La cigarette s'impose rapidement aux ados

Les chercheurs ont découvert que les adolescents développent une dépendance à la nicotine beaucoup plus rapidement que ne le croyait la communauté scientifique.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les chercheurs ont découvert que les adolescents développent une dépendance à la nicotine beaucoup plus rapidement que ne le croyait la communauté scientifique.

Les adolescents goûtent à la cigarette très tôt, et surtout, ils en deviennent dépendants à leur insu beaucoup plus rapidement qu’on ne l’imaginait. De plus, les programmes destinés à aider les adultes à cesser de fumer obtiennent très peu de succès auprès des 45 000 adolescents québécois qui sont accros au tabac. Grâce à une meilleure connaissance des facteurs particuliers qui prédisposent les adolescents à fumer, une chercheuse de l’Université de Montréal a conçu un programme spécialement destiné aux adolescents de 12 à 17 ans.


En 1999, Jennifer O’Loughlin, professeure au département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal, lançait une vaste étude visant à identifier les facteurs qui incitent les jeunes adolescents à fumer. Cette étude dénommée NICO, qui était financée par la Société canadienne du cancer, a consisté à suivre 1300adolescents de première secondaire jusqu’à leurs 26 ans. Au début de l’étude, environ 20 % des participants fumaient déjà.


Les chercheurs de NICO ont ainsi découvert que les adolescents développent une dépendance à la nicotine beaucoup plus rapidement que ne le croyait la communauté scientifique. « Plusieurs études suggéraient que les adolescents devaient fumer pendant deux ans avant de manifester une dépendance à la nicotine. Or, nous avons observé que la dépendance pouvait apparaître dans les quelques mois qui suivaient leur découverte de la cigarette », souligne Jennifer O’Loughlin, avant de préciser qu’environ 6 % des jeunes avaient le coup de foudre pour la cigarette dès leur première bouffée. Ces adolescents augmentaient leur consommation rapidement et devenaient dépendants tout aussi promptement. Environ 12 % s’accoutumaient à la cigarette à plus petites doses, mais développaient néanmoins une dépendance assez vite.


Les chercheurs ont également observé que les jeunes qui succombaient au tabagisme avaient souvent des parents ou des amis fumeurs. Certains des professeurs et autres employés de leur école fumaient aussi. Les adolescents les plus à risque consommaient déjà de l’alcool, et ils étaient très sensibles à la publicité en général. Certains étaient dépressifs et avaient l’impression que la nicotine atténuait leurs symptômes.


Un sevrage difficile


Les jeunes fumeurs de l’étude étaient nombreux à vouloir cesser de fumer, mais très peu y étaient arrivés. « Après avoir essayé pendant un an, 95 % des jeunes baissent les bras et continuent de fumer », précise la scientifique.


L’étude NICO a aussi révélé que les programmes pour cesser de fumer qui s’adressent aux adultes, tels que les timbres nicotiniques et les sessions de groupe, ne sont pas très efficaces chez les jeunes. « Aucun programme visant les jeunes n’existe, car on croyait que ceux-ci ne développaient pas de dépendance à la nicotine. Or, il est maintenant reconnu que les enfants présentent eux aussi des symptômes de sevrage et qu’il nous faut créer des programmes à leur intention », indique l’épidémiologiste tout en soulignant que « les sessions de groupe à l’école ne fonctionnent pas, car les jeunes fumeurs ne veulent pas faire partie d’un groupe. Ils veulent cesser de fumer par eux-mêmes, sans aide, mais ils ne savent pas combien les symptômes de sevrage sont puissants. Ils ne reconnaissent même pas ces symptômes. » Pourtant, ils en sont clairement atteints, comme l’ont démontré les réponses qu’ils ont formulées à un questionnaire.


Jennifer O’Loughlin a donc conçu un programme destiné aux adolescents qui s’insérera dans notre système de santé provincial. Ce programme inclura la participation des médecins de famille, qui seront entraînés à s’adresser adéquatement aux jeunes. Une infirmière prendra le relais pour expliquer plus en détail la démarche à suivre pour cesser de fumer. Chaque adolescent sera ensuite parrainé pendant 12 mois par un ex-fumeur un peu plus âgé que lui avec lequel il pourra communiquer en tout temps sur Facebook, Twitter ou par messages textes.


Cette approche bien de son temps sera expérimentée en Montérégie, dans les Laurentides et à Montréal.