Gastro-entérologie: des délais «inacceptables» au Québec

Les Québécois doivent attendre nettement plus longtemps que leurs compatriotes canadiens avant de pouvoir subir une coloscopie. Dans certains cas, l’attente est carrément inacceptable, selon une enquête réalisée en avril dernier.

Depuis 2005, trois enquêtes sur l’accès à la gastroentérologie (EAGE ou SAGE en anglais) ont été réalisées par l’Association canadienne de gastro-entérologie auprès de gastroentérologues des différentes provinces canadiennes qui ont fourni des informations sur les délais d’attente de 2000 de leurs patients à travers le Canada, dont 300 Québécois. Ces enquêtes, dont la dernière a été effectuée en avril dernier, mesuraient le temps écoulé entre le moment où un patient rencontre son médecin de famille et celui où il subit l’intervention médicale, telle qu’une coloscopie de dépistage. Ce délai comprend donc le temps que le patient doit attendre avant de pouvoir rencontrer le gastroentérologue et celui qui suit la consultation avant de subir l’examen.


L’enquête a révélé que les Canadiens doivent attendre en moyenne 160 jours avant d’avoir accès aux soins de gastroentérologie dont ils ont besoin. Au Québec, ils doivent patienter 225 jours, soit 65 jours de plus que la moyenne canadienne. « Le Québec est l’une des provinces canadiennes où le délai est le plus long », précise en entrevue le Dr Desmond Leddin, directeur du programme EAGE. « Dans plusieurs provinces, le temps d’attente est demeuré inchangé ou s’est amélioré depuis 2005. En Alberta, par exemple, les temps d’attente ont raccourci significativement. En Ontario, ils sont demeurés sensiblement les mêmes. Par contre, au Québec, ils sont beaucoup plus longs aujourd’hui qu’ils ne l’étaient il y a sept ans. » En 2005, les Québécois devaient attendre en moyenne 134 jours avant de pouvoir subir une coloscopie. En 2008, le délai s’était allongé à 162 jours, et aujourd’hui, il atteint 225 jours.


Des données plus précises ont été obtenues pour les patients qui réclamaient une coloscopie de dépistage à leur médecin de famille parce qu’ils redoutaient un cancer du côlon, étant donné qu’un membre de leur famille en était atteint. En 2008, ces patients devaient attendre en moyenne 201 jours dans l’ensemble du Canada. Ceux qui habitaient le Québec devaient attendre 120 jours de plus, soit 321 jours. Aujourd’hui, le délai atteint 279 jours à l’échelle du pays. Au Québec, il a bondi à 353 jours. « En 2005, nous avions convenu qu’une attente de six mois demeurait raisonnable. Mais au Québec, le délai atteint désormais le double, parmi les plus longs au pays. Il n’y a rien de mal à afficher de piètres performances, du moment que vous vous améliorez. Or, la situation empire au Québec, fait remarquer le Dr Leddin. Quand un système de santé vous fait attendre plus d’un an, c’est qu’il est devenu dysfonctionnel. D’un point de vue canadien, nous avons l’impression que les patients québécois ne peuvent avoir accès aux tests diagnostiques dont ils ont besoin dans les délais requis. »


Selon le Dr Leddin, les tendances à travers le Canada sont très préoccupantes, compte tenu de leur impact sur les patients atteints d’un cancer du côlon, voire de la maladie de Crohn et de la colite ulcéreuse, qui induisent des diarrhées sanglantes et des douleurs qui handicapent les patients au point de ne plus pouvoir travailler. « La durée d’attente que doivent subir ces patients est tout à fait inappropriée. Ces personnes souffrantes devraient être examinées dans les 14 jours alors qu’elles doivent souvent attendre trois mois, ce qui est tout à fait inacceptable », dénonce le Dr Leddin.


« L’allongement des temps d’attente signifie qu’il y a un déséquilibre entre la demande et la disponibilité des services, explique le spécialiste. Or, la demande augmente sans cesse à mesure que la population vieillit, et aussi parce que la population est davantage consciente de la dangerosité du cancer du côlon, qui est le troisième cancer le plus commun autant chez les femmes que chez les hommes. »


Selon la présidente de l’Association des gastroentérologues du Québec, la Dre Josée Parent, la longueur indue du temps d’attente total au Québec s’explique principalement par des délais prolongés au niveau de l’accès aux interventions diagnostiques. « Les temps d’attente pour obtenir une consultation chez le gastroentérologue se situent dans la moyenne canadienne, même si on a observé une légère détérioration récemment. Par contre, le Québec est loin derrière les autres provinces canadiennes en ce qui a trait au temps d’attente entre la consultation chez le gastroentérologue et l’intervention. Il s’agit essentiellement d’un problème d’accès aux plateaux techniques [aux salles d’examen]. Certaines salles d’examen sont fermées par manque de personnel infirmier et de soutien », explique-t-elle, tout en précisant que ce temps d’attente est de 100 jours au Québec, contre 56 jours à l’échelle du pays. « Les patients manifestant des symptômes inquiétants ont quant à eux subi l’intervention dans les délais acceptables », ajoute la Dre Parent.


En revanche, les délais d’attente pour les remplacements de la hanche et du genou, les traitements de radiothérapie pour le cancer et les chirurgies de la cataracte sont demeurés stables depuis l’année dernière au Québec, selon le bulletin 2012 de l’Alliance sur les temps d’attente (ATA). Le Québec ne renseigne toutefois pas suffisamment sa population sur les délais d’attente pour de nombreuses interventions médicales, ont souligné les porte-parole de l’ATA.

3 commentaires
  • Salem Tajeddine - Inscrit 20 juin 2012 08 h 39

    privatisation des soins de santé

    On nous demande de plus en plus d'aller nous faire soigner en privé. comment se fait-il qu'on est en mesure de prendre un rendez-vous pour une coloscopie en une semaine si on va au privé et selon le rapport on attend 260 jours au piblique, moi j'ai attendue 1 an avant qu'on me rappelle

  • Eric Walter Schaffner - Inscrit 20 juin 2012 15 h 24

    19 mois!!!

    J'attends depuis novembre 2010 pour une colospopie totale alors qu'en 1998 on m'avait enlever des polypes rectales ce qui me rends plus suseptible qu'un autre à développer un cancer du rectum et du colon... J'attends!!!! Hôpital Charles-LeMoyne. Une vraie farce.. plate. J'imagine entendre chanter le chirurgien: Ma vie c'est d'la Marde....mais à 400 000$ par année ça passe mieux d'autant plus que ce n'est pas lui qui est couché sur le ventre ni celui qui attend.

  • Franklin Bernard - Inscrit 20 juin 2012 16 h 38

    La colonoscopie est un outil de dépistage précoce, donc de chances de guérison...

    ...du cancer du colon, et il faut attendre 1 an pour en passer une! Ces gouvernements du Canada et du Québec qui coupent aveuglément dans les soins de santé au lieu de mettre de l'ordre dans le gaspillage de milliards de dollars annuels dans la gestion même du système de santé, à commence par celle des hôpitaux, sont sans doute responsables de milliers de morts inutiles. Je serais curieux de voir les statistiques mettant en parallèle attente de colonoscopie et décès de suites de cancer colo-rectal. Mais, bien sûr, on ne nous les communiquera jamais.