Le minutage des soins à domicile peut être justifié, dit le ministre Hébert

Le ministre de la Santé, Réjean Hébert
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le ministre de la Santé, Réjean Hébert

Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, n’est pas prêt à condamner les projets d’optimisation des services de soins à domicile mis en place par plusieurs CSSS et qui font l’objet de virulentes critiques de la part de représentants syndicaux. Selon lui, l’efficacité des soins à domicile doit être améliorée et il peut être justifié de « minuter » les interventions auprès des patients.

Lundi dernier, lors du congrès annuel de l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ), le Dr Hébert avait formulé de sévères critiques à l’endroit de l’application, dans certains établissements de santé québécois, de la méthode Toyota, ou Lean, visant à réduire le gaspillage. « Quand j’entends certaines applications de la méthode dite Lean, j’ai les cheveux qui me dressent sur la tête », avait-il déclaré.


L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) a vu dans ces propos une référence claire aux opérations d’optimisation des soins à domicile implantées par quatre CSSS de l’île de Montréal avec le concours de la firme privée Proaction.


Or, les critiques du ministre ne concernaient pas ces projets. « Ça, c’est une autre affaire », a indiqué Réjean Hébert au Devoir, en précisant qu’il ne s’agissait pas de projets inspirés de la méthode Lean. « On va faire un investissement majeur dans les soins à domicile, mais avant de le faire, il faut s’assurer que les processus sont les plus optimaux possible et qu’on se concentre sur les services aux patients. Quand on sait que les soins directs aux patients ne représentent que 30 à 40 % du temps de travail des professionnels et du personnel, je pense qu’il y a moyen d’améliorer ça. »


À Québec, deux syndicats affiliés à la CSN et le Syndicat des professionnels en soins de santé de Québec ont aussi dénoncé l’embauche de Proaction par un CSSS de Québec, reprochant à la firme de vouloir transformer les soins à domicile en « chaîne de montage » et d’imposer le minutage des interventions. « En soit, minuter les activités, ce n’est pas un crime de lèse-majesté. C’est parfois nécessaire si on veut avoir un bon portrait de la situation », rétorque Réjean Hébert.


Le ministre souhaite toutefois que le réseau de la santé puisse éventuellement cesser de recourir à l’expertise externe : « Au début, c’est peut-être nécessaire, mais je pense qu’on doit développer, à l’intérieur de chaque établissement et de chaque agence, l’expertise nécessaire pour rendre nos processus plus efficients. »


De son côté, la firme privée Proaction attribue le mécontentement des syndicats à une « résistance au changement » et à un problème de « perception ». Denis Lefebvre, président et chef de direction de Proaction, se dit « surpris » de la réaction des syndicats, affirmant que sur le terrain, les gestionnaires et le personnel sont très satisfaits des résultats.


Selon lui, les méthodes appliquées, notamment au CSSS de la Pointe-de-l’île et du Sud-Ouest, donnent des résultats probants en terme de nombre de patients visités, de temps consacré aux soins et d’économies réalisées.


 

Avec la collaboration d’Isabelle Porter

2 commentaires
  • Jacques Beaudry - Inscrit 2 novembre 2012 10 h 44

    un time-study

    Il y a une différence entre confier à une firme une étude pour mesurer des activités à domicile aux personnes âgées et vouloir implanter un régime strict et déconnecter de la réalité des soins
    à procurer à ces personnes. Le nouveau ministre tente-t-il déjà de nous chloroformer pour justifier les coupes de soins aux personnes dans le besoin. Bientôt il nous dira qu'il est pour améliorer la productivité ! C'est pas très loin de l'approche encore récente prônée pr JJ Charest le mal aimé.

  • Marc Sauvageau - Inscrit 2 novembre 2012 12 h 12

    Le retour du taylorisme

    Si Frederic Winslow Taylor était encore vivant il se réjouirait à la lecture de cet article. Il est le père de la direction scientifique des entreprises ( Principles of Scientific Management ).