Institut de recherches cliniques de Montréal - «Notre seul critère, c’est l’excellence»

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Les chercheurs de l’Institut de recherches cliniques de Montréal excellent en recherche fondamentale, secteur qui demeure à l’avant-scène de l’innovation.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Les chercheurs de l’Institut de recherches cliniques de Montréal excellent en recherche fondamentale, secteur qui demeure à l’avant-scène de l’innovation.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation novembre 2012

À l’IRCM, une centaine d’étudiants préparent leur maîtrise ou leur doctorat, principalement des Québécois, quand une cinquantaine d’autres arrivent de toute la planète pour parfaire leur formation dans le cadre d’un postdoc. Ces étudiants, triés sur le volet, disposent des technologies les plus avancées et des meilleurs professeurs et chercheurs au mon-de dans le domaine de la recherche clinique.

L’IRCM souffle cette année ses 45 bougies. Cela fait 45 ans, en 1967, donc, que le docteur Jacques Genest, fraîchement rentré de l’Institut Rockefeller de New York, décida de mettre en place au Québec le même type de structure. « L’idée révolutionnaire à l’époque, qui existait dans quelques universités américaines seulement, était d’étudier les mécanismes de la maladie en faisant travailler ensemble, dans un même bâtiment, des chercheurs et des cliniciens. C’est un modèle que le Dr Genest avait vu ailleurs en action et qu’il a voulu implanter ici, au Québec, explique Tarik Möröy, l’actuel président et directeur scientifique de l’institut. Il a voulu créer un endroit où les cliniciens, d’un côté, les chercheurs fondamentaux, de l’autre, puissent se rencontrer et faire avancer la recherche pour découvrir des mécanismes et développer des thérapies. Bien sûr, ce sont des cliniciens qui ont un intérêt pour la recherche et des fondamentaux qui, eux, s’intéressent à la mise en pratique de leurs découvertes. C’est notre défi : les avancées scientifiques que nous faisons en laboratoire ne servent à rien si elles ne sont pas traduites sur le plan clinique pour soigner des maladies. Ce sont deux cultures très différentes qui se rapprochent pour trouver de meilleures solutions. »

 

Une première en Francophonie


Une grande première dans le monde francophone de l’époque. Un concept qui reste le même 45 ans plus tard, même si l’institut a beaucoup évolué pour rester toujours à l’avant-garde de la recherche clinique.


Quatre missions : comprendre les causes des maladies, découvrir des outils diagnostiques et des moyens de prévention et de traitement, former une relève scientifique de haut niveau et contribuer au développement socioéconomique du Québec en favorisant l’exploitation des découvertes. Cinq axes de recherche : biologie intégrative des systèmes et chimie médicinale, cancer, immunité et infections virales, maladies cardiovasculaires et métaboliques, neurobiologie et développement. Trente-six laboratoires. Et une clinique externe qui reçoit au-delà de 20 000 visites par an.

 

Avec l’UdM et McGill


L’IRCM est affilié à l’Université de Montréal, mais est également associé à l’Université McGill, du fait de sa proximité géographique et des liens qu’entretenait Jacques Genest avec cette dernière. Ainsi, environ 70 % des étudiants viennent de l’UdM et 30 % de McGill. Durant leur scolarité, chacun dépend encore de son université d’origine. Même chose concernant le diplôme qui leur sera remis à la fin de leurs études.


Cette affiliation à l’Université de Montréal permet à l’institut et aux chercheurs de transmettre un enseignement et de diriger des thèses. Ainsi, une centaine d’étudiants fréquentent l’IRCM chaque année pour préparer leur maîtrise ou leur doctorat. Tous sont détenteurs d’un baccalauréat en biochimie, sciences biomédicales, immunologie ou un autre domaine lié à la médecine. « Nous attirons en revanche peu de futurs médecins, regrette M. Möröy. Ceux-là n’ont pas à réaliser de thèse et ils ont leur résidence à faire. La recherche n’est donc pas une priorité dans leur formation. Nous en avons un ou deux dans nos laboratoires, mais c’est insuffisant. Il s’agit là d’un de nos grands défis si nous voulons maintenir notre concept de recherche translationnelle. Mais j’ai bien l’impression qu’il y a moins de jeunes cliniciens qui s’intéressent à la recherche qu’auparavant. »


Pour avoir l’honneur de poursuivre ses études au sein de l’IRCM, il faut présenter un très bon dossier. Les bacheliers sont triés sur le volet… et la plupart d’entre eux ont de telles aptitudes qu’ils ne font qu’une seule année de maîtrise et se voient dispensés de rédiger un mémoire pour entamer directement leur thèse de doctorat. Ainsi, dès le printemps prochain, l’IRCM proposera à ses étudiants une maîtrise en un an. « Ça reviendra au même, sauf que l’étudiant le saura dès le départ, explique Tarik Möröy. Durant cette maîtrise accélérée, il opérera une rotation dans plusieurs laboratoires, au moins deux. Ça lui permettra d’avoir une idée de celui dans lequel il aura envie d’aller pour préparer sa thèse, qui, elle, peut durer jusqu’à sept ans. La plupart obtiennent cependant leur doctorat en quatre à cinq ans. »

 

Aide financière assurée


Les étudiants disposent tous d’une bourse pour poursuivre leur formation dans les meilleures conditions. Des étudiants qui pourront ensuite poursuivre en postdoc ailleurs, souvent à l’étranger, afin de se confronter à une autre culture scientifique. Ou postuler dans l’industrie pharmaceutique, dans l’enseignement secondaire ou collégial, dans les hôpitaux ou en entreprise pour valoriser des résultats de recherche, dans le journalisme scientifique, etc. De son côté, l’IRCM reçoit une cinquantaine de stagiaires en postdoc en provenance du monde entier, qui demeurent là pendant trois ans environ, avant de repartir vers d’autres horizons.


Quant au recrutement à l’IRCM, il se fait au niveau mondial, et parmi les meilleurs. « L’une de nos missions est de faire venir ou revenir les grands chercheurs au Québec, précise Tarik Möröy. Les chercheurs d’élite tout autour de la planète. Il y a des Québécois en majorité, bien sûr, mais moi-même je suis allemand et j’ai des collègues belges, états-uniens, français, etc. Parfois, nous recrutons parmi nos anciens doctorants après qu’ils sont allés faire leur postdoc ailleurs. Notre seul critère, c’est l’excellence. » Une excellence qui paie, puisque, tout au long de son histoire, l’IRCM a fait des découvertes fondamentales, notamment dans le domaine des cellules souches de moelle osseuse, en immunologie, dans le traitement du cholestérol, de l’hypertension, pour n’en citer que quelques-unes.


Renseignements sur le site : http://www.ircm.qc.ca


 

Collaboratrice