Généreuse McGill?

À son départ, l’ex-patron du Centre universitaire de santé de McGill (CUSM), le Dr Arthur Porter, a laissé une dette impayée et des souvenirs encombrants qui embêtent l’Université McGill. Cette dernière vient de déposer une poursuite en Cour supérieure contre Porter dans l’espoir de récupérer 317 000 $. La situation doit-elle nous surprendre ?

En mars 2004, le Dr Arthur Porter a été nommé p.-d.g. du CUSM. Les médailles qui brillaient à sa boutonnière avaient de quoi aveugler les quidams de n’importe quel conseil d’administration : aujourd’hui membre à vie du Conseil privé de la reine pour le Canada, il était alors expert auprès de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale pour la santé, en plus d’être gestionnaire spécialiste pour divers hôpitaux à travers le monde. Tel le messie tant attendu, il semblait apparemment capable de faire marcher les culs-de-jatte et de ressusciter les morts.


Pourtant, en grattant un peu, on se serait vite aperçu que cet apparat n’était que fausse dorure. En effet, le Dr Porter cumulait à son dossier des faits d’arme pour le moins discutables. Lors de son embauche, il venait de quitter, la queue entre les jambes, le poste de p.-d.g. au Detroit Medical Center du Michigan qu’il abandonnait en pleine crise financière, après avoir cumulé « conflit d’intérêts, mauvaise gestion, menace de tutelle » (Le Devoir, 24 novembre 2004). Ce curriculum n’a pourtant pas eu l’heur d’inquiéter David Culver, ex-président du conseil du CUSM, qui, dès l’embauche, a soutenu le choix de son administration : « Nous avons décidé qu’il n’y avait aucune raison d’empêcher l’embauche d’un homme qui a fait ses preuves » (The Gazette, 25 novembre 2004).


Très bien. Embauchons. Et observons.


Alors que les directeurs généraux des centres hospitaliers doivent normalement, selon Lise Denis, directrice générale de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), « se consacrer exclusivement à la gestion de leur établissement », le Dr Porter, lui, a profité de ses huit belles années au CUSM pour multiplier ses activités.


En 2004, Arthur Porter a ouvert une clinique privée aux Bahamas (où vous pourriez aujourd’hui vous divertir dans sa chic et sexy boîte de nuit). En 2009, il est devenu conseiller du président de la Sierra Leone où il est nommé au conseil d’administration de la Golden Valley Mines, qui travaille à découvrir des diamants et de l’or dans ce pays où le commerce illicite de diamants a semé la guerre au cours de la dernière décennie. En 2010, il a avoué avoir remis 200 000 $ au lobbyiste montréalais et ex-marchand d’armes Ari Ben Menashe afin que celui-ci lui trouve 120 millions d’investissements russes pour son entreprise en Sierra Leone.


Au service du CUSM, Porter a demandé à son adjointe du CUSM, Lynne Panneton, de lui servir, notamment, d’agente immobilière (service privé gracieusement offert par la fonction publique), avant que son bureau ne soit perquisitionné par l’escouade Marteau, en septembre dernier - l’Unité permanente anticorruption soupçonnant Porter d’avoir généreusement ouvert la porte à SNC-Lavalin pour l’obtention du chantier hospitalier. Mais ne vous inquiétez pas : notre héros n’y était plus. Il avait démissionné en décembre 2011 pour aller couler des jours paisibles dans son domaine ultrasécurisé des Bahamas.


Quelques payes de trop


Aujourd’hui, l’Université McGill dépose une poursuite à l’endroit du Dr Arthur Porter. C’est que, voyez-vous, en 2008, elle lui a consenti un prêt d’un demi-million de dollars à 1 % d’intérêt, prêt que le Dr Porter n’a pas entièrement remboursé - il doit encore plus de 285 000 $ à l’université. Elle lui a également versé 50 205 $ de trop en salaire, de mai à septembre 2012, alors qu’il n’était plus en fonction depuis décembre 2011.


L’Université McGill sera peut-être remboursée par le Dr Porter. Peut-être pas non plus. Mais elle l’aura cherché ! Parce qu’avec les fonds universitaires, elle a engagé un personnage controversé. Parce qu’elle lui a consenti un prêt considérable à un taux dérisoire. Parce qu’elle lui a versé cinq mois de salaire en trop. Au printemps passé, les étudiants laissaient entendre que les budgets des universités montréalaises étaient mal gérés. On aurait envie de leur donner raison.

1 commentaire
  • Gaston Carmichael - Inscrit 14 novembre 2012 18 h 54

    Aussi impliqué dans les services secrets

    Vous avez oublié son emploi de chairman au Security Intelligence Review Committee (service secret du Canada): http://en.wikipedia.org/wiki/Security_Intelligence