Dépenses en santé - Un ménage s’impose, dit le ministre Hébert

Le ministre de la Santé, Réjean Hébert
Photo: Pedro Ruiz - Archives Le Devoir Le ministre de la Santé, Réjean Hébert

Québec — Québec ne veut plus payer deux fois pour les services administratifs et de soutien aux hôpitaux lorsque ceux-ci pratiquent des chirurgies. Selon le ministre de la Santé, Réjean Hébert, un « ménage » s’impose au sein des dépenses publiques et cela se traduit par des coupures de quelques dizaines de millions de dollars par année.


C’est ce qu’il a défendu en Chambre, jeudi matin, alors que son prédécesseur, Yves Bolduc, l’accusait de sabrer dans les soins de santé en diminuant le montant alloué pour les chirurgies. « Alors qu’actuellement, la grande majorité des patients ont une chirurgie du genou, de la hanche ou pour des cataractes à l’intérieur des délais recommandés, les coupures du ministre de la Santé et des Services sociaux vont allonger les listes d’attente et prolonger les délais », a soutenu l’ex-ministre de la Santé, Yves Bolduc.


Son remplaçant péquiste s’est fait rassurant et répète « qu’il n’y aura pas de services qui vont être coupés ». Il ajoute que le gouvernement entend conserver « les incitatifs pour permettre aux hôpitaux d’opérer plus de patients [et] de diminuer les listes d’attentes ». Mais selon lui, son gouvernement a « hérité d’une situation lamentable en terme de contrôle des dépenses publiques ».


Alors qu’il était au pouvoir, le gouvernement libéral a instauré un financement par activité pour inciter les établissements de santé à prendre en charge un plus grand nombre de chirurgies. Dans ce montant forfaitaire accordé aux hôpitaux pour chaque chirurgie effectuée, une partie est allouée pour des frais d’administration et de soutien, comme l’entretien ménager et les services d’une réceptionniste.


Or, un budget pour ces frais d’administration est déjà octroyé aux établissements de santé sur une base annuelle, a constaté le ministre. Selon Québec, ce double financement équivaut à une perte annuelle d’environ 30 à 40 millions de dollars. Certains parlent plutôt de coupes de 50 millions. « On payait deux fois pour la même chose, dénonce Réjean Hébert. Le député de Jean-Talon [Yves Bolduc] était au courant de cette situation et ne l’a pas corrigée. »


Le ministère vise, dans un premier temps, les chirurgies. Mais l’exercice pourrait être étendu à « tous les secteurs au niveau du ministère, des agences et des centres de santé et de services sociaux, de façon à ce que l’argent des contribuables soit bien utilisé pour rendre des services à la population ». Il envisage également d’établir des mécanismes pour contrôler les coûts des médicaments, qui « ont augmenté de façon importante » ces dernières années.

 

Dur coup pour les hôpitaux


Ces compressions portent « un coup très dur » aux hôpitaux, estime la directrice générale de l’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), Lise Denis. « Depuis 2003, il y a eu un effort pour augmenter la cadence en chirurgie et diminuer les listes d’attente. On vient donc diminuer ces tarifs-là [pour les chirurgies excédentaires] de 30 %. C’est d’autant plus compliqué qu’on est au mois de novembre et que ça s’applique depuis le 1er avril. Les établissements ne pourront pas récupérer 50 millions d’ici le 31 mars. »


Elle signale aussi que les compressions ne s’appliqueront pas de façon équitable entre les différents établissements de santé. « C’est un fardeau pour eux. Je ne sais pas comment ces établissements vont faire pour arriver sans diminuer le volume d’interventions. Les listes d’attente s’allongeront », ajoute-t-elle.


L’AQESSS doit rencontrer le ministre Hébert vendredi matin et elle tentera de voir si d’autres scénarios peuvent être envisagés.


 

Avec Jeanne Corriveau

16 commentaires
  • Caroline Langlais - Inscrite 9 novembre 2012 07 h 11

    L'inutile

    Il faut mettre la hache dans les CLSC qui ne servent à rien.

    • Bernard Terreault - Abonné 9 novembre 2012 09 h 58

      Vous confondez tout. Les CLSC ne font pas le travail des hõpitaux ou des cabinets de médecins, mais ils font de la prévention, distribuent des vaccins, etc.

  • Richard Laroche - Inscrit 9 novembre 2012 08 h 25

    L'industrie de la construction/ médicale

    On laisse les médecins être juges et partie, tout comme les ingénieurs des ministères et l'ensemble des dirigeants fonctionnaires.

    Vous essaierez de mettre vottre nez dans ces affaires, de vérifier les coûts et de mesurer l'efficacité en toute transparence devant le public: bonne chance. Vous aurez une armée dressée contre vous, une véritable mafia qui brasse près de 50% de l'ensemble de notre budget national et qui peut aisément payer quelques dizaines de millions pour nous monter un beau show avec des inspecteurs bidons qui vont livrer un rapport de 800 pages décrivant à quel point le système est bien géré.

    C'est ça le problème de notre appareil public: le manque de transparence.

  • Real Melancon - Inscrit 9 novembre 2012 08 h 52

    Capharnaüm

    capharnaüm: "endroit en désordre, où s'entassent de nombreux objets, l'ensemble de ces objets"

    Regardez simplement l'organigramme du Ministère de la Santé, et si vous pouvez me dire qui décide de quoi, vous serez béni.

    Il y a du Gros gras à couper, et les intérêts corporatistes ont pris le dessus sur les intérêts des payeurs/contribuables (qu'on appelle allègrement 'bénéficiaires' dans le domaine de la santé)

    Réal Melançon.
    Laval

    • Huguette Durocher - Inscrite 12 novembre 2012 09 h 03

      Très juste M. Melancon, nous ne sommes plus malade de nos jours, nous sommes clients ou bénéficiaires.

      Notre belle gestion et administration de l'État par une grosse pieuvre à sept tête nous coûte très cher.

      Huguette Durocher

  • Francine Desaulniers - Inscrite 9 novembre 2012 09 h 37

    IGNORANCE

    Je réponds à Caroline Langlais

    Ignorance, manque de connaissance, je ne sais la cotation vous appropriée, mais votre ignorance des services offerts dans les CLSC est complète.
    Si des personnes âgées reçoivent des services, ce sont les CLSC qui les offrent. Si nos jeunes ont une écoute pour divers problèmes, c'est au CLSC. Si j'ai un cancer et besoin de services pour la coordination de mes traitements et tous les professionnels dont j'ai besoin, c'est le CLSC en collaboration avec les infirmières gestionnaires. Combien d'autres services je pourrais vous citer...mais j'aurais plusieurs pages à mon actif. Qui a fait dérailler (si je peux me permettre ce mot), les CLSC à mon avis : les médecins qui ne veulent y travailler, ce n'est pas assez payant.

    Elena Québec

  • Pierre Germain - Inscrit 9 novembre 2012 10 h 31

    Processus à revoir en profondeur

    En fait, tous les processus du système de santé sont à revoir car ce dernier, bien qu’il produise de bons résultats, montre éminemment sa sous-performance, i.e. les mêmes résultats peuvent être produits de façon plus optimale, à moindres coûts et avec moins de ressources. Une première raison pour laquelle aucune revue sérieuse des processus du système de santé n’a jamais été entreprise est le corporatisme démesuré dont font preuve les médecins, avec le résultat que le système de santé est organisé non pas pour optimiser la prise en charge rapide et le bien-être des patients mais plutôt en fonction des intérêts particuliers des médecins. Ce corporatisme médical se manifeste même entre spécialités, mitigeant du coup la portée globale des interventions médicales. Une seconde raison est évidemment le manque de courage politique et de vision de nos élus.

    À cela, il faut noter la réticence des médecins à l’introduction de nouvelles technologies pouvant exécuter en partie certains actes qu’on dit réservés; on n’a qu’à penser à certains systèmes experts capable d’analyser des résultats de laboratoire et même poser certains diagnostics.

    Finalement, il y a la mainmise médicale sur une foule d’actes qui devraient être permis à d’autres professionnels de la santé afin d’être exécutés plus rapidement et à moindre coûts. Pour employer une figure de style : point n’est requise la supervision d’un ingénieur civil avec un doctorat pour installer un cabanon dans sa cour arrière. Pourtant, notre système de santé traîne des archaïsmes qui n’ont plus lieu d’être mais qui font que souvent on exige des compétences bien au-delà de ce que requiert l’acte à poser. Pourtant, la pénurie de médecins artificiellement créée par eux-mêmes et l’augmentation des besoins en santé et services sociaux (vieillissement de la population, etc.) rend nécessaire une revue en profondeur de qui fait quoi, comment on le fait et avec quelles ressources, méthodologies et technologies.

    • Jocelyn Gaudreault - Inscrit 9 novembre 2012 15 h 23

      C'est la phobie de la CAQ d'éliminer les services en région et de tout centraliser à Québec.

      Les CLSC sont d'une utilité incroyable sans eux ce serait encore plus épouvantable dans les "urgences d'hopitaux".

      En région les urgences sont en générales relativement rapides dû en grande partie aux services des CLSC.

      Une suggestion: les heures d'ouverture sont cependant inadéquates car la maladie n'attend pas.