Mise en garde contre le financement des hôpitaux selon l’activité

Le président de Médecins québécois pour un régime public, le Dr Alain Vadeboncoeur, met en garde le gouvernement Marois contre l’instauration d’un financement à l’activité dans les hôpitaux. Ce système risque d’alourdir la bureaucratie et d’inciter les établissements à favoriser les activités les plus rentables au détriment des réels besoins de la population, dit-il.

Dans son dernier budget, l’ex-ministre des Finances, Raymond Bachand, avait annoncé la création d’un comité chargé d’étudier l’implantation d’un financement à l’activité dans les hôpitaux québécois. Ce système serait appelé à remplacer le mode de financement actuel basé sur l’enveloppe budgétaire des années antérieures de chaque établissement.


Médecins québécois pour un régime public craint les dérapages qu’une telle réforme risque d’entraîner. « Ce qui nous inquiète, c’est qu’on néglige des clientèles qui ont des maladies complexes et non rentables, selon des normes qui restent à établir, au profit de patients aux pathologies plus rentables pour l’hôpital », a expliqué le Dr Vadeboncoeur en conférence de presse dimanche.


Il soutient que les expériences menées à l’étranger, notamment en Grande-Bretagne, ne donnent pas les résultats escomptés et qu’un mode de financement à l’activité obligera les établissements à consacrer beaucoup de temps et d’énergie à l’implantation d’une nouvelle bureaucratie sans garantie d’une meilleure qualité des soins.


L’organisme a fait cette sortie en prévision de la journée de formation que donnera, jeudi, l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) aux gestionnaires d’hôpitaux. Le Dr Vadeboncoeur souhaite également que le nouveau ministre de la Santé, Réjean Hébert, fasse connaître ses intentions à ce sujet.

 

Une réflexion


« Le financement par activité mérite réflexion, a indiqué dimanche le ministre Hébert. Il y a des intérêts à l’implanter, mais il y a aussi des effets pervers dont je suis conscient. Un groupe de travail du ministère des Finances et du ministère de la Santé qui se penche là-dessus à l’heure actuelle, et j’ai demandé à l’INESSS [Institut national d’excellence en santé et en services sociaux] qu’il me fournisse une revue de littérature internationale sur les impacts d’un financement à l’activité des pays qui l’ont adopté. Avec ces deux informations, qu’on devrait avoir au cours du premier semestre de 2013, on va être en mesure de prendre une décision. […] Je me laisse l’esprit ouvert pour examiner les évidences scientifiques et l’opinion des experts du ministère des Finances. »


Favorable au financement à l’activité, la directrice générale de l’AQESSS, Lise Denis, croit qu’il est possible de se prémunir contre certains effets pervers.


« Le paiement ne doit pas seulement se faire sur le volume [d’activités], mais sur la qualité aussi. Si vous opérez beaucoup de patients, mais qu’ils reviennent parce qu’il y a des complications, vous devriez être moins payé », a-t-elle précisé.

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