Symposium sur la nutrition et la santé - Êtes-vous vraiment intolérant au lactose?

Le lactose et le gluten sont bénéfiques pour la santé, et rares sont les personnes qui devraient les éliminer de leur alimentation, a déclaré une nutritionniste de l’Université de la Floride dans le cadre d’un symposium sur la nutrition et la santé qui se déroulait hier à Montréal.

Aussi peu que 25% de la population mondiale dispose des quantités suffisantes de lactase, l’enzyme qui assure la décomposition du lactose, pour digérer sans entrave le lait. Les autres, soit 75 % de la population mondiale, ne digèrent pas bien le lactose en raison d’une carence plus ou moins grande en lactase. « Le phénomène est si commun que l’on comprend ainsi que ce n’est pas vraiment une maladie », a fait remarquer Wendy Dahl, professeure au Département des sciences des aliments et de la nutrition humaine de l’Université de Floride. « Si les personnes qui ont plus de difficulté à digérer le lactose boivent deux verres de lait d’affilée sans manger, une grande quantité de lactose arrivera d’un coup dans le côlon, y fermentera et provoquera des flatulences et des gaz. Si elles boivent un seul verre de lait durant leur repas, le lactose atteindra lentement l’intestin puis le côlon, et les gaz produits lors de la fermentation seront absorbés systématiquement et expirés, et les personnes ne souffriront pas de graves symptômes. Ceux-ci dépendent beaucoup de la quantité de lait ingérée », explique la chercheuse.


Les résultats de la recherche montrent que les personnes présentant une déficience en lactase peuvent consommer des portions de 12 grammes de lactose - ce qui correspond à un verre de lait ou un petit pot de yogourt - en une seule fois sans souffrir de problèmes intestinaux. Si vous répartissez votre consommation de lait tout au cours de la journée, cela réduira les symptômes.


Selon Mme Dahl, il est nettement préférable que ces personnes consomment des produits laitiers standards plutôt que sans lactose. « Il n’y a pas eu encore d’études cliniques randomisées qui ont démontré que le lactose a des effets bénéfiques sur la santé autres que son important apport énergétique. Mais plusieurs observations le suggèrent, notamment parce qu’il accroît les bifidobactéries qui sont reconnues pour être bénéfiques pour la santé. La structure chimique du lactose est très semblable à celles des substances prébiotiques [qui sont des ingrédients alimentaires non digestibles qui stimulent la croissance et l’activité des souches bactériennes bénéfiques et présentes dans le côlon et qui ainsi améliorent la santé]. Il serait dommage que 75 % de la population se prive de ces effets salutaires », a-t-elle précisé en entrevue.


Une étude menée par Susan Barr, de l’Université de la Colombie-Britannique a également indiqué que les personnes se disant intolérantes au lactose et qui se privaient de produits laitiers avaient un apport moyen en calcium 23 % plus faible que les individus consommant régulièrement des produits laitiers. Après moult discussions entre experts, les National Institutes of Health (NIH) des États-Unis en sont venus à statuer que dans la plupart des cas de carence en lactase, il n’est pas nécessaire d’éliminer complètement les produits laitiers du régime alimentaire. Ils soulignent aussi que les carences en calcium prédisposent à l’ostéoporose et à d’autres problèmes de santé.

 

Gluten


Les personnes souffrant de la maladie coeliaque ou qui présentent une intolérance au gluten doivent absolument éliminer le gluten de leur alimentation, a rappelé Wendy Dahl, avant de souligner que « ces pathologies doivent être diagnostiquées par un médecin ». « Par ailleurs, certains individus croient que le gluten est nocif pour la santé alors qu’il s’agit d’une simple protéine qui n’est pas délétère, mais bénéfique pour la majorité des gens. Ces individus s’imposent une diète sans gluten souvent en raison de l’attrait qu’exercent sur eux les multiples produits exempts de gluten qui sont offerts sur le marché. Ils éliminent tous les produits à base de blé de leur alimentation. Or, comme la principale source de fibres dans le régime alimentaire nord-américain est le pain blanc, du coup ils réduisent à peau de chagrin leur apport en fibres et en fructanes [des composés bénéfiques qui favorisent le développement de la flore intestinale]. Ils pourraient remplacer cette diminution en fibres par une plus grande consommation en fruits, légumes et légumineuses, mais aux États-Unis, et vraisemblablement au Canada, les gens n’en mangent pas. Ces individus risquent d’écoper des effets néfastes occasionnés par leur nouveau régime alimentaire qui comporte plus de sucres et moins de fibres. »


Le symposium était organisé par les Producteurs laitiers du Canada, mais mettait en vedette des conférenciers universitaires de renom.

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