Levée de boucliers contre le ministre Hébert

L’intention du ministre de la Santé, Réjean Hébert, de revoir les critères utilisés pour calculer les contributions que doivent assumer les usagers des centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) suscite l’inquiétude. Des groupes d’usagers et de retraités craignent que cette réforme entraîne une hausse indue des tarifs.

Dans son rapport sur la gestion des CHSLD au printemps dernier, le vérificateur général (VG) par intérim, Michel Samson, suggérait que les tarifs d’hébergement soient revus, ce qui n’a pas été fait depuis plus de 15 ans, notait-il. M. Samson faisait aussi remarquer que le Québec était la province canadienne qui demandait la contribution la moins élevée. Ainsi, soulignait-il, si 50 % des usagers payant la contribution maximale, soit 1665 $ par mois, assumaient les coûts réels du gîte et du couvert, qui s’élèvent à 2147 $, le gouvernement pourrait récupérer 111 millions.


Le ministre vient donc de mandater la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ) afin qu’elle « modernise » les règles sur la contribution des usagers. « Ma préoccupation, ce sera que les personnes âgées qui n’en ont pas les moyens ne soient pas touchées par une mesure comme celle-là », a-t-il pris soin de préciser lors d’une entrevue radiophonique au 98,5 FM vendredi.

 

Pas rassurée


Loin d’être rassurée, l’Association québécoise des retraités des secteurs publics et parapublics (AQRP) craint le pire. Le rapport du VG recommandait de revoir les critères sur la contribution des usagers, mais pas de hausser les tarifs, estime Mathieu Santerre, porte-parole de l’AQRP. Mais surtout, ce rapport relevait d’importantes lacunes dans la gestion des CHSLD, ce qui entraîne des pertes de dizaines de millions de dollars. « Ça pourrait vouloir dire qu’on refile à l’usager la facture liée à un problème de performance dans l’administration du CHSLD, déplore M. Santerre. Avant de songer à une hausse de tarifs, il faudrait s’assurer qu’on travaille de façon optimale à l’intérieur de la boîte. »


Les hausses possibles évoquées par le ministre scandalisent la Fédération des comités des usagers et de résidents du Québec. « On manque de ressources pour soigner et nourrir le monde et les amener aux toilettes et là, on vient nous dire qu’ils ne paient pas assez !, s’exclame son porte-parole, Paul G. Brunet. Le Dr Hébert avait de belles valeurs humaines en campagne électorale, mais il parle maintenant d’augmenter les contributions de gens qui se plaignent déjà. »


Le ministre Hébert a réitéré l’intention du gouvernement péquiste d’augmenter le budget des soins à domicile et d’instaurer une « assurance autonomie » qui garantirait à tous les Québécois en perte d’autonomie les soins requis, qu’ils soient en établissement d’hébergement ou à la maison.


« Sur le principe et sur papier, c’est une excellente chose d’investir dans les soins à domicile, reconnaît Mathieu Santerre. Mais le problème, c’est l’échéancier trop ambitieux de deux ans évoqué par le ministre. Le risque, c’est qu’on fasse le plus facile, soit limiter le développement de places et hausser les tarifs, mais que les services à domicile ou dans les résidences intermédiaires ne suivent pas. »