Un drame «imprévisible», assure l’hôpital Notre-Dame

Le double meurtre et l’agression survenus la semaine dernière au département de psychiatrie de l’hôpital Notre-Dame du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) étaient « imprévisibles » et ne sont pas dus à un manque de vigilance du personnel, ont assuré hier les responsables du CHUM.

Le chef du département de psychiatrie du CHUM, Paul Lespérance, est convaincu que le personnel hospitalier était en nombre suffisant pour assurer un encadrement adéquat des patients au moment des faits, mais admet du même souffle que les événements se sont produits « à l’insu » des employés de l’hôpital.


« Ça projette une image très négative de la psychiatrie en milieu hospitalier, a avoué M. Lespérance. Le personnel est en état de choc ».


Le président du Syndicat des professionnels en soins du CHUM, Guy Brochu, se demande pour sa part s’il pourrait y avoir un lien entre les récentes restrictions budgétaires qui ont entraîné des coupes de personnel et les événements tragiques. « On ne peut pas tout simplement dire que tout a été fait dans les règles de l’art et tolérer que ça continue comme ça. Il y a eu un événement hyperfâchant qui a été commis, qui ne devrait pas arriver dans les hôpitaux. Il faut faire quelque chose », s’est-il insurgé.


L’unité des crimes majeurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) mène actuellement une enquête concernant trois incidents survenus à la mi-juin qui impliquent tous des patients du département de psychiatrie du CHUM. Les policiers se penchent à la fois sur deux meurtres prétendument commis le 16 et le 21 juin contre des hommes âgés de 69 et 77 ans et l’agression le 22 juin d’une femme de 71 ans.


Ce n’est qu’après avoir été appelés au CHUM vendredi dernier pour une tentative de meurtre que les policiers ont été mis au courant des deux décès survenus dans les jours précédents. Ces décès ont d’abord été présentés comme des morts naturelles par le personnel hospitalier, puis l’autopsie a révélé que les victimes sont mortes asphyxiées.


Pour l’instant, le SPVM n’a pas établi de lien clair entre le double meurtre présumé et l’agression de la dame.


Un homme de 31 ans a été arrêté relativement à cette affaire et a comparu le 23 juin au palais de justice de Montréal. Idelson Guerrier, qui a des antécédents judiciaires, est accusé d’avoir porté, utilisé ou menacé d’utiliser une arme (ou une imitation d’arme) et de s’être introduit dans un lieu par infraction en faisant usage de violence. Le suspect s’est présenté de nouveau en cour le 26 juin, date à laquelle une évaluation de sa santé mentale a été ordonnée. En attendant sa prochaine comparution prévue pour le 30 juillet, il demeure sous les verrous.


Manque de transparence


Le fait que les autorités hospitalières aient d’abord présenté les deux décès comme des morts naturelles est un écart qui « donne froid dans le dos », estime le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet.


M. Brunet exhorte les autorités hospitalières de montrer patte blanche et plaide pour l’ouverture d’une enquête par l’Agence de santé de Montréal pour faire la lumière sur les trois incidents.


Action autonomie, un collectif montréalais qui lutte pour la défense des droits en santé mentale, se questionne quant à lui au sujet de la sécurité des patients. La porte-parole du collectif, Johanne Galipeau, déplore qu’encore une fois, le décès d’une personne aux prises avec un problème de santé mentale ait vite été classé comme « naturel ».


À l’hôpital Notre-Dame, la sécurité semblait sur les dents lors de la journée d’hier. Les membres du personnel ont visiblement reçu la consigne de ne strictement rien dévoiler sur cette histoire.


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Avec La Presse canadienne

5 commentaires
  • Gaston Langlais - Inscrit 29 juin 2012 05 h 28

    Le plus important: Les cadres.

    Bonjour,

    Le problème est toujours le même partout dans le secteur public et parapublic. Il y a foule de cadres inutiles, surpayés, non-imputables. souvent irresponsables et de compétenc douteuse. Lorsque la complaisance l'emporte sur la compétence, on assiste à une réduction des services, la qualité de ces mêmes services est affectée à la baisse et les budgets explosent. Voilà la triste réalité dans la Belle Province.

    Gaston Langlais - Gaspé.

  • Marie-Josée Blondin - Inscrite 29 juin 2012 09 h 16

    Le peu de respect et de protection des malades en psychiatrie

    Ce qui est impardonnable dans cette affaire et qui sent mauvais, c'est que les autorités responsables et le personnel aient tenté de dissimuler aux yeux du public la nature véritable de ces décès par des "morts naturelles", alors qu'il en était tout autrement et que l'autopsie ait révélé deux morts par étouffement. Cela démontre l'insouciance et le peu de cas du personnel responsable à l'égard du bien-être des patients en psychiatrie.

    Je suis d'accord avec M. Gaston Langlais, à savoir qu'il y a beaucoup trop de cadres dans notre système de santé et pas assez de services directs à la clientèle.

  • Louise Constantin - Abonné 29 juin 2012 12 h 39

    Une troisième catastrophe en un an en psychiatrie

    Cette tragédie fait suite au décès d'un autre patient, Max Charlier, péri carbonisé dans le fumoir de l'aile psychiatrique de l'hôpital St. Mary's le 6 octobre dernier, où il avait été laissé seul et sans surveillance. Le rapport de la Coroner, publié le 1er mai, établit la responsabilité de l'hôpital et fait état, comme ce sera sans doute le cas pour le CHUM, de manque de communication, de procédures déficientes, etc. On connaît la chanson. Voir le reportage de TVA à ce sujet : http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/regional/montreal

    Et rappelons-nous le constat dévastateur sur le département de psychiatrie de l'hôpital de St-Jérôme, publié il y a tout juste un an, en juin 2011, et ayant conduit à sa fermeture temporaire.

    Les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale sont parmi les plus vulnérables de notre société. Un grand nombre d'entre elles errent dans nos rues, sans soutien étant donné les faibles ressources accordées au réseau communautaire, et là encore, des drames surviennent régulièrement. Lorsqu'une personne est hospitalisée, c'est souvent parce qu'on a évalué qu'elle présentait du danger pour elle-même ou pour autrui. Dans ce cas, les proches poussent un soupir de soulagement,
    pensant que la personne se trouvera alors enfin en sécurité.

    Aussi, lorsqu'un patient meurt dans de telles conditions, outre la douleur de la perte, c'est aussi un profond sentiment de trahison que ressentent les proches.

    Tout cela est d'une infinie tristesse.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 29 juin 2012 13 h 57

    Histoires

    Si le personnel était suffisant dans ce département comment comprendre 2 décès inexpliqués en quelques jours ? Comment se fait-il que personne n'ait eu de soupçons ? Et le pire, comment défendre le fait que c'est une vieille dame de 72 ans, UNE PATIENTE qui a alerté la police ?

    Ces événements illustrent bien la galère qu'est devenu le système de santé. Les exemples de ce genre pullullent. Et ce n'est que le bout de l'iceberg.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 juin 2012 05 h 12

    Un drame qui, de l’Absurdité, « donne froid dans le dos » !

    « Le fait que les autorités hospitalières aient d’abord présenté les deux décès comme des morts naturelles est un écart qui « donne froid dans le dos », estime le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet. »

    De cette Citation, ce mot :

    Le Monde de la Psychiatrie est tout un Monde d'Étonnements et de Surprises même s'il détiendrait, parfois, ailleurs ou autrement, le record Guinness de l'Absurdité !

    De cette Absurdité, ce Monde, dit de la "Folie", n'est jamais ou presque jamais pris au sérieux, tant et si bien que personne ne sait vraiment pas comment s'identifier devant l'Autre, cet Autre qui, jouant le rôle ou de l'intervenant ou du "client", demeure autrement ailleurs !

    En effet, ce Monde de la "Folie" n'intéresse personne sauf celle qui, se cotoyant des Regards, pourrait ne pas savoir s'y intéresser d'ailleurs et autrement !

    Dans la présente situation, et tenant compte de ce qui précède, ce Monde de la "Folie" s'est distingué, encore hélas ! une autre fois, par son laxisme, son laisser pour compte, sa mécompréhension ainsi que par son éternel mépris tout autant des personnes concernées par l'article que des ressources de la Communauté ambiante ; un Monde de "Fous" comme incapable, par exemple, d'Humanité ou de Solidarité et Amitié Humaines d'abord et avant tout.

    Voir, ici, les observations pertinentes et sensibles de Me Brunet (CPM) et de Mme Galipeau (Collectif Action Autonomie) sur la question de transparence, notamment et concernant cette fameuse déclaration de décès (dit décès « naturel » plutôt que décès par « homicide ») par les autorités hospitalières.

    Un drame qui, de l’Absurdité (ou de l’Imprévisible ?), « donne froid dans le dos » ! – 30 juin 2012 –