicides intrafamiliaux. On y apprend notamment qu’au cours des 30 dernières années, le nombre d’homicides intrafamiliaux a diminué du tiers au Québec.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Sous les yeux du ministre de la Santé, Réjean Hébert, le professeur Gilles Tremblay répond aux questions au sujet de son rapport sur les homicides intrafamiliaux. On y apprend notamment qu’au cours des 30 dernières années, le nombre d’homicides intrafamiliaux a diminué du tiers au Québec.

Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, s’inquiète des effets potentiellement néfastes que peut avoir la médiatisation des drames familiaux sur les personnes à risque. À l’occasion du dévoilement d’un rapport sur les homicides intrafamiliaux, jeudi, le ministre a demandé au Conseil de presse de se pencher sur la question et d’envisager de modifier le code de déontologie des journalistes s’il le juge approprié.


Dans la foulée du procès de Guy Turcotte, reconnu coupable du meurtre de ses deux enfants, Québec avait mandaté un comité d’experts dirigé par le professeur Gilles Tremblay, de l’Université Laval, pour dresser le portrait des homicides intrafamiliaux au Québec et formuler des recommandations afin de mieux prévenir ce type de drame. Fort attendu, ce rapport a été rendu public à Québec jeudi.


On y apprend qu’au cours des 30 dernières années, le nombre d’homicides intrafamiliaux a diminué du tiers au Québec. On en dénombre une trentaine par année, et en 2011, ils ont représenté 35 % des homicides commis. « C’est comparable au reste du Canada, au Royaume-Uni et à l’Australie », a commenté le ministre Hébert.


Dans plus de 80 % des cas, le responsable du délit est un homme et plus de la moitié des homicides intrafamiliaux se produisent dans un contexte de séparation conjugale. Le rapport note aussi que dans bien des cas, les auteurs d’homicides intrafamiliaux sont plongés dans une situation de grande détresse. « Chez les femmes, plusieurs filicides ont lieu dans un contexte de dépression postnatale », souligne-t-on.

 

Les recommandations


Le comité d’experts recommande notamment d’améliorer l’accès aux services offerts aux hommes en difficulté, et ce, dans toutes les régions du Québec. Il suggère aussi que des mesures soient mises en place pour mieux repérer les situations à risques. À cet effet, Gilles Tremblay a insisté sur la vigilance dont doivent faire preuve les proches et collègues de travail des personnes en difficulté.


Au passage, le rapport évoque les effets d’entraînement que peut causer le battage médiatique entourant les drames familiaux. En plus de ces risques, Gilles Tremblay a souligné que la famille qui survit au drame doit revivre son traumatisme constamment dans les médias : « Je pense à une émission où j’entendais le nombre de coups de couteau. Est-ce qu’on a besoin de donner autant de détails ? »


Préoccupé par l’impact de la couverture médiatique des drames familiaux, le ministre Hébert a demandé au Conseil de presse d’analyser la situation pour, « au besoin, pouvoir modifier le code de déontologie journalistique pour être capable de s’ajuster à ce phénomène ».


Le Conseil de presse évaluera la pertinence de formuler des lignes directrices, a indiqué le secrétaire général, Guy Amyot. Mais ce sera au milieu journalistique de définir ses propres règles, a-t-il pris soin de préciser.


Le ministre Hébert compte donner suite au rapport, mais pour l’instant, les mesures annoncées demeurent modestes. Québec versera 1,16 million de plus aux organismes oeuvrant auprès des hommes en difficulté. « C’est sûr que ce qu’on annonce aujourd’hui n’est pas suffisant, a reconnu le ministre. Mais c’est ce que nous pouvons faire dans le contexte de nos finances publiques. » Un nouveau plan d’action pour contrer la violence conjugale doit par ailleurs être déposé sous peu, a-t-il indiqué.


Le président d’AutonHommie, qui vient en aide aux hommes en difficulté, s’est réjoui de l’attention accordée à la détresse masculine dans le rapport. Les services pour les hommes existent, mais ils ne sont pas toujours adaptés aux besoins de cette clientèle, a indiqué Richard Cloutier.


De son côté, Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale a déploré l’absence de recommandations au sujet du rôle des policiers et des tribunaux.

1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 23 novembre 2012 16 h 19

    Honte aux médias

    Il font ad nauseam de ces victimes de ces drames de la chaire 'a profits médiatiques. 'A répétition infinie...

    Une honte ! Une irresponsabilité !Une si grande petitesse ! Une énorme coche au-dessous de la dignité !