Boeuf contaminé : l’irradiation comme solution?

À la faveur du rappel massif de viande de boeuf contaminée à l’E. coli, l’irradiation des aliments comme mesure pour combattre les infections liées à ce type de bactérie refait surface. En 2008, Santé Canada avait songé à donner le feu vert à ce procédé pour les viandes, mais les inquiétudes des consommateurs avaient tué le projet dans l’oeuf. Des chercheurs croient toutefois que le Canada aurait avantage à aller de l’avant.

Pour Monique Lacroix, professeure à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS-Armand-Frappier), l’efficacité de l’irradiation ne fait pas de doute. « Le mot irradiation fait peur aux gens. […] On pense qu’on va manger des substances radioactives. Tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas suffisamment de vulgarisation et que les gens ne seront pas informés correctement, il y aura des inquiétudes », avance-t-elle.


L’irradiation consiste à exposer les aliments aux rayons gamma du cobalt 60 pour éradiquer les bactéries pathogènes susceptibles de s’y trouver. À l’heure actuelle, seule l’irradiation des farines, des pommes de terre, des oignons et des épices est autorisée par Santé Canada, qui comptait, dans la foulée de la crise de la listériose en 2008, ouvrir la porte à toute une gamme de produits, dont les viandes. Le ministère a finalement reculé devant les craintes des consommateurs.


Mme Lacroix juge que l’irradiation a fait ses preuves. « En ce moment, il y a au moins une cinquantaine de produits alimentaires qui sont irradiés dans plus d’une quarantaine de pays. Aux États-Unis, par exemple, on peut irradier la viande, le poulet et plusieurs fruits et légumes, ainsi que les épices. »


Ce procédé permet d’éliminer efficacement les agents pathogènes, comme l’E. coli, la listeria et la salmonelle, assure-t-elle : « On connaît très bien les temps d’exposition qui n’affectent pas le goût ou la valeur nutritive. »


L’irradiation serait aussi avantageuse pour l’économie canadienne, car le traitement des maladies alimentaires engendre des dépenses de plus d’un milliard par année au Canada, dit-elle. Soumettre la viande à un irradiateur commercial utilisé au maximum de sa capacité se traduirait par un coût supplémentaire de 2,5¢ la livre pour le consommateur. « Moi, je paierais bien 2,5¢ la livre de plus pour savoir qu’il n’y a pas de bactérie pathogène », commente-t-elle.


L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) comptait entreprendre, mardi, une inspection en règle de l’usine de XL Foods - à l’origine du rappel de viande -, qui souhaite reprendre ses activités. Au Canada, onze personnes ont été infectées par la bactérie de la même souche que celle détectée chez XL Foods. Deux cas ont été recensés au Québec. Les deux personnes se sont maintenant rétablies.

À voir en vidéo