Un lien est établi entre le mercure, le plomb et le trouble du déficit de l’attention

Une nouvelle étude révèle que les enfants inuits ayant été exposés au mercure durant leur vie prénatale et au plomb durant l’enfance sont plus souvent atteints du trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Une observation qui invite toutes les femmes enceintes à la vigilance.

L’étude qui paraissait hier dans la revue scientifique Environmental Health Perspectives a été réalisée par une équipe de scientifiques dirigée par Gina Muckle, chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec (CRCHUQ) auprès de 279 enfants inuits du Nunavik qui étaient âgés de 11 ans et qui fréquentaient l’école primaire. L’étude a consisté à comparer les concentrations en contaminants (mercure, biphényles polychlorés ou BPC, et plomb) dans le sang du cordon ombilical recueilli à la naissance de chaque enfant, ainsi que dans le sang prélevé au moment du déroulement de l’étude, avec le résultat d’une évaluation comportementale de chaque écolier effectuée par l’enseignant de l’école.


Il est ainsi apparu que les enfants qui avaient été exposés aux concentrations en mercure les plus élevées durant leur vie prénatale étaient quatre fois plus susceptibles de manifester les caractéristiques du trouble du déficit de l’attention (TDA) de type inattentif.


La présence de plomb dans le sang des écoliers était pour sa part associée aux symptômes de TDA avec hyperactivité et impulsivité. Qui plus est, cette association apparaissait à de très basses concentrations (soit à partir de 1,6 microgramme par décilitre, ou µg/dl) : « des concentrations nettement inférieures au seuil d’exposition de 10 µg/dl considéré comme tolérable par les autorités canadiennes de santé publique. Ce seuil a été descendu à 5 µg/dl il y a quelques semaines par les Centers for diseases control (CDC) aux États-Unis », souligne au passage Mme Muckle tout en précisant qu’à partir d’une concentration sanguine de 1,6 µg/dl, les enfants étaient de quatre à cinq fois plus à risque de présenter des symptômes du TDA avec hyperactivité et impulsivité.


« Même si on connaît un peu mieux les déterminants neuroanatomiques, neurochimiques et génétiques du TDAH, qui touche de 5 à 10 % de la population, on est encore très loin de comprendre son étiologie », rappelle Mme Muckle, avant d’ajouter que plusieurs publications ont montré que le tabagisme de la mère pendant la grossesse, en exposant le foetus à une grande variété de substances, multiplie par 2,5 le risque que l’enfant à naître souffre du TDAH. « Ces études à grande échelle laissent penser qu’il y aurait peut-être d’autres substances chimiques dans l’environnement prénatal qui augmenteraient le risque de difficultés comportementales dans l’enfance », fait-elle remarquer.


Alors que dans la population inuite, le mercure présent dans le sang des foetus provient de la viande de mammifères marins consommée par les mères, dans la population générale, il pourrait découler de la consommation de grands poissons prédateurs tels que le thon, le requin, l’espadon, le marlin et l’escolier, qui contiennent de grandes quantités de mercure, avance la chercheuse.


« Très peu d’enfants dans la population générale ont été exposés in utero aux concentrations de mercure retrouvées chez les foetus inuits. Mais on peut imaginer que certains sous-groupes de la population générale, par exemple les femmes asiatiques qui mangent fréquemment de ces poissons prédateurs, pourraient être plus à risque de présenter des concentrations de mercure comparables à celles des Inuits dans le sang de cordon ombilical », précise la chercheuse.


Mme Muckle prévient que les femmes enceintes ne doivent pas bannir pour autant le poisson de leur régime alimentaire, car il contient des acides gras oméga-3 DHA qui sont essentiels pour le développement du cerveau. Elle recommande tout simplement d’éviter les poissons prédateurs et de choisir plutôt des poissons pauvres en mercure, comme les anchois, le capelan, le merlu, le hareng, le maquereau, le saumon, l’éperlan, la truite arc-en-ciel et le corégone.


Les écoliers inuits sont exposés au plomb à travers leur alimentation, qui contient à l’occasion des grenailles de plomb dont sont constituées les munitions servant à tuer les animaux dont ils mangent la chair. Pour leur part, les enfants de la population générale peuvent absorber le plomb présent dans les poussières des maisons âgées. « Ils y sont particulièrement exposés au cours de leurs premiers mois de vie, car ils se déplacent au ras du sol et portent souvent les jouets à leur bouche », rappelle la scientifique. L’eau potable peut aussi en contenir dans les maisons construites avant les années 1970 et dont la tuyauterie est en plomb ou comporte des soudures en plomb. Et à proximité des grands axes routiers, l’air est souvent davantage chargé en plomb.


Selon l’enquête canadienne sur les mesures de santé menée par Statistique Canada et l’Agence de santé publique du Canada, 10 % des enfants canadiens âgés de 6 à 11 ans sont exposés à des niveaux en plomb supérieurs à 1,6 µg/dl, le niveau à partir duquel Gina Muckle et son équipe ont vu apparaître des effets sur le comportement. « Et on sait que les enfants de moins de cinq ans présentent généralement des niveaux supérieurs à ceux des enfants plus âgés parce qu’ils rampent près du sol », souligne la chercheuse tout en nous laissant imaginer les conséquences.

2 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 23 septembre 2012 12 h 35

    Gravité relative

    Cette horrible nouvelle devrait se trouver en grand titre et susciter inquiétude et indignation mais aussi débats et réactions immédiates.

    Mais voyez...

    Qu'est-ce qui décide de la gravité d'une nouvelle? La possibilité de réagir ou l'intérêt ou non à ne pas le faire?

  • Martin Allie - Inscrit 27 septembre 2012 13 h 39

    Le plomb a des ailes...

    Vous devez aussi savoir que les avions à hélice (pistons) utilisent du carburant au plomb. Malgré l’appellation « low lead » L’AVGAZ utilisé par les petits avions contient plus de plomb que l’essence au plomb bannis des voitures dans les années 80.