Scène syndicale - Au lendemain des élections, des espoirs

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Le vice-président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jean Lacharité, croit que, « si on injectait des ressources humaines et financières pour favoriser ce soutien, on contribuerait d’abord à améliorer la qualité de vie des aînés et, d’autre part, on favoriserait le désengorgement de nos urgences, des CHSLD et des résidences pour les personnes âgées ».
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le vice-président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jean Lacharité, croit que, « si on injectait des ressources humaines et financières pour favoriser ce soutien, on contribuerait d’abord à améliorer la qualité de vie des aînés et, d’autre part, on favoriserait le désengorgement de nos urgences, des CHSLD et des résidences pour les personnes âgées ».

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Chacun des partis politiques a présenté sa plate-forme électorale, sur laquelle figuraient bon nombre d’engagements ou de promesses au cours de la dernière campagne électorale. Les politiciens ont réservé une bonne place à la santé dans cette traditionnelle façon de conduire le débat électoral. Une fois les résultats des élections connus, le monde syndical pose un regard sur ses attentes prioritaires en santé.

Pour un, le vice-président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jean Lacharité, fait preuve, dans un premier temps, d’une certaine satisfaction : « J’ai été très heureux d’entendre Mme Marois dire, lorsqu’elle a énuméré ses priorités comme chef du gouvernement, qu’elle visait à abolir la taxe santé de 200 $ par année : c’est une mesure extrêmement régressive et il faut être très pauvre pour en être exempté, soit avoir un revenu de moins de 15 000 $ par année. » La classe moyenne et les gens plus ou moins démunis écopent d’un fardeau fiscal dans ce cas.


Il se penche sur un autre aspect du dossier : « Il faut absolument qu’on investisse des ressources dans le soutien à domicile des personnes âgées. Il y a là une belle occasion d’agir, car le Parti québécois compte parmi ses députés un gérontologue qui est reconnu mondialement, en la personne du docteur Réjean Hébert ; il a été le doyen de la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke pendant de nombreuses années. Je pense vraiment que, si on injectait des ressources humaines et financières pour favoriser ce soutien, on contribuerait d’abord à améliorer la qualité de vie des aînés et, d’autre part, on favoriserait le désengorgement de nos urgences, des CHSLD et des résidences pour les personnes âgées. » À ce sujet, la CSN a lancé l’an dernier une campagne qui s’appelle « Vieillir dans la dignité » : « Il y a là un enjeu fondamental et je crois qu’il est possible, même pour un gouvernement minoritaire du PQ, d’aller de l’avant avec une telle mesure. »


Il se montre également préoccupé par le courant de privatisation qui gagne du terrain en santé : « Il faut clarifier les choses sur ce plan et mettre fin à la privatisation tranquille et lente qui est en train de se produire ; c’est une pratique insidieuse qui gruge les services ; on le voit quand on se tourne du côté des partenariats public-privé, notamment dans les CHSLD. Le gouvernement devrait clarifier sa position sur ce plan et mettre fin à cette manière d’agir ; il devrait faire valoir son orientation très claire pour des services de santé publics et universels. »


Il ajoute que la politique sur les médicaments est à revoir, ce dont Québec solidaire a fait une de ses priorités en santé : « La CSN fait preuve d’ouverture à ce sujet ; la mise sur pied d’une politique du médicament, accompagnée d’une couverture publique universelle qui s’inscrirait dans le cadre de l’abolition de la règle des 15 ans, pourrait servir à économiser un milliard de dollars par année. » Avant d’en arriver là, la mise en place de mesures transitoires s’imposerait toutefois.


Les mains liées sur le volant…?


Jean Lacharité précise sa pensée sur le sort réservé au nouveau gouvernement par une opposition musclée : « Sur l’abolition de la taxe santé, les libéraux vont maintenir leur position, ce qu’ils ont toujours fait, mais il pourrait y avoir une ouverture de la part de François Legault et de la Coalition avenir Québec (CAQ). Pour ce qui est du soutien à domicile, il sera compliqué autant pour les libéraux que pour les caquistes de refuser la mise en place de mesures susceptibles de l’améliorer. En tout cas, il me semble que ce ne serait politiquement pas très populaire de s’opposer à un projet allant dans ce sens-là. Il y a donc une possibilité d’agir pour le gouvernement même s’il est minoritaire. »

 

Les laissés-pour-compte du SCFP


Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), le plus important au Canada avec plus de 615 000 adhérents, compte dans ses rangs 20 000 membres dans le secteur de la santé et des services publics au Québec ; on les retrouve dans toutes les catégories d’emploi mais principalement dans les catégories 2 et 3.


Voilà ce que laisse savoir Denis Bolduc, le secrétaire général du SCFP-Québec. Sa collègue, Danie Bouchard, qui est présidente du plus grand syndicat local en santé, celui du CHU de Québec, fournit ces précisions : « La catégorie 1, ce sont les infirmières. La 2 regroupe les employés généraux, parmi lesquels figurent les préposés aux bénéficiaires, les travailleurs de l’entretien ménager, de même que les gens de métier tels les plombiers, les menuisiers, etc. Dans la 3, il y a toute la gamme des employés de bureau, dont les tâches varient. Dans la 4, sont présents les techniciens et les professionnels. »


Ce portrait rapidement esquissé, M. Bolduc passe aux attentes du SCFP en santé, une fois le rideau tiré sur les élections : « Ce qu’on entend à longueur d’année, et c’est encore plus évident durant la campagne électorale, c’est un discours qui porte sur le nombre de médecins, sur le ratio médecins-patients, sur l’abolition de la taxe santé, etc. Nous, ce qu’on dit, c’est que la santé, ce n’est pas seulement l’affaire de la quantité de médecins ou du nombre de patients qu’on rencontre chaque jour ; il y a un grand nombre de gens qui viennent soutenir ces professionnels et qui appartiennent à d’autres catégories d’emploi. Leur présence est essentielle, même si on n’entend pas parler d’eux, et ils ont un impact direct sur les services à la population. On aimerait que l’importance du rôle de ces personnes-là soit davantage reconnue. »

 

Des compromis souhaités


Mme Bouchard renchérit : « Pour faire rouler un hôpital, ça prend toutes sortes de types d’emploi et les périsoignants sont très importants. Le SCFP représente 250 types d’emploi, ce qui laisse voir que ça prend beaucoup de monde pour faire fonctionner un tel établissement. » Le temps serait venu d’améliorer le sort de ces personnels : « Il y a beaucoup de gens qui finissent par quitter le secteur de la santé parce qu’ils ne sont pas reconnus à leur juste valeur ; on se retrouve avec des pénuries de main-d’oeuvre dans plusieurs types d’emploi parce que les conditions de travail ne sont pas nécessairement toujours faciles. »


Le secrétaire général estime que « nous serions dans une position plus confortable sur le plan de la réalisation des engagements électoraux avec un gouvernement majoritaire », mais il croit qu’il sera possible d’obtenir des compromis, notamment de la part de la Coalition avenir Québec (CAQ) : « Toutefois, on n’entend pas la CAQ parler des catégories d’emploi 2 et 3. » Quant à Danie Bouchard, elle soutient que c’est le virage vers le secteur privé qui inquiète davantage ses membres : « Ils se demandent si la privatisation va refaire surface et s’ils vont être en mesure de garder leurs emplois. »


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