Fédération de la santé et des services sociaux - Les lits dits de «ressources intermédiaires» seront «privés»

Pierre Vallée Collaboration spéciale
La FSSS espère que les conditions de travail des employés des centres d’hébergement privés pour personnes âgées s’amélioreront. Cela contribuera à garantir aux aînés des soins appropriés, la population du Québec étant de plus en plus vieillissante.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La FSSS espère que les conditions de travail des employés des centres d’hébergement privés pour personnes âgées s’amélioreront. Cela contribuera à garantir aux aînés des soins appropriés, la population du Québec étant de plus en plus vieillissante.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS), affiliée à la CSN, a présentement dans sa mire les conditions de travail du personnel des centres d’hébergement privés pour personnes âgées. Elle vient d’ailleurs de lancer une campagne de sensibilisation, « Ouvrir les yeux », à cet égard.

« La clientèle qui arrive dans les centres d’hébergement privés est d’abord composée de personnes âgées autonomes, explique Danielle Lemire, représentante du secteur de l’hébergement privé à la FSSS-CSN. Mais, avec le temps, la santé diminue. Les personnes deviennent semi-autonomes, souffrent de problèmes cognitifs et nécessitent une attention plus particulière. C’est une évolution naturelle des choses, mais elle se traduit par plus de soins à donner et par plus d’accompagnement et d’encadrement. »


Il n’y a pas si longtemps, ces personnes âgées auraient été dirigées vers le secteur public, soit vers les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Mais, depuis quelques années, le gouvernement du Québec a choisi une autre voie. « Il ouvre plutôt des lits, dits de ressources intermédiaires, dans les centres d’hébergement privés et il accorde aux propriétaires une subvention pour chacun des lits ouverts. »


On conviendra que cette façon de faire a le mérite de ne pas déraciner les personnes âgées en perte d’autonomie de leur milieu de vie, mais le hic se trouve ailleurs. « On ne sait pas trop à quoi sert la subvention, mais elle ne sert pas à améliorer les conditions salariales et de travail du personnel, ni à embaucher de nouveaux travailleurs. Ce sont les mêmes employés qui doivent assumer les tâches supplémentaires occasionnées par la présence de cette clientèle plus lourde. »

 

Les conditions dans le secteur


Selon Danielle Lemire, on compte au Québec environ 2400 centres d’hébergement privés pour personnes âgées. De ce nombre, seulement 70 sont syndiqués. « Comme la grande majorité de ces centres d’hébergement privés ne sont pas syndiqués, nous avons entrepris depuis 2010 des efforts de syndicalisation afin d’inciter les travailleurs et travailleuses du secteur à se syndiquer. »


Mais la syndicalisation ne permet pas de négocier des conditions salariales et de travail alléchantes. « Le salaire moyen de nos syndiqués dans le secteur des centres d’hébergement privés n’est que de 12,80 $ l’heure. Pourtant, les employés offrent les mêmes soins que ceux qui sont offerts dans le secteur public. »


De plus, le taux de roulement du personnel est très élevé. « La moyenne de rétention des employés est de quatre ans. Et il n’y a pas de liste de rappel. Car, une fois sortis du système, ces employés ne veulent plus y revenir. De plus, 84 % des employés sont des femmes, souvent des mères monoparentales, ce qui pose aussi des problèmes particuliers. »


On compte présentement au Québec environ 3000 lits de ressources intermédiaires dans les centres d’hébergement privés qui sont subventionnés par le gouvernement. Et ce nombre est appelé à augmenter, étant donné le vieillissement de la population. Selon Danielle Lemire, il est donc temps d’agir si on veut garantir aux aînés du Québec des soins appropriés.


Une table de travail


La FSSS a donc lancé sa campagne de sensibilisation afin d’amorcer un virage. « On l’a appelé “ Ouvrir les yeux ” parce qu’on veut ouvrir les yeux de la population et des décideurs aux conditions de travail qui sont celles des travailleuses et des travailleurs syndiqués à qui on confie la responsabilité de prendre soin de nos aînés. » La FSSS a aussi entrepris une tournée régionale lui permettant de rencontrer les députés provinciaux afin de les sensibiliser à cet enjeu. La FSSS a déjà écrit plusieurs lettres au ministère de la Santé et des Services sociaux. « Ces lettres sont pour l’instant demeurées sans suite et on espère que le nouveau gouvernement élu saura être plus réceptif à nos demandes. »


La principale demande est la mise en place d’une table de travail. « Nous espérons pouvoir asseoir à la même table les syndiqués, les propriétaires de centres d’hébergement privés et des représentants du gouvernement. Comme le gouvernement privilégie maintenant l’ouverture de lits de ressources intermédiaires dans le secteur privé plutôt que dans le secteur public et qu’il subventionne de surcroît les propriétaires pour ces lits de ressources intermédiaires, il a le devoir de tenir compte des besoins des travailleuses et travailleurs, de la charge de travail supplémentaire qu’il leur impose ainsi, et d’établir des lignes directrices claires quant aux conditions salariales et de travail des employés dans ce secteur. » Cette table pourrait aussi se pencher sur d’autres enjeux, comme la formation du personnel.


« Cette table permettrait de discuter de l’ensemble des enjeux liés à cette question. Ce serait aussi une occasion de mettre en place des mesures qui viendront valoriser le travail de ceux et celles qui s’occupent de nos aînés. Cela permettrait aussi à la population de mieux comprendre les problèmes et de connaître nos propositions pour les résoudre. Le citoyen a un devoir de préparer son avenir et ses vieux jours. Mais comment peut-il le faire s’il ne connaît pas la situation dans laquelle il sera appelé à se retrouver ? Et comment peut-il s’assurer qu’il recevra non seulement les soins dont il a besoin, mais aussi des soins de qualité, quand les travailleuses et travailleurs du secteur ne sont pas valorisés et qu’ils ne jouissent pas de conditions salariales et de travail à la hauteur de la responsabilité qu’on leur confie ? »



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