Étude - Mise en garde contre le financement à l’acte dans les hôpitaux

L’idée de financer les hôpitaux en fonction du nombre d’actes qui s’y commettent est « téméraire », selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), qui s’est penché sur les conséquences de l’application d’une telle politique dans différents pays du monde.

C’est ce qu’un chercheur de l’IRIS, Guillaume Hébert, a expliqué hier en conférence de presse à Montréal.


En Angleterre, où ce modèle a été mis en place, les établissements de santé ont vu leur nombre de gestionnaires croître de 77 %, constate-t-il.


Contrairement au régime actuel du Québec, qui prévoit que les hôpitaux fonctionnent avec des budgets fixes, qui font d’ailleurs en sorte qu’ils doivent souvent fermer des lits lorsque les budgets sont atteints, le financement par activité prévoit que les budgets des hôpitaux soient établis selon le nombre de patients qu’ils accueillent.


Cette nouvelle approche, qui place les hôpitaux en concurrence les uns contre les autres, est favorisée par le gouvernement actuel, qui a mis sur pied un comité pour étudier sa mise en oeuvre, présidé par Wendy Thomson, de McGill.


Or, selon les chercheurs de l’IRIS, cette approche peut avoir de nombreuses conséquences négatives, notamment en incitant les hôpitaux au surdiagnostic et à la surhospitalisation.


En fait, cette façon de faire a tellement fait exploser les dépenses dans les hôpitaux, en Angleterre et en Australie, que l’on a été obligé de leur imposer des budgets plafonnés, explique Guillaume Hébert.


Selon les chercheurs de l’IRIS, les solutions aux problèmes actuels des hôpitaux, et aux longues listes d’attente qu’on y trouve, sont plutôt dans le développement d’une meilleure coordination entre les soins de première ligne, dont la prévention, la deuxième ligne, soit les soins aigus et urgents, et les soins à domicile.


Rappelons que les établissements de santé du Québec ont déjà exprimé leur accord au virage vers le financement à l’activité préconisé par Québec.


« Nous sommes en train d’étudier les expériences sous plusieurs juridictions ailleurs au Canada, dit Wendy Thomson, présidente du groupe d’experts sur le financement à l’activité. Notre mandat inclut l’intention de mettre en oeuvre cette approche. »

3 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 21 juin 2012 10 h 48

    Je l'avais déjà écrit

    Suivre tous ces actes exigerait une comptabilité boursoufflée!

  • Francois Gougeon - Inscrit 21 juin 2012 15 h 32

    C'est comme ça que les médecins sont rémunérés

    Et c'est un désastre. Quand tout se résume à combien d'"actes" on peut poser dans une journée, il n'y a plus de place pour la qualité. On punit l'omni qui fait bien sa job et prend son temps et on récompense celui qui fait passer les patients un après l'autre à la chaine.
    Ca va être la même chose mais à l'échelle du réseau au complet.
    Puis après on se demande pourquoi tout le monde se ramasse à l'urgence. C'est un problème complexe mais je suis sûr que cela est lié en partie au fait qu'il n'est pas très payant pour un médecin de suivre des patients complexes assidûment, en comparaison avec le sans rendez-vous ou l'urgence.

  • Josée Lafontaine - Abonnée 21 juin 2012 18 h 18

    Ces informations sont déjà toutes codifiées par des archivistes médicaux et disponibles sur tant sur le site du MSSS, l'Espace informationnel Santé et Services Sociaux, etc...
    Il ne s'agit pas ici d'ajout de personnel...
    Ces informations sont très importantes pour la population et les cliniciens : connaître ce dont souffre la population (types de maladies, localisation des cancers, etc...), pour la recherche médicale, surveilllance épidémiologique, etc...
    Comment faire avancer la médecine si on ne sait pas ce que l'on traite ?
    Je ne suis pas économiste pour déterminer le meilleur plan de financement des hôpitaux, mais utiliser des données déjà produites me semble néanmoins équilibré et sensé afin que ce soit bien géré.